latresne a écrit : 10 juillet 2020 21:58
Fonck1 a écrit : 10 juillet 2020 11:40
la meilleure chose à faire était de la refaire à l'identique....même si cette flèche ne datait pas de l'époque gothique, elle s’était faite sa place et il était normal qu'elle la reprenne.
Je partage .Il y a du avoir une large consultation et perso ,j'apprécie qu'on retrouve ND comme avant .Maintenant si on avait modifié la flèche ,on aurait fait avec .
Je suis modéré sur les projets depuis la pyramide du Louvre .A l'époque ,je trouvais l'idée farfelue. A l'arrivée pan et repan

sur le bec .
Je pense que l'on peut faire évoluer le patrimoine, mais pas à n'importe quelle condition. Là il s'agit en quelque sorte de réparer un symbole de notre histoire. En conséquence ce n'est pas la bonne occasion pour apporter de la nouveauté. D'ailleurs les gens ne le veulent pas, ils préfèrent en majorité qu'elle soit reconstruite à l'identique. Inutile donc de rajouter du sel sur la plaie, les gens ne veulent pas faire le deuil définitif de Notre Dame telle qu'il la connaissait. Et cela se respecte.
La différence avec le Louvre c'est qu'il ne s'agissait pas d'une reconstruction, mais d'une extension. Là on peut se faire plaisir, et le projet était enthousiasmant.
Ensuite, la cathédrale gothique est le fruit de siècles de théologie et de réflexion sur le christianisme et la manière dont la société doit s'organiser en fonction du message du christ. La cathédrale gothique c'est tout autant l'incarnation d'une société qui tend tout entière vers le ciel. Elle se veut la matérialisation de l'amour que tous ceux qui ont participé à sa construction, de près, ou de loin, et depuis les origines du christianisme, ont mis dans leur coeur. C'est l'idée aussi de "cathédrale intérieure".
Voila ce qu'incarne la cathédrale gothique: une tension de tout un peuple vers un idéal commun dont la matérialisation n'a de sens qu'en tant que résonance du processus à l'oeuvre dans l'âme de chacun.
Pouvons nous faire cela aujourd'hui? Moi même je ne suis pas chrétien, et beaucoup de contribuables ne le sont pas. Ainsi nous ne pouvons plus tous ensemble essayer d'extraire la substantielle moelle du message du Christ, et jeter toutes nos forces dans l'édification du plus grand chef d'oeuvre possible imaginable.
En d'autres termes, si nous voulions respecter Notre Dame de Paris, il faudrait que ce "geste" architectural égal celui des premiers constructeurs. Or cela avait demandé tellement d’énergie, de travail et de ferveur, seulement comparable aux pyramide d'Egypte, qu'il faudrait aujourd'hui dépenser peut-être 2 ou 3 mille milliards d'euros, et faire un millier de flèches de bétons dentelées d'or et d"argent allant jusq'à 2 ou 3 km de hauteur pour égaler l’effort technique et financier fait par les travailleurs et la population du moyen-âge. Voulons nous faire ça? Voulons nous réitérer cet effort surhumain de toute une société pour Notre Dame? Non, je ne crois pas. Alors abstenons nous et restons modeste.
Comprenons bien, en terme d’ampleur au regards des moyens techniques de l'époque, une cathédrale équivaut à, je dirais, l'effort scientifique et financier qu'il nous faudrait fournir pour bâtir une cité sur Mars. Donc rien à voir avec une nouvelle tour en béton à deux balles...
Imaginez la manière dont toutes les forces se sont organisés et jetées dans la bataille lors de la Première guerre mondiale. Et bien bâtir une cathédrale c'est un effort comparable au regard des moyens de l'époque. C'est toute une société qui tend vers un but inatteignable que personne de vivant ne verra jamais achevé. Et cet effort perdure pendant un siècle au moins.
Et on résumerait ça à "un geste architectural"? Mais ou est l'effort qui donne son sens justement à cette quête spirituelle? Quête qui transcendait à ce point les modes et les "gestes" des hommes, que ses promoteurs n'assistèrent même pas à l'achèvement de la toiture du chœur.