latresne a écrit : 27 mai 2021 14:52
C'est bien beau tt ça ,mais il faudrait mettre les mains dans le cambouis,cad créer votre affaire et montrer comment on peut faire tourner une entreprise quand il y a une telle concurrence sur le marché sans parler rendement .Parce que si vous êtes trop cher ,les clients potentiels iront voir ailleurs .Tous ceux qui ont eu une affaire sont passés par là .C'est le B A BA.Le bilan vous le rappelle trés vite par l'intermédiaire de votre expert comptable et votre banquier.
C'est certain que lorsque tu n'es qu'employé ,tu rentres chez toi à 17 hs pour t'occuper de bobonne et du fiston ..mais tu es au smic .On ne peut pas tt avoir .
A la différence de toi ou de vincent, je ne critique pas les personnes mais le système économique dans lequel elles agissent.
Le marché conditionne assez largement les contraintes et donc les comportements des différents agents économiques, que ce soit les employés ou les employeurs.
C'est l'une des raisons qui font que, pour moi, notre modèle économique ne peut pas fonctionner correctement. On ne peut pas produire toujours plus et à moindre coût indéfiniment. La logique de croissance d'une entreprise c'est quoi ? Obtenir le plus en donnant le moins, c'est le cœur même de l'économie, c'est-à-dire optimiser l'allocation des ressources pour maximiser son utilité (profit pour l'employeur, salaire pour le salarié, pouvoir d'achat pour le consommateur, prix de vente le plus haut possible pour le producteur, etc...).
On constate très vite que les agents ont des intérêts divergeant, voir contradictoires.
L'économie a des ressemblances troublantes avec la religion. Disons que c'est "l'argument de dernier recours". L'environnement ? On ne peut pas trop s'y employer car cela entrainerait trop de pertes économiques. La pauvreté ? L'Etat ne dispose pas de moyens suffisants pour permettre à ces individus de vivres dignement.
L'économie repose sur une philosophie purement utilitariste. L'économie est une idole, un totem qui repose sur des croyances, sur une morale normative et non pas sur une vérité naturelle. Les totems sont la croissance, le travail, le labeur, la consommation, la production, etc... C'est complétement fascinant. Le capitalisme est une religion sans dogme.
La réflexion que je tente d'objectiver (rendre "objective" et intelligible à travers une méthodologie rigoureuse) dans mes recherches part d'une intuition que j'ai eu assez jeune. Je détestais l'école, je m'y ennuyais profondément, puis être sous la contrainte et l'autorité de quelques adultes me paraissait complétement injuste. Je constatais que je n'étais pas le seul et que l'école ennuyait profondément la plupart de mes camarades mais aussi, régulièrement, mes enseignants. Se pose donc la question suivante : "Pourquoi ceux qui donnent les ordres et qui justifient moralement le pourquoi de notre présence à l'école sont eux-mêmes sujets à agir sous la contrainte et sous la soumission ?" Pourquoi dès lors que je suis né je n'ai pas eu le choix ? Pourquoi ai-je été privé de ma liberté dès ma première bouffée d'air, condamner à employer mon temps à des tâches répétitives et pénibles ?
Je pense que c'est très rare de voir des gens qui se "réalisent dans leur travail", comme le développerait la fable néolibérale. Il suffit simplement de constater le nombre important d'emplois dégradés et dégradants, qui ne demeurent pas forcément inutiles pour autant. Un ami est éboueur pour la ville de Bordeaux, il lui ai déjà arrivé qu'une mère avec son enfant dise à son enfant à côté de mon ami en train de travailler : "il faut travailler à l'école sinon tu vas terminer comme le monsieur". La violence symbolique des propos est incroyable. L'une des dernières créations débiles du néolibéralisme est le "hapiness manager", en soit un job qui ne sert à rien mais qui se propose de rendre heureux les salariés, en revanche lors d'un plan social le hapiness se retire malgré tout...
Ce que je trouve fascinant c'est la manière dont notre société crée des mythes et de la symbolique pour justifier une activité économique qui agit comme une contrainte sur la majorité de la population. C'est quand même intéressant de chercher à comprendre la soumission volontaire des populations et de leurs représentants à la puissance du capital. Voilà pourquoi l'économie m'intéresse. Même la discipline économique en tant que science est intéressante si on s'intéresse à ses outils méthodologiques qui tendent à "naturaliser" les faits économiques. La mathématisation permet d'évacuer la question politique, la loi de l'offre et de la demande évacue la dimension conflictuelle du rapport entre un acheteur voulant payé le minimum et un vendeur voulant vendre au maximum, etc...