Poutine vient de perdre son ami le massacreur de la Ghouta.
En Syrie, l’incommensurable joie des habitants après la chute d’Assad : «Nous sommes aux portes de la liberté»
La fuite de Bachar Al-Assad à l’étranger scelle la fin d’une dictature de vingt-quatre ans et soulève un vent d’espoir parmi la population. Pour la première fois depuis des décennies, ceux-ci osent s’exprimer en donnant leur nom.
Une immense joie mélangée à des larmes. Voilà les sentiments qui sont saisis les Syriens à l’annonce de la fuite du dictateur Bachar Al-Assad, dans la nuit de samedi 7 à dimanche 8 décembre, après vingt-quatre ans de terreur. Sur les coups de 4 heures du matin, lorsque son départ de Damas est annoncé, les téléphones se mettent à sonner dans tous les sens, les groupes WhatsApp familiaux ou amicaux chauffent, les moubarak ou félicitations fusent. Bayan Alshorbajy, une mère de famille de 37 ans résidant au sud de Damas, fait part de son plus grand bonheur : retrouver sa voix, après des années à être muselée. «Je peux enfin parler sur le téléphone sans réserve, sans obstacle, confie-t-elle une heure après l’annonce de la grande nouvelle, ses enfants autour d’elle. C’est une libération. On peut désormais marcher dans la rue sans peur.» Et donner son vrai nom.
Comme elle, beaucoup n’ont pas fermé l’œil de la nuit, les yeux rivés sur les réseaux sociaux, guettant les dernières avancées du groupe rebelle islamiste Hayat Tahrir Al-Sham, qui est entré dans Damas dans la nuit, après avoir fait tomber la ville de Homs, à 160 km au nord de la capitale. «J’avais peur, il y avait des bombardements autour de moi», confie Bayan. La jeune femme pense également à la prison de Sednaya, à Damas, dont les détenus ont été libérés une heure plus tôt. Surnommé «l’abattoir humain», ce centre de détention est le symbole des pires exactions des forces d’al-Assad. «On a beaucoup de proches là-bas», souffle-t-elle, inquiète de voir les premières images des prisonniers sortir sur les réseaux sociaux et de découvrir leur état.
Si chaque Syrien sait ce qui s’y passe, plonger dans cette machine de mort sans aucun filtre prend désormais une autre dimension… Une vidéo diffusée sur Al-Jazeera montre les rebelles dans le centre de contrôle de la prison, devant des dizaines d’écrans où ils aperçoivent des détenus, hommes et femmes, encore endormis. «Ils ne savent pas encore ce qui s’est passé», déclare le combattant tenant la caméra. Une autre montre des files sans fin d’ex-captifs quittant les lieux dans la nuit. Une autre encore un détenu prostré à terre, terrorisé, incapable de répondre à la question «comment t’appelles-tu ?».
L’extase de la victoire
A Daraya, dans la banlieue de Damas, une ville révolutionnaire qui avait été complètement vidée de ses habitants lors d’un siège qui a duré de quatre ans, une mosquée effectue ce matin la prière dédiée à Al-Aïd, pour marquer cette libération synonyme de joie. Comme au Liban ou à Chicago.
A Alep, ville ravie au régime le 30 novembre, Ali Abdul Qader, 37 ans, qui travaille pour l’ONG Kesh Malek, confie lui aussi ne plus avoir de mots. «C’est impossible de détailler ce que je ressens, raconte par téléphone ce père de cinq enfants, la voix emplie de sanglots. Treize ans ont passé depuis le début de la révolution. Nous rêvions de ce moment. Nous avons perdu beaucoup de gens que nous aimions, nos maisons… Aujourd’hui, ils nous manquent, même si nous ressentons l’extase de la victoire. Nous sommes aux portes de la liberté, d’un Etat civil. Nous avons détruit les barrières qui étaient autour de nous. Nous sommes aux portes de la liberté, d’un Etat civil. C’est notre rêve, le rêve de nos enfants. Des milliards d’idées se précipitent dans ma tête.»
Pour la première fois depuis des années, un futur se dessine. Des retrouvailles familiales, des projets. «Je ne suis plus une réfugiée syrienne, écrit sur X Sarah Hunaidi, écrivaine et activiste exilée aux Etats-Unis. Je suis syrienne. Juste syrienne.»
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