Yaroslav a écrit : 17 décembre 2024 22:22
Non, je ne suis pas d'accord.
Même si on finirait probablement par se retrouver en explicitant un peu dans le détail le fonctionnement de l'économie, la façon que vous avez de présenter les choses tend à laisser penser aux gens qu'il y a de l'argent magique (même si vous récusez ce terme).
Quand on vous lit, on entend que la dette n'est jamais un problème puisqu'il suffit de réemprunter autant qu'on veut, autant de fois qu'on veut, sans jamais avoir à se désendetter.
Je ne suis pas d'accord parce qu'au sujet de l'endettement, il n'y a pas tant de différences que ça entre macroéconomie et microéconomie.
Je pense même que les similitudes sont beaucoup plus significatives (alors que c'est moins vrai sur des sujets très particuliers de la macroéconomie comme la propension marginale à consommer ou des notions de ce genre).
Alors oui, on a bien compris que l'état pouvait faire "rouler sa dette" parce qu'il était immortel... Mais même ça on pourrait l'appliquer à la microéconomie. Une dette pourrait se transmettre de génération en génération, les générations suivantes contractant de nouveaux prêts pour rembourser les dettes et les intérêts en cours transmis par leurs ascendants et on fait "rouler" de la même façon tant qu'il y a des enfants...
Non, ça n'est pas ce que je dis. Je dis deux choses :
- de la théorie. La monnaie actuelle est créée à partir de rien par les banques lorsqu'elles font des prêts, donc plus il y a de prêts et plus il y a d'argent en circulation. Et les états ne remboursent pas leurs emprunts avec des vrais sous issus de leur recettes fiscales ou autres, mais en faisant rouler la dette, en empruntant de nouveau. Ca c'est le principe de base théorique et simplifié du fonctionnement de l'économique de la dette publique. Selon cette théorie on n'a pas de limite au montant total de dette, vu que les sous sont créés à partir de rien et ne sont, pour les banques, que de nouvelles lignes sur des livres de compte.
- de la pratique. Dans la pratique créer de nouvelles dettes a un intérêt pour les états vu que ça permet d'entretenir un déficit public pour pas un rond puisqu'on crée de nouvelles dettes qu'on remboursera avec d'autres dettes. Donc ça fait entrer des sous dans l'économie réelle, ça booste le PIB, pour pas cher. Et vu que PIB = emplois et sous, bah ça rend les gens contents, il y a moins de chômage, plus de sous pour les salaires, ça fait plus de rentrées de sous pour l'état, moins de dépenses en allocations, etc. MAIS tout cela ne fonctionne dans la pratique QUE quand c'est contrôlé, dans certains ordres de grandeur. Sinon on a une dette qui va croître exponentiellement, des financeurs plus méfiants, ou sinon on va devoir rembourser avec des vrais sous et donc faire baisser le PIB avec les effets inverses de ceux cités plus haut.
Pour l'instant j'essaye juste d'expliquer la théorie, parce que c'est la manière dont fonctionne en vrai le financement de l'économie. Tant qu'on ne sera pas d'accord sur ce cadre théorique on ne pourra pas discuter de la pratique, vu qu'on ne parlera pas dans le même paradigme. Tant qu'on en sera encore à calculer de la dette par habitant, à croire que nos descendants devront rembourser la dette avec leurs sous et compagnie alors on ne pourra pas discuter de dettes publiques parce que ça n'est pas ainsi qu'elle fonctionne. De mon point de vue c'est comme discuter de notions de géographie avec des gens qui pense que la Terre est plate ou parler des implications d'une vaccination massive avec des gens qui disent que les vaccins à ARN ne sont pas des vaccins. On n'est juste pas sur le même mode de réflexion.
Et l'argent du roulement de dette n'est pas magique. C'est juste le principe de la création monétaire moderne. Parler d'argent magique c'est juste relayer la nouvelle arnaque sémantique du boss pour faire passer ses idées en utilisant des punchlines simplistes. C'est du même niveau que le wokisme ou que qualifier le NFP d'être d'extrême gauche.
Il y a un truc qui est important de comprendre, je vais essayer de l'expliquer.
Comparons 2 entités A et B. Dette de A = 0. Dette de B = 1000.
Admettons que les 2 entités, A et B, veulent stabiliser leur situation respective et maintenir leur niveau d'endettement.
Pour maintenir l'endettement de A, nul besoin d'emprunter (0), nul besoin de rembourser (0), donc 0 - 0 = 0.
Pour maintenir l'endettement de B, il y aura besoin d'emprunter 100 pour pouvoir rembourser 100., sauf qu'il faut aussi rembourser les intérêts, donc 10 de plus, soit 100 - (100 + 10) = -10.
En clair, maintenir à l'équilibre son niveau de dette à 0 coûte 0, alors que maintenir son niveau de dette à 1000 coûte chaque année 10 (ou peu importe le nombre). Je le répète : ne serait-ce que maintenir une dette à hauteur d'un montant fixe coûte de l'argent chaque année, il faut bien en avoir conscience de ça avant d'aborder les choses sous un angle plus "macro".
Alors oui, le niveau de dette publique est plutôt exprimé en % de PIB... Ça, presque tout le monde l'a compris je pense. Et dans le cas de figure que j'ai cité au-dessus, si un état voulait maintenir sa dette à un certain % de PIB comme 60%, il faudrait effectivement qu'il emprunte autant qu'il rembourse et que la croissance du PIB vienne "payer" (couvrir plutôt) les intérêts de la dette. C'est possible mais c'est rare en France, les années 2000 ont été le dernier exemple en date.
Pour ton exemple tu prends pas en compte le PIB et son augmentation. Si tu as 1000 de dette, ça a un poids différent si ton PIB est de 200, de 2000 ou de 2000000. Si d'une année sur l'autre tu rembourses +10 à cause des intérêts, ce +10 aura un poids différent si ton PIB sur la même période fait +1, +10 ou +100. Tout le principe de base de la soutenabilité de la dette est de maintenir cette dette à un niveau tel que la progression des intérêts reste constant par rapport au PIB et à l'inflation. Par exemple, avec des chiffres un peu au pif, on pourrait avoir des remboursements d'intérêts constants à environ 1% du PIB (en comptant l'augmentation des intérêts à rembourser ET la croissance du PIB), se baser sur 3% de déficit public par rapport au PIB, donc on aura 3% - 1% = 2% du PIB à combler avec des nouvelles dettes, ce qui fera entrer cette somme en sous tous frais dans l'économie. L'intérêt du roulement de dette est là : faire rentrer des sous dans l'économie chaque année, et ce parce que la création monétaire moderne ne se fait plus via des émissions par des banques centrales, mais via des prêts par les banques privées.
Mais ça c'est pour une gestion contenue de la dette. Le problème c'est que quand la dette s'envole alors les intérêts aussi, et si on arrive à 2,8% du PIB en intérêts alors il ne reste que 0,2% du PIB en nouvelles dettes, en nouveaux sous dans l'économie. Ou alors il faut un déficit plus gros que 3%.
Et ça c'est la situation de la France dans un futur proche.
Mais surtout le truc c'est qu'on ne peut pas retourner à 0 endettement, on ne peut pas faire autrement que faire rouler notre dette. On ne peut pas rembourser 120% de notre PIB avec notre PIB, il n'y a pas assez de sous. Même si on essaye alors à un moment donné on tombera à zéro sous dans notre économie et on aura encore à rembourser. Donc ON DOIT faire avec le roulement de dette. On peut réduire les déficits publics et faire en sorte de de n'emprunter que pour rembourser les intérêts, et compter sur la croissance pour faire baisser le ratio dette / PIB. Mais le montant total de dettes continuera à augmenter, il sera juste moins pesant sur le budget. Mais l'autre truc c'est que la situation économique actuelle de la France, soit une économie performante, l'une des plus grandes du monde malgré ce qu'en disent les populistes, doit énormément à ces dernières 45 années d'endettement.
Bref c'est beaucoup plus décousu que ce que j'aurais voulu, mais j'ai pas le temps d'organiser tout ça plus clairement, désolé
Bref