LeGrandNoir a écrit : 07 janvier 2025 23:44
Alors un peu de physique-chimie, de business et d'écologie:
1. L'Hydrogène n'est pas un remède miracle. La combustion de l'Hydrogène dans une pile à combustible ou un moteur produit de la vapeur d'eau H2O ... qui est un gaz à effet de serre. Personne n'en parle, les gens sont ignares, mais si on substitue tous les combustibles à base de Carbone par de l'Hydrogène on aura un problème d'effet de serre quand même.
2. A sofasurfer: la mobilité légère Hydrogène existe déjà. Il y a une société
Hype qui fait rouler sa flotte de taxis à l'Hydrogène (gazeux, comprimé). Les taxis sont bleus avec un gros logo Hype, et ils produisent un panache de vapeur blanche (d'eau) au pot d'échappement et ont une émission sonore particulière. Les voitures sont surtout des Toyota hybrides avec une pile à combustible à la place du moteur. Il y a également des flottes urbaines de bus à l'Hydrogène (cf ceux qui ont été cramés à Belfort il y a peu). La mobilité légère à l'Hydrogène comprimé est donc théoriquement possible, si on se lance dans la production de masse de l'Hydrogène et qu'on investit dans le remplacement des stations services de produits pétroliers par des stations d'Hydrogène.
3. Vous pouvez vous documenter concernant les propriétés physiques de l'Hydrogène dans ce
LES DONNÉES DE BASE PHYSICO-CHIMIQUES SUR L’HYDROGÈNE, sur le site d'une société sérieuse
AIR LIQUIDE, ou sur le site
Conseil de l'Hydrogène. Le Pouvoir Calorifique est très élevé, la densité faible en phase gaz et très faible en phase liquide (70 kg/m3). Il résulte de ces propriétés physiques qu'on peut faire marcher un petit véhicule ou un bus urbain à l'Hydrogène gazeux comprimé, mais que pour faire marcher des camions ou des cars autoroutiers, des trains, des bateaux ou des avions il faut passer à l'Hydrogène liquide. Et même pour un avion, on pourrait envisager un moyen courrier sur 3 ou 4 000 km, mais pas un long courrier sur 10 000 km et ces avions marcheront au kérosène encore longtemps.
4. La production de l'Hydrogène est surtout faite aujourd'hui par vaporeformage (steam reforming est le mot courant dans le métier). C'est un non sens écologique si on n'a pas une valorisation industrielle et commerciale du Carbone sous forme de Monoxyde de Carbone CO ou de Dioxyde de Carbone CO2, car alors il faut pousser la réaction au bout (water gas shift) et envoyer le CO2 résiduaire à l'atmosphère ou faire la capture et séquestration du carbone (CCUS). La voie du futur est donc l'Hydrogène produit par l'électrolyse de l'eau avec de l'électricité décarbonée (nucléaire, hydraulique, solaire, éolienne). Un inconvénient quand même, faudrait construire des centrales nucléaires, des barrages hydro-électriques, des éoliennes géantes ... Les technologies d'électrolyse d'eau sont bien au point, Technip Energies et Air Liquide ont cela sur catalogue.
5. l'Hydrogène natif dont on parle dans ce topic a pour l'instant peu d'exploitations industrielles en service, 2 ou 3 dans le monde dont une au Mali. Les pays qui ont des gisements identifiés sont l'Australie, le Mali, les USA ... et la France (pour une fois on n'est pas passé à côté !). En France les gisements à l'étude sont dans les Alpes, les Pyrénées, la Nièvre et la Moselle. L'Etat macroneux dans sa grande sagesse a fait déverrouiller le Code Minier et introduit l'option Hydrogène dès 2022, et 4 permis d'exploration sont en cours d'opérations.
6. Les gisements ne sont pas les mêmes partout dans le monde. Il faut comprendre comme pour le pétrole ou le gaz la géologie, l'hydrogéologie, la composition chimique des roches et la composition chimique de l'hydrogène potentiellement récupérable (car on récupère aussi du Méthane CH4 qui est un gaz à effet de serre et devra être récupéré et valorisé; je suppose qu'on risque de retrouver des gaz toxiques aussi en petites concentrations). Enfin, le risque radioactif est à évaluer car quand on fore on peut trouver assez vite de la radioactivité naturelle qui ensuite contamine les boues de forage, les foreuses, les tuyaux, robinetteries des installations utilisées. C'est un problème dans la production de pétrole brut et de gaz naturel dans la plupart des pays où je suis passé.
7. En droit français, le terrain appartient au propriétaire et ce qui est sous-terre à l'Etat. L'Etat aura le choix de créer des sociétés étatiques ou de vendre des concessions à des sociétés privées (Total Energies, Engie, Air Liquide mais aussi les Shell, BP, ENI, Repsol n'attendent que cela). Côté technologies: il y a un savoir-faire pétrole et gaz dans le pays chez Total, Engie, à l'IFPEN, au BRGM et chez d'autres et coté ingénierie Technip, Vinci Oil & Gas et d'autres seront au RdV.
7. Côté prix de revient: on commence à voir des chiffres à 1,2,3 €/kg d'H2 fleurir. Le prix de revient du vaporeformage est de 4-5 et fluctuant suivant le cours du gaz (risque). Le prix de revient de l'électrolyse est de 10 €/kg et ramené au prix de l'énergie énergétique c'est le prix de l'essence aujourd'hui plus ou moins. Rassurez-vous, l'Etat se chargera de se ramasser la différence entre 3 et 10 sous forme de taxes sur les combustibles ...
Solution miracle: non, voir le point 1 et les points 3 et 4 ci-dessus. Et puis il faut passer le point 6 et confirmer les coûts de construction des installation d'extraction, production, compression et distribution.