"Médecins étrangers et indispensables : problème d'équivalence des diplômes non reconnus par l'UE."
Or, ces médecins bossent comme leurs confrères, sont absolument nécessaires et sont sous-payés par rapport à eux.
2 témoignages qui interpellent :
- BM rêvait d'être pédiatre depuis l'âge de cinq ans. Après des études scientifiques et la prise en charge de grandes urgences psychiatriques dans le désert algérien, elle a décidé de partir en France pour en étudier le système de santé. "Je voulais aller voir des endroits où on nous donne de bonnes conditions de travail. [...] Le problème en Algérie, ce n'est pas les études, mais le terrain. On n'a pas les bons moyens, les hôpitaux les plus propres, on n'a pas tout ça."
BM est accueillie "à bras ouverts" à l'hôpital de Gonesse, dans le Val-d'Oise (95). Elle comprend très rapidement qu'elle ne sera pas traitée comme les médecins originaires de l'Union européenne.
"Je fais le travail d'un médecin normal, mais dans des conditions très précaires."
Sur la carte de séjour de BM figurent les termes "stagiaire associé". Il s'agit d'un statut octroyé pour une période de six mois — renouvelable une fois et ne pouvant dépasser deux ans — à des médecins titulaires d'un diplôme de docteur en médecine et n'ayant pas effectué leur formation universitaire en France, qu'on appelle aussi "Padhue".
BM touche 1 400 euros net par mois malgré son niveau de diplôme. "
Je fais des gardes supplémentaires, mais c'est au péril de ma santé. On travaille tous les jours de la semaine, on a un congé de 25 jours sur une année. [...] On se sent surexploité, on se sent méprisé et on se dit où est la justice dans tout ça ? ".
"On se sent méprisé alors que ce qu'on offre comme qualité de soin n'a pas de prix. On est indispensable."
Dans la perspective de la suspension de son contrat en mars 2025, BM préfère partir en Allemagne.
- Belkacem exerce aussi, depuis trois ans, à Gonesse, en tant que médecin praticien en pédopsychiatrie. Il gère deux centres médico-psychologiques.
Algérien d'origine et naturalisé français suite à son mariage, Belkacem s'installe en France en 2019. Il déplore le manque de moyens alloués à la santé en Algérie, malgré l'excellente qualité de la formation universitaire. Pour "pour arrondir les fins de mois", Belkacem fait des gardes aux urgences en tant qu'infirmier. Il a aussi été mobilisé, comme beaucoup de soignants, pendant toute la pandémie du covid-19.
"Je reste au minimum quinze minutes dans la voiture avec de la musique, pour décharger les ondes avant de rentrer."
Pour être inscrit à l'ordre des médecins et prétendre à des salaires décents, les Padhue doivent suivre la Procédure d'Autorisation d'Exercice (PAE), dont la première étape consiste à passer des "épreuves de vérification des connaissances" ou EVC. Mais Belkacem est réaliste : "Avec l'énorme charge de travail et un moral affaibli par rapport aux rémunérations, aux contrats précaires, de la maltraitance... Ce n'est pas évident d'avoir les capacités de réviser." Ce qui l'attend, s'il échoue aux EVC, c'est un contrat étudiant, alors qu'il est médecin spécialiste depuis 31 ans."
Le podcast diffusé ce matin sur France Culture :
https://www.radiofrance.fr/francecultur ... es-1462070