Re: Budget 2026
Posté : 21 octobre 2025 16:03
"Sortie du chapeau Budget : le RN veut dépoiler le cinéma et gâter le «patrimoine»
Dans ses amendements sur le budget, le RN veut supprimer des avantages fiscaux destinés à la création cinématographique pour en accorder aux propriétaires de patrimoine. Le parti d’extrême droite assume opposer les deux secteurs, dont le second doit servir au «redressement moral du pays».
La saison du budget sonne toujours comme un moment de vérité où les forces politiques désignent leurs amis et leurs ennemis au sein de la société – les groupes à ponctionner ou, au contraire, à favoriser fiscalement. Les cibles de l’extrême droite sont connues : les étrangers, les associations qui les défendent, celles qui agissent pour l’environnement ou le bien-être animal, les énergies renouvelables, les fumeurs de CBD, l’Union européenne et certains spéculateurs. A ceux-ci, le Rassemblement national (RN) oppose la société qu’il souhaite promouvoir via des avantages fiscaux : les énergies fossiles, les utilisateurs de voitures thermiques, les buveurs de vins, ou les héritiers.
La lecture des amendements déjà déposés par le groupe frontiste met en lumière un autre antagonisme, entre la culture vivante et le patrimoine. Et plus particulièrement entre le cinéma et les vieilles bâtisses détenues par des châtelains bien français. Ainsi un amendement déposé par l’ancien journaliste Philippe Ballard juge-t-il «exorbitant» le montant des «incitations à l’investissement des particuliers dans le cinéma», et propose de supprimer les avantages fiscaux des Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (Sofica) qui favorisent la récolte de fonds privés. Un autre député RN, Anthony Boulogne, propose de réduire de moitié la majoration des crédits d’impôt pour dépenses de production d’œuvres cinématographiques, dans le but avoué de «faire participer les secteurs cinématographique et audiovisuel à l’objectif national de redressement des comptes». Egalement visé, le crédit d’impôt international (C2I) s’appliquant aux dépenses faites en France pour des sociétés de production établies à l’étranger.
Deux poids deux mesures
A l’inverse, le patrimoine immobilier et mobilier, lui, est exempté de toute participation au redressement des comptes et se voit même autorisé à le plomber un peu plus. Le député Philippe Lottiaux propose d’étendre la réduction d’impôt sur le revenu au titre des travaux de conservation ou de restauration d’objets mobiliers classés aux objets mobiliers inscrits. Ce qui représenterait, selon le RN, une dépense fiscale de près d’un million d’euros. «Il convient toutefois de tenir compte des recettes fiscales supplémentaires engendrées par les travaux de restauration entrepris, et la hausse associée des revenus du tourisme», s’empresse de justifier le député, qui propose par ailleurs de retirer les monuments historiques classés ou inscrits ouverts au public de l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), dans le but d’empêcher leur vente à des «acquéreurs étrangers plus fortunés, ouvrant ainsi la voie au démantèlement de notre patrimoine». Un autre amendement vise à étendre le dispositif Malraux qui donne droit à une réduction d’impôt pour les propriétaires qui investissent dans la rénovation d’immeubles à caractère historique ou esthétique, destinés à la location (coût estimé par le RN : environ 1,5 million d’euros).
Un deux poids deux mesures revendiqué par le parti d’extrême droite, qui oppose clairement patrimoine et cinéma. Dans un amendement destiné à supprimer une fiscalité attribuée au CNC en vue du financement de l’audiovisuel et du cinéma, le député RN Kévin Mauvieux écrit noir sur blanc : «Nous refusons d’entretenir, par de nouveaux aménagements fiscaux, un système de dépendance budgétaire de l’audiovisuel public et parapublic, alors que les priorités culturelles doivent être ailleurs. […] Nos priorités culturelles doivent être recentrées […]. Avant d’ajouter ou de maintenir des taxes sectorielles pour subventionner des opérateurs, il faut rediriger les recettes vers la sauvegarde des églises, châteaux, musées et sites qui se dégradent partout en France.»
Croûtes et bibelots à restaurer
Il y a bien sûr des raisons personnelles à ces choix fiscaux. Propriétaire avec ses sœurs d’un hôtel particulier construit sous Napoléon III dans le domaine de Montretout, à Saint-Cloud, associé à plusieurs dépendances, Marine Le Pen fait partie de ces trop nombreux châtelains essorés par une fiscalité soviétique. Vieillissante, la bâtisse abrite aussi nombre de fauteuils à rempailler, horloges à retaper, croûtes et bibelots divers à restaurer. Autant de crédits d’impôts à décrocher.
Mais l’opposition entre cinéma et patrimoine revêt aussi une dimension idéologique. Si le Rassemblement national n’a pas de programme culturel - aucun livret thématique n’est consacré au monde de la culture, à la différence du patrimoine, Le Pen et ses ouailles gardent naturellement une dent contre une industrie cinématographique qui s’est toujours massivement opposée à l’extrême droite. Les vieilles pierres, elles ne s’expriment pas, et c’est d’ailleurs leur première qualité. «Le patrimoine est notre histoire pétrifiée, au sens premier de cet adjectif, est-il écrit dans le livret M Le Patrimoine, rédigé pour la présidentielle de 2022. C’est pourquoi il tient une place majeure dans le programme de redressement moral du pays.» Par opposition, donc, à une industrie cinématographique jugée trop progressiste, voire décadente."
https://www.liberation.fr/politique/ele ... 2L445NY6M/
Dans ses amendements sur le budget, le RN veut supprimer des avantages fiscaux destinés à la création cinématographique pour en accorder aux propriétaires de patrimoine. Le parti d’extrême droite assume opposer les deux secteurs, dont le second doit servir au «redressement moral du pays».
La saison du budget sonne toujours comme un moment de vérité où les forces politiques désignent leurs amis et leurs ennemis au sein de la société – les groupes à ponctionner ou, au contraire, à favoriser fiscalement. Les cibles de l’extrême droite sont connues : les étrangers, les associations qui les défendent, celles qui agissent pour l’environnement ou le bien-être animal, les énergies renouvelables, les fumeurs de CBD, l’Union européenne et certains spéculateurs. A ceux-ci, le Rassemblement national (RN) oppose la société qu’il souhaite promouvoir via des avantages fiscaux : les énergies fossiles, les utilisateurs de voitures thermiques, les buveurs de vins, ou les héritiers.
La lecture des amendements déjà déposés par le groupe frontiste met en lumière un autre antagonisme, entre la culture vivante et le patrimoine. Et plus particulièrement entre le cinéma et les vieilles bâtisses détenues par des châtelains bien français. Ainsi un amendement déposé par l’ancien journaliste Philippe Ballard juge-t-il «exorbitant» le montant des «incitations à l’investissement des particuliers dans le cinéma», et propose de supprimer les avantages fiscaux des Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (Sofica) qui favorisent la récolte de fonds privés. Un autre député RN, Anthony Boulogne, propose de réduire de moitié la majoration des crédits d’impôt pour dépenses de production d’œuvres cinématographiques, dans le but avoué de «faire participer les secteurs cinématographique et audiovisuel à l’objectif national de redressement des comptes». Egalement visé, le crédit d’impôt international (C2I) s’appliquant aux dépenses faites en France pour des sociétés de production établies à l’étranger.
Deux poids deux mesures
A l’inverse, le patrimoine immobilier et mobilier, lui, est exempté de toute participation au redressement des comptes et se voit même autorisé à le plomber un peu plus. Le député Philippe Lottiaux propose d’étendre la réduction d’impôt sur le revenu au titre des travaux de conservation ou de restauration d’objets mobiliers classés aux objets mobiliers inscrits. Ce qui représenterait, selon le RN, une dépense fiscale de près d’un million d’euros. «Il convient toutefois de tenir compte des recettes fiscales supplémentaires engendrées par les travaux de restauration entrepris, et la hausse associée des revenus du tourisme», s’empresse de justifier le député, qui propose par ailleurs de retirer les monuments historiques classés ou inscrits ouverts au public de l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), dans le but d’empêcher leur vente à des «acquéreurs étrangers plus fortunés, ouvrant ainsi la voie au démantèlement de notre patrimoine». Un autre amendement vise à étendre le dispositif Malraux qui donne droit à une réduction d’impôt pour les propriétaires qui investissent dans la rénovation d’immeubles à caractère historique ou esthétique, destinés à la location (coût estimé par le RN : environ 1,5 million d’euros).
Un deux poids deux mesures revendiqué par le parti d’extrême droite, qui oppose clairement patrimoine et cinéma. Dans un amendement destiné à supprimer une fiscalité attribuée au CNC en vue du financement de l’audiovisuel et du cinéma, le député RN Kévin Mauvieux écrit noir sur blanc : «Nous refusons d’entretenir, par de nouveaux aménagements fiscaux, un système de dépendance budgétaire de l’audiovisuel public et parapublic, alors que les priorités culturelles doivent être ailleurs. […] Nos priorités culturelles doivent être recentrées […]. Avant d’ajouter ou de maintenir des taxes sectorielles pour subventionner des opérateurs, il faut rediriger les recettes vers la sauvegarde des églises, châteaux, musées et sites qui se dégradent partout en France.»
Croûtes et bibelots à restaurer
Il y a bien sûr des raisons personnelles à ces choix fiscaux. Propriétaire avec ses sœurs d’un hôtel particulier construit sous Napoléon III dans le domaine de Montretout, à Saint-Cloud, associé à plusieurs dépendances, Marine Le Pen fait partie de ces trop nombreux châtelains essorés par une fiscalité soviétique. Vieillissante, la bâtisse abrite aussi nombre de fauteuils à rempailler, horloges à retaper, croûtes et bibelots divers à restaurer. Autant de crédits d’impôts à décrocher.
Mais l’opposition entre cinéma et patrimoine revêt aussi une dimension idéologique. Si le Rassemblement national n’a pas de programme culturel - aucun livret thématique n’est consacré au monde de la culture, à la différence du patrimoine, Le Pen et ses ouailles gardent naturellement une dent contre une industrie cinématographique qui s’est toujours massivement opposée à l’extrême droite. Les vieilles pierres, elles ne s’expriment pas, et c’est d’ailleurs leur première qualité. «Le patrimoine est notre histoire pétrifiée, au sens premier de cet adjectif, est-il écrit dans le livret M Le Patrimoine, rédigé pour la présidentielle de 2022. C’est pourquoi il tient une place majeure dans le programme de redressement moral du pays.» Par opposition, donc, à une industrie cinématographique jugée trop progressiste, voire décadente."
https://www.liberation.fr/politique/ele ... 2L445NY6M/