"Intimidations, menaces, tirs sur le domicile... Des avocats, des magistrats ou encore des journalistes se retrouvent parfois en première ligne quand ils enquêtent sur des affaires liées au narcotrafic.
Après l'assassinat à Marseille en plein jour jeudi 13 novembre de Mehdi Kessaci, petit frère de l'infatigable militant anti-narcotrafic, un palier est-il franchi dans la menace que peuvent faire peser les réseaux de trafiquants de drogue sur différents professionnels ? Le ministre de l'Intérieur a dénoncé un meurtre d'"intimidation", un "crime d'avertissement". Sans céder à la panique, des avocats, magistrats, élus, militants, journalistes s'inquiètent, s'interrogent sur les risques qu'ils prennent, sur cette possibilité de se retrouver en première ligne, voire d'exposer leurs familles.
Les craintes redoublent ces derniers jours mais datent d'il y a plusieurs mois déjà. Un détenu membre présumé d'un gang a mis à prix, fin 2024, la tête de la directrice de la prison des Baumettes, à Marseille. Elle a été sortie de ses fonctions et placée sous protection policière. Au printemps 2025, plusieurs prisons et surtout des domiciles de surveillants pénitentiaires ont été la cible d'incendies, de tirs. Une vague d'attaques revendiquée par un collectif lié au crime organisé.
Une magistrate transférée
Les robes noires sont aussi visées. Deux hommes ont été mis en examen en octobre après la diffusion en ligne d’un "contrat" visant un juge d’Ile-de-France. Une quinzaine de magistrats en France vivent sous protection policière.
"La question n'est plus de savoir si un tel événement va arriver, mais plutôt quand cet événement va arriver."
Ludovic Friat, président de l'USM
à franceinfo
"On se doute bien que les magistrats, qui sont susceptibles de gêner ces organisations, par des placements en détention, par leur acharnement à arrêter les trafics, se retrouvent victimes ou cibles d'organisations mafieuses", estime Ludovic Friat, président de l'Union syndicale des magistrats (USM).
Une collègue a dû être transférée dans une autre juridiction à cause de menaces de cet ordre. "C'était une collègue qui instruisait un dossier sur une famille dans le trafic de stupéfiants, poursuit Ludovic Friat. La famille lui a dit : 'on sait très bien où tu habites, la preuve, c'est qu'on a acheté la maison en face de la tienne'. Clairement, on est là dans un acte d'intimidation."
Certains élus en première ligne
L'appréhension est celle d'arriver à une situation comme celle de la Belgique et des Pays-Bas, où ces dernières années des narcotrafiquants ont défié les institutions, menacé des ministres, tué un avocat et un journaliste. Une enquête est ouverte au parquet de Marseille depuis novembre 2024 sur les menaces pesant sur trois journalistes du Parisien auteurs d'un livre sur les tueurs à gages, de plus en plus jeunes. "Il y a beaucoup d'inquiétudes, c'est ce qui remonte de la part des professionnels qui enquêtent sur ce sujet, puis aussi des professionnels de la région de Marseille, raconte Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF). Le travail journalistique est un acte de lutte, d'engagement contre le narcotrafic."
"La violence débridée se manifeste contre tous ceux qui peuvent nuire à ces trafics qui rapportent gros. Il faut prendre garde."
Thibaut Bruttin, direction général de RSF
à franceinfo
Certains élus enfin se retrouvent en première ligne quand ils tentent de s'en prendre aux trafiquants. Le maire (divers droite) de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, a récemment fait fermer un local associatif soupçonné d'accueillir des dealers. Il a écopé en retour de tirs de mortiers d'artifice et de tags de menaces ciblées."
https://www.franceinfo.fr/societe/drogu ... 30433.html