"À Hayange, le RN fait toujours la Fête du cochon mais supprime les cars scolaires des enfants
Alors que la mairie RN de Hayange est critiquée pour avoir supprimé les cars scolaires pour des raisons financières juste avant la rentrée, la ville frontiste dirigée depuis 2014 par Fabien Engelmann a célébré sa 11e Fête du cochon.
Hayange (57), place de la Résistance et de la Déportation – Entre les stands de bières Bofferding, il y a au choix : des cochons de lait cuits à la broche, des jarrets de porc ou des demi-jambonneaux servis dans des assiettes en plastique, des fuseaux lorrains suspendus par dizaine, des sandwichs à la porchetta… Pas de doute, nous sommes à la 11e édition de la Fête du cochon de Hayange, en Moselle. Ici, les bambins trimballent un ballon tête de goret gonflé à l’hélium au poignet. Des motards aux blousons Hells Angels côtoient des adolescentes habillées en rose porcelet de la tête aux pieds, « parce que le cochon c’est trop bon ». Quant aux seniors, ils se déhanchent sur la piste au son des plus grands succès de Mike Brant interprétés par un chanteur imitateur au style inimitable, quand ils ne se prennent pas en photo devant l’énorme porc gonflable floqué du slogan : « Amitié et tradition ».
L’an dernier, ils étaient 14.000 à partager ce « grand banquet français », se félicite sur la scène ce dimanche 6 septembre le maire de Hayange, Fabien Engelmann. C’est lui qui a relancé en 2015, après son élection un an auparavant, cette « fête populaire décriée par certains médias et l’extrême gauche », qui « la première année ne rassemblait que 2.000 personnes ». Le maire frontiste en est à son troisième mandat et la Fête du cochon ne désemplit pas. D’ailleurs, il ne comprend pas « les attaques ridicules » sur cette dernière : « C’est une fête populaire et familiale, où tout le monde est très content et passe toujours une belle journée ! » Mais cette année, sous les posts Facebook de la municipalité Rassemblement national (RN),
certains interrogent : « C’est ici la ville avec une mairie de cassos qui claque sa tune pour se rêver en Paris-Bercy et qui supprime donc les bus scolaires pour les mômes ? » D’autres ironisent et demandent si « des navettes scolaires sont-elles prévues pour se rendre à la Fête du cochon ? » ou assènent :
Des « parents râleurs »
Le 6 août dernier, la municipalité de Hayange a pris de cours les parents de 85 enfants de six à 11 ans en annonçant la suppression de ses navettes scolaires qui assuraient les trajets entre trois quartiers éloignés de la commune et leurs écoles. L’Union des familles laïques de Moselle a dans la foulée saisi le préfet afin qu’il examine la légalité de cette décision « pour laquelle les choses ont été faites de manière très cavalière », estime son président Matthieu Gatipon.
De son côté, le maire Fabien Engelmann « ne comprend pas cette polémique nationale » qui aurait été « orchestrée par les gauchos de La France insoumise (LFI) », d’après lui.
Il soutient que ce service « ne concernait que 10% des élèves inscrits » et que dans les faits « les parents râleurs » ne seraient « que deux ou trois ».
Jamais avare d’outrance, l’édile en veut pour preuve : « Ils étaient 12 à manifester devant la mairie dont huit qui ne sont pas de Hayange mais des militants LFI qui sont encore à la fac à 45 ans… »
D
’autant que, pour le maire « le problème est réglé » depuis la signature d’une convention avec TeMo’b, le réseau de transports en commun du nord-ouest mosellan. « Au lieu de payer des navettes municipales qui nous coûtent 155.000 euros par an, 165.000 cette année, les enfants utiliseront des bus publics qui s’arrêtent aux mêmes arrêts ; on les paye déjà, autant les remplir. » Un argument qui fait mouche pour les participants de la Fête du cochon. « On ne va pas payer deux fois pour la même chose ! À notre époque, il n’y avait pas de navette scolaire », indique un vendeur de tickets pour acheter des boissons.
Et la mairie de Hayange a pensé à tout : « Un policier municipal à la retraite présent du premier jusqu’au dernier arrêt de bus accompagnera les enfants jusqu’au portail de leur école, c’est pas beau ça ? » Et s’il tombe malade ? « Pourquoi serait-il malade ? », répond Fabien Engelmann à StreetPress.
Deux quartiers encore laissés pour compte
La réalité est surtout plus complexe.
Ces navettes – dont le financement ne représentait que 0,64% du budget total de la ville (qui est de 21 millions d’euros, selon l’opposition) – servaient aux enfants de trois quartiers très éloignés dont les parcours pédestres ne sont pas adaptés. « La solution proposée par la mairie de Hayange ne concerne qu’un quartier, Saint-Nicolas-en-Forêt, laissant pour compte les deux autres : Sainte-Berthe et Marspich, où les parents vont devoir se débrouiller. Des situations individuelles justifiaient ce service complémentaire », précise Gilles Wobedo, un élu LFI de l’opposition au conseil municipal de Hayange. Soit respectivement 25 et dix enfants laissés sur le bas-côté. L’Insoumis renchérit :
«
Sainte-Berthe a déjà vu son école maternelle fermée par la mairie l’an dernier, là pour se rendre à l’école primaire, sans navette, il faut longer une départementale à pieds… »
«
À ce niveau là, on peut se demander pourquoi la ville a préféré continuer à financer les deux navettes gratuites pour les seniors qui coûtent plusieurs dizaines milliers d’euros tous les ans ? », s’interroge Gilles Wobedo. "
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