4 Que répond le président du RN ?
Jordan Bardella a réagi auprès de Médiapart dans un message écrit envoyé dimanche et reproduit par le site. Le patron du parti d'extrême droite dit contester "formellement" les "affirmations" du média selon lesquelles il aurait tenu "en public comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type". L'eurodéputé assure que les éléments avancés par Médiapart sont "nécessairement de faux grossiers" et qu'il s'agit "d'une véritable opération de barbouzerie". Il assure encore que durant l'été 2013, il était "encore mineur" et n'était "pas un militant actif" du FN. Jordan Bardella ajoute qu'il réagira en cas d'"imputation diffamatoire" de la part de Mediapart à son égard.
La réplique ne s'est ainsi pas fait attendre. Sitôt l'article du site d'investigation publié lundi après-midi, Jordan Bardella a immédiatement réagi sur X, évoquant à nouveau des "faux grossiers". "Au moment où la victoire de nos idées n'a jamais été aussi proche, une certaine presse militante est prête à monter des opérations de barbouzerie, pour déstabiliser la campagne présidentielle et attenter à mon honneur", affirme-t-il. Le président du Rassemblement national annonce avoir chargé son avocat "d'engager toutes les procédures nécessaires face à Mediapart".
Lundi soir sur CNews, Jordan Bardella a évoqué des "propos parfaitement délirants" qui "ne sont pas les miens". "Mon avocat a déposé une plainte en diffamation", a ajouté l'eurodéputé, évoquant "une opération de barbouzerie". "Ces propos orduriers relèvent du délire".
5 Comment Marine Le Pen a-t-elle réagi ?
En déplacement lundi au Salon des professionnels de la construction à Paris, Marine Le Pen a affirmé n'avoir pas "lu l'article de Mediapart". Un proche conseiller de la candidate à la présidentielle a également glissé à franceinfo ne pas être au courant de cette enquête. Mais "ça me paraît tellement dingue que ça ne peut être qu'un faux, qu'une barbouzerie dont Mediapart a le secret", a fustigé la présidente du groupe RN à l'Assemblée, qui a toujours déclaré vouloir faire de Jordan Bardella son Premier ministre. "Aucune personne normalement constituée ne peut croire à cette dinguerie", a-t-elle aussi déclaré face aux journalistes présents sur place.
Sur X, les réactions indignées des cadres du RN n'ont pas manqué. "Rappelons que l'immonde fondateur de ce média islamo-gauchiste se réjouissait du massacre des athlètes juifs par des terroristes arabes lors des JO de Munich", a écrit le député Julien Odoul, en publiant une photo du fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, régulièrement ciblé par l'extrême droite avec une affirmation inexacte. "C'est tellement gros que personne ne peut y croire", a assuré le député Matthias Renault dans une vidéo, évoquant "une boule puante".
6 Que disent les opposants au RN ?
Les responsables de gauche et d'extrême gauche ont très vite réagi aux informations rapportées par Médiapart. "On comprend mieux aujourd'hui pourquoi Bardella a pu dire que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite", a critiqué le patron du PS, Olivier Faure, sur X. "L'ampleur et la violence des abjectes déclarations antisémites de Bardella documentées par Mediapart devraient conduire son parti à son exclusion immédiate", a également dénoncé le député insoumis Paul Vannier sur le même réseau social. "Mais le RN est une organisation raciste, antisémite et islamophobe. Bardella continuera donc à le diriger." Jordan Bardella "doit démissionner de toutes ses fonctions", a tranché également l'écologiste Marine Tondelier, écrivant sur X que "l'homme qui se présente aujourd'hui comme le plus grand défenseur des juifs et juives de France est en réalité un antisémite obsessionnel".
"Quand on est raciste et xénophobe, habité par des préjugés raciaux visant les immigrés, on résiste mal à la pente antisémite... et cela finit toujours par ressortir malgré les couches et les couches de vernis", a aussi réagi l'ex-ministre Aurélien Rousseau, soutien de Raphaël Glucksmann. Même réaction du côté des communistes : "Les enfants spirituels de Le Pen ne changeront jamais. Depuis le FN, fondé par des Waffen-SS, jusqu'au RN d'aujourd'hui, ils resteront les mêmes : antisémites, racistes, complotistes", a écrit le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, sur X.
Du côté de la macronie et de la droite, peu de personnalités ont publiquement réagi lundi en fin d'après-midi. "Ces écrits, s'ils sont avérés, sont d'une immense gravité. Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l'oublier, la nature profonde de l'extrême droite", a estimé Aurore Bergé, ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, sur le réseau social. Contacté par franceinfo, un cadre du bloc central assure que "tout ce qui permet de montrer le vrai visage du RN que ce soit les incohérences dans le programme ou le fond idéologique du parti est plutôt positif".
En fin d'après-midi, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a évoqué auprès de l'AFP "une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national". L'instance s'était opposée, par le passé, au fait qu'un député RN dirige un groupe d'étude sur l'antisémitisme, en novembre 2022. Cette formation politique, "refuge des identitaires et des complotistes, n'a pas fondamentalement changé", estime le président du Crif Yonathan Arfi.