Plutôt que de dissoudre l’Assemblée, Emmanuel Macron doit enfin confier Matignon à la gauche
Toute autre issue prolongerait l’insupportable déni dans lequel s’est enfermé le chef de l’Etat depuis son échec aux législatives anticipées de 2024.
Si les circonstances ont pu varier, depuis un an les mêmes causes flagrantes ont produit les mêmes effets navrants. En s’entêtant à confondre stabilité et continuité, au mépris du résultat des urnes, dans lesquelles sa politique a été puissamment désavouée, Emmanuel Macron est le principal responsable de l’impasse actuelle. La démission, ce lundi 6 octobre, de Sébastien Lecornu, lâché par LR au lendemain de la nomination d’un gouvernement où la droite était pourtant une nouvelle fois bien servie, mais surtout promis à une censure fatale de la gauche et du Rassemblement national, doit enfin constituer une rupture pour le chef de l’Etat.
Après les dernières législatives, le péché originel du Président a été de ne pas prendre acte du fait que le pays lui avait clairement dit non. Avec ce déni, le vers était dans le fruit. Les épisodes Barnier, Bayrou et désormais Lecornu, qui a choisi de s’autocensurer sans même laisser aux députés le soin de le renverser, sont venus le confirmer encore et encore. Le tout, alors que les différentes forces politiques, chacune guidée par leur agenda électoral – de nouvelles législatives pour certaines, une présidentielle anticipée pour d’autres, l’horizon de 2027 pour toutes – davantage que par l’intérêt du pays, ont aussi leur part de responsabilité dans la chienlit actuelle.
Négocier des compromis avec humilité
Et maintenant ? Il serait temps d’en revenir aux enseignements qui auraient dû s’imposer après les législatives de juin 2024. Le premier, c’est que la gauche, à l’époque réunie en cartel sous la bannière du NFP, est le bloc qui était arrivé en tête. Le second, c’est le front républicain face au RN, initié par les partis de gauche et par la plupart des macronistes, mais surtout concrétisé dans les urnes par des millions d’électeurs. A partir de ces deux réalités (la troisième étant quand même le fait que le RN dispose du premier groupe politique à l’Assemblée), il y avait autre chose à faire que des bricolages permettant aux macronistes de ne pas tirer les conséquences de leurs échecs.
Le plus logique aurait été de confier Matignon à la gauche et que le groupe de Gabriel Attal se place en force d’appui parlementaire, le tout avec les nécessités pour les uns comme pour les autres de négocier avec humilité (oui, oui) des compromis à partir du programme du Nouveau Front populaire. Autrement dit que les composantes du front républicain s’entendent en respectant la victoire relative du Nouveau front populaire.
Cette option reste la plus pertinente aujourd’hui, même si l’honnêteté oblige à dire que le NFP, largement fracturé, n’est plus ce qu’il était il y a un an.
Un cadeau pour le RN
Dissoudre l’Assemblée comme le réclame à cor et à cri le RN, qui serait favori en cas de nouvelles législatives, mais aussi par LFI, qui y voit un pas de plus vers une démission d’Emmanuel Macron ? On imagine mal le chef de l’Etat s’y résoudre. Parce que ses troupes sont celles qui ont le plus à y perdre, mais aussi (surtout ?) parce qu’un retour aux urnes ne réglerait probablement rien, avec une Assemblée toujours divisée en trois blocs. Sauf à imaginer l’extrême droite obtenir cette fois la majorité absolue – la marche est haute – ou disposer d’une majorité relative suffisamment importante pour attirer à elle une partie de la droite dure. Autant de configurations qui seraient des tremplins vers la prochaine présidentielle.
Mais au fond, pourquoi revoter, ce qui serait de fait un cadeau pour le RN, alors que le dernier scrutin législatif ne date que de juin 2024 ? Cette issue sera peut-être finalement la seule, mais, en l’état, permettre à la gauche de tenter sa chance comme elle le mérite devrait apparaître comme une évidence. Et même un passage obligé. Alors que le macronisme est au bout du rouleau, l’enjeu pour Emmanuel Macron ne doit plus être de tout sauvegarder de son bilan, coûte que coûte, en abîmant chaque jour un peu plus la démocratie. Le sursaut doit venir de l’Elysée. Ce Président aussi entêté qu’impopulaire en sera-t-il capable ? Il faut le souhaiter mais on peut légitimement en douter. La nomination d’un gouvernement technique, autre option sur la table, serait un nouveau doigt d’honneur à tous les électeurs qui lui ont dit non. Le changement, ça doit être maintenant.
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