Non je n'ai pas changé....
Antisémitisme dans les coulisses du Rassemblement national
Le RN prétend avoir tourné la page de l’antisémitisme frontiste et revendique au contraire son soutien aux juifs.
Mais ce positionnement est contredit par les nombreux dérapages de personnalités de ce parti ainsi que par les préjugés relayés au sein de son électorat.
«
Le Rassemblement national et Marine Le Pen n’ont absolument rien à se reprocher dans [l]e domaine [de l’antisémitisme]1 », affirmait le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy au mois d’août. Ses propos faisaient suite aux paroles d’Éric Dupont-Moretti prononcées le 2 août à l’Assemblée nationale.
Le ministre de la Justice était alors revenu sur l’ADN antisémite du Front national, et plus précisément sur le « point de détail du père fondateur et ses différentes condamnations ».
Pour le RN, le sujet de l’antisémitisme n’en serait donc plus un. Et d’ailleurs, il ne le concernerait plus vraiment. Premièrement, comme beaucoup de membres du RN l’affirment aujourd’hui, l’antisémitisme se situerait de l’autre côté de l’échiquier politique, à l’extrême gauche, au « carrefour de l’islamo-gauchisme2 ». Deuxièmement, le RN devrait même être considéré comme le meilleur rempart contre l’antisémitisme, ce « verrou idéologique3 » qui empêchait les électeurs de voter pour le parti lepéniste, selon Louis Aliot. Rappelons que le RN va jusqu’à tenter des rapprochements avec la communauté juive tout en se présentant comme son meilleur allié. Troisièmement, le FN du père n’aurait plus rien à voir avec le parti « dédiabolisé » de la fille.
Dans ses vœux à la presse du 26 janvier 2022, Marine Le Pen a une nouvelle fois affiché la ligne officielle du RN sur l’antisémitisme : « Le meilleur moyen de régler le problème de l’antisémitisme, qui pousse nos compatriotes juifs à quitter des quartiers, c’est d’éradiquer définitivement l’idéologie islamiste dans notre pays. »
Des candidats qui détonnent
Mais les choses ne sont évidemment pas si simples car il existe un décalage indéniable entre les instances dirigeantes et certains représentants du parti, sans oublier les électeurs de Marine Le Pen et les sympathisants du RN. Il n’y a qu’à revenir sur quelques profils de candidats aux dernières législatives qui ont usé de l’antisémitisme ces dernières années et qui ont été investis par le parti.
Joëlle Nambotin Gobbi, candidate dans la 5e circonscription de l’Ain, avait ainsi partagé sur les réseaux sociaux plusieurs publications racistes et antisémites dont un visuel véhiculant des mensonges antisémites éculés selon lesquels les Rothschild contrôleraient le monde, auraient « financé toutes les guerres » parce qu’ils sont « malins » et que tout leur « appartient »4. L’usage, donc, d’un ensemble de codes liés au « mythe du complot juif mondial » avec l’idée que la famille Rothschild dirige le monde via les banques et les médias sans oublier une allusion à la fake news de la « loi Rothschild ». La candidate du RN dans la 12e circonscription de Paris
Agnès Pageard,
de son côté, avait entre autres invité à « relire » le collaborationniste Henry Coston ou son disciple Emmanuel Ratier comme l’a relevé Libération5.
Elle a aussi régulièrement fait usage du mot codé à caractère antisémite « Qui ? »
tout en apportant son soutien à l’ancienne candidate du Front national Cassandre Fristot, ayant brandi lors d’une manifestation contre le passe sanitaire le 7 août 2021, à Metz, une pancarte antisémite, condamnée à l’automne dernier à six mois de prison avec sursis. Quant à
Anne Jacqmin, candidate RN dans la 1re circonscription des Yvelines, elle avait choisi comme suppléant
Bruno Gollnish.
L’ancien numéro deux du FN, membre actuel du bureau du RN, s’est illustré régulièrement par ses déclarations et compagnonnages en lien avec l’antisémitisme et le négationnisme.
« Génocide anti-Français »
La liste de ces candidats qui n’ont pas passé le premier tour pourrait être poursuivie, s’étendre à ceux présents au second tour
mais aussi aux députés RN fraîchement élus. Celui de la 7e circonscription du Var et conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Frédéric Boccaletti,
qui s’était affiché début 2013 à la Manif pour tous avec le leader du British National Party et négationniste Nick Griffin. En 2008, cette tête de liste à Six-Fours-les-Plages et adhérent au FN depuis les années 1990 avait conduit la liste d’union Parti populiste-FN. Un Parti populiste qui aura tenu peu après son université de rentrée dans la municipalité avec la présence d’Alain Soral et de l’avocat des négationnistes Éric Delcroix.
En 1997, Frédéric Boccaletti était aux commandes de la librairie négationniste toulonnaise Anthinéa, du titre d’un livre de Charles Maurras.
La députée du Pas-de-Calais Caroline Parmentier,
elle, considérait elle, le 31 mai 2018, dans le quotidien d’extrême droite Présent, qu’ « après avoir “génocidé” les enfants français à raison de 200 000 par an, on doit maintenant les remplacer à tour de bras par les migrants ».
Cette proche de Marine Le Pen depuis 2019 renouait ainsi avec une dénonciation somme toute classique au temps de Jean-Marie Le Pen, celle d’un « génocide anti-français » tout en mettant à l’honneur la thématique du grand remplacement. Une sémantique abondamment utilisée au FN pendant les années 1970 pour établir un rapprochement entre le nazisme et la légalisation de l’IVG.
https://www.leddv.fr/analyse/antisemiti ... l-20221018