L'ancien parti de Nicolas Sarkozy, embarqué avec les macronistes dans le socle commun, appellation née sous Michel Barnier, a littéralement vu rouge à la lecture des noms des ministres égrenés par Emmanuel Moulin, le secrétaire général de l'Elysée, peu avant 20 heures dimanche. "Les équilibres gouvernementaux" ne sont pas respectés, fait savoir l'entourage de Bruno Retailleau, assurant que c'est désormais "la participation de LR qui est sur la table". Outre Bruno Retailleau, Annie Genevard vient d'être reconduite à l'Agriculture, tout comme Philippe Tabarot aux Transports, ou Rachida Dati à la Culture. Mais le quota des macronistes est trop élevé, peste-t-on chez LR.
"On avait dit que la macronie devait finir. Cette composition reflète davantage les échecs des huit dernières années que le nécessaire redressement du pays", appuie un député LR. "C'est le retour ou la confirmation de tous les nuls de la macronie. Il faut mettre la dernière pelletée de terre sur le cercueil du macronisme, renchérit un cadre du parti. Je ne connais pas un LR qui veut rester."
Les Républicains sont aussi poussés par les oppositions, qui critiquent abondamment le casting des ministres. "Le gouvernement annoncé ce soir, composé des derniers macronistes agrippés au radeau de la Méduse, a décidément tout de la continuité, absolument rien de la rupture que les Français attendent", dénonce le patron du RN, Jordan Bardella, sur X(Nouvelle fenêtre). "Ils perdent les élections mais ils gouvernent. Ils n'ont pas de majorité mais refusent les compromis. Ils se font renverser mais restent en poste", critique Boris Vallaud, le président du groupe PS à l'Assemblée, sur X(Nouvelle fenêtre). Au même moment, l'entourage de Sébastien Lecornu vante un gouvernement qui "ressemble au socle commun" et qui "allie la stabilité et le renouvellement".
Le problème Bruno Le Maire
Le socle commun est pourtant au bord de l'implosion. Outre les équilibres entre les différentes composantes de la coalition, un nom fait vriller Les Républicains : celui de Bruno Le Maire. Le retour de l'ancien patron de Bercy au gouvernement, en tant que ministre des Armées, ne passe pas. "C'est l'incarnation des pires échecs des quinquennats Macron", glisse un député LR. "Les retours sont catastrophiques", enchaîne un autre, assailli, comme ses collègues, de messages de militants mécontents.
Lundi, au "13 heures" de TF1(Nouvelle fenêtre), Bruno Retailleau accuse Sébastien Lecornu de lui avoir caché la nomination de l'ancien député de l'Eure. "Hier, j'ai été reçu pendant une heure trente par le Premier ministre, quelques minutes avant l'annonce de la composition du gouvernement. Jamais il ne m'a dit que Bruno Le Maire serait nommé (...). Il est associé aux mille milliards de dette", affirme-t-il. Selon nos informations, c'est devant son poste de télévision, en écoutant Emmanuel Moulin, que le Vendéen a découvert le pot aux roses.
Des déclarations qui font bondir les proches de Bruno Le Maire. "Ils ont la trouille de se faire censurer tout de suite et ils trouvent un prétexte", assure l'un d'eux. Ajoutant que "Sébastien Lecornu n'est pas obligé de dévoiler aux LR les noms de ceux qu'il nomme à la tête des ministères relevant du domaine présidentiel". Mais certains caciques de droite en profitent pour publiquement accentuer la pression. "LR accepte – sans consulter les instances – de participer à un gouvernement sans en connaître les principaux membres ? Dans le contexte actuel ? En sachant le risque d'apparaître complices du dernier soubresaut du macronisme agonisant ?", écrit peu avant 22 heures, dimanche, sur X(Nouvelle fenêtre), le maire LR de Cannes, David Lisnard, qui met sa démission de vice-président de LR dans la balance si son parti poursuit au gouvernement.
"La rupture de confiance est réelle"
"On aura inventé l'autocensure", se désespère peu avant 23 heures un ténor de Renaissance. Au même moment, l'UDI d'Hervé Marseille, qui faisait partie de la coalition gouvernementale et avait deux ministres sous François Bayrou, annonce reprendre "son entière liberté". Sébastien Lecornu "a réussi à faire imploser le socle, champion !", ironise un cadre du parti de centre droit. A 7h40 lundi, sur RTL(Nouvelle fenêtre), Xavier Bertrand, le président LR de la région Hauts-de-France, enfonce le clou en assurant que son parti ne peut "pas participer à ce gouvernement". Sur France Inter(Nouvelle fenêtre), un peu plus tard, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères tout juste reconduit, tente un dernier appel aux LR. "Je ne peux pas croire que, dans la situation tragique dans laquelle se trouve notre pays (...), le parti du général de Gaulle puisse se désolidariser, puisse se livrer à un chantage sur les places", livre-t-il.
Peine perdue. Les amarres semblent déjà bien larguées chez LR, alors même que la réunion stratégique n'est prévue qu'à 11h30. "Bruno Retailleau s'est pris une avalanche de messages de la base et de nos cadres, en colère. On ne peut pas accepter d'être pris pour les meubles", confie un cadre du parti. "A défaut de rupture, la rupture de confiance est réelle", enchaîne un autre.
Au sein du bloc central, les retours sont "cataclysmiques", à en croire une cadre macroniste. "Les LR portent une responsabilité importante dans la situation actuelle. Ils se projettent déjà sur les municipales et les négociations avec eux sont particulièrement compliquées, tant ils se perçoivent comme les futurs vainqueurs de la présidentielle. C'est insupportable", complète un député Ensemble pour la République (EPR). "Les LR ont voulu faire un coup pour avoir plus", croit savoir un parlementaire macroniste.
Les Républicains n'auront pas eu l'opportunité d'annoncer qu'ils quittaient officiellement le gouvernement. Sébastien Lecornu les a donc pris de court en déclarant son retrait, accepté par Emmanuel Macron. "Je n'ai jamais envisagé la démission de Lecornu sous cette forme et ce matin", confie, abasourdi, un député LR. Une démission dont Bruno Retailleau assure ne "pas du tout" se sentir "responsable". "Nous ne basculons pas dans l'opposition", a martelé le chef de la droite sur TF1. Selon nos informations, ce dernier a lui-même été surpris par la rapidité du choix du Premier ministre. La balle est désormais dans le camp d'Emmanuel Macron, de nouveau en première ligne dans cette énième crise politique.
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