"C'est un changement notable de tonalité" : comment la posture de Marine Le Pen a évolué pour son procès en appel
L'audience s'achève mercredi avec les plaidoiries de la défense de la cheffe de file des députés RN et les derniers mots des prévenus. Plus discrète qu'au premier procès, Marine Le Pen, qui joue là son avenir politique, a tenté jusqu'au bout de convaincre la cour d'appel de Paris d'infléchir sa décision.
Assise à côté de ses avocats, plongée dans ses notes, Marine Le Pen secoue souvent la tête et serre les dents. Elle bout intérieurement, mais se contient. Cette ligne de conduite, fixée pour son deuxième procès dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Front national (FN), aujourd'hui Rassemblement national (RN), tranche avec les indignations qui ont ponctué le premier procès à l'automne 2024. Même lors de son long interrogatoire, en janvier, c'est avec patience et calme qu'elle a répondu. La patronne des députés RN, qui espère encore se présenter à la prochaine élection présidentielle, a fait profil bas devant la cour d'appel de Paris. Elle a conservé cette attitude au fil de l'audience, à laquelle elle a quasiment assisté en intégralité, consciente que la décision de justice prise à l'issue déterminera son destin politique.
Quatre semaines plus tard, le procès touche à sa fin. La parole est à la défense : celle de Marine Le Pen arrive en conclusion. Ses avocats vont plaider sa "parfaite bonne foi", mercredi 11 février, tout au long de l'après-midi, et tenter d'inverser la vapeur. Si la relaxe qu'ils vont réclamer est peu probable, Sandra Chirac-Kollarik et Rodolphe Bosselut espèrent encore atténuer la condamnation de Marine Le Pen, en première instance, à quatre ans de prison dont deux ferme, une amende de 100 000 euros et cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, c'est-à-dire l'application immédiate de la peine. Pour l'instant, ils ont obtenu une satisfaction : l'abandon, dans les réquisitions, de cette exécution à effet immédiat.
Une "reconnaissance du très très bout des lèvres"
Bien qu'un peu moins sévères sur la peine réclamée, les réquisitions n'en restent pas moins cinglantes. Ainsi, à l'encontre de Marine Le Pen, le parquet général a réclamé quatre ans de prison dont un an ferme, à nouveau une amende de 100 000 euros, et surtout cinq ans d'inéligibilité, la considérant comme "la tête du système". Or, elle a toujours réfuté avec force ce terme qui la "gêne parce qu'on a le sentiment d'une manipulation". C'est sa ligne de défense constante, martelée lors du deuxième procès, sur laquelle les autres cadres du RN se sont rangés comme un seul homme. Sans pour autant convaincre le ministère publi
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Vous portez une lourde responsabilité d'avoir choisi de marcher dans les pas de votre père. Vous en connaissiez parfaitement les risques", a répliqué l'un des avocats généraux, s'adressant directement à la prévenue en fin de réquisitoire. Il a enfoncé le clou en qualifiant Marine Le Pen "d'instigatrice" de "ce système qui lui a permis de détourner 1,4 million d'euros". Selon le ministère public, le caractère intentionnel du détournement de fonds publics et de la complicité de ce délit ne font pas de doute.
Pourtant, à l'ouverture de son procès en appel, l'ancienne eurodéputée a contesté l'intention de commettre ce qui lui est reproché, à savoir d'avoir recruté des assistants parlementaires qui travaillaient en réalité au bénéfice du parti. Mais elle a bien reconnu la matérialité des faits. "
Si un délit a été commis, et tout le monde semble s'accorder sur ce point, je veux que la cour sache que nous n'avions aucun sentiment d'avoir commis le moindre délit lorsqu'en 2004, 2009, 2014, nous avons embauché nos propres assistants et mutualisé ces assistants", a-t-elle déclaré le 13 janvier. Tout en mettant en cause, comme elle l'a toujours fait, le Parlement européen, qui n'a "pas joué son rôle d'alerte tel qu'il aurait dû".
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Le mouvement de la défense a été celui-là : au lieu d'assumer, on a fait parfois le choix de se défausser sur d'autres."
Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européendans sa plaidoirie
Cette concession marque un tournant : il s'agit d'une légère inflexion dans sa ligne de défense par rapport au premier procès, une "
reconnaissance du très très bout des lèvres", a ainsi raillé Patrick Maisonneuve, l'avocat du Parlement européen.
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Un contexte plus serein"
Sur la forme, le contraste est plus saisissant. A l'automne 2024, c'est avec aplomb que Marine Le Pen avait soutenu, devant une forêt de micros et de caméras, n'avoir "violé aucune règle politique ni aucune règle réglementaire du Parlement européen". Puis elle avait continué, jour après jour, de s'exprimer auprès des journalistes en marge de l'audience. Elle avait estimé "n'avoir rien à faire là", invoquant "la séparation des pouvoirs" et martelant "qu'on ne peut pas empêcher un assistant parlementaire d'avoir une fonction politique".
Aujourd'hui, sa discrétion devant les médias a tranché. En parallèle de ce procès en appel, elle s'est tenue à distance de la presse… ne confiant que quelques mots à une poignée de journalistes à l'issue de son interrogatoire. La scène s'est répétée le matin du réquisitoire. "Je suis croyante, je crois toujours aux miracles", a-t-elle même lâché. En début d'après-midi, les yeux brillants, s'affichant détendue, l'ancienne avocate est revenue sur des points judiciaires, parfois techniques. Puis elle a balayé les questions sur son avenir avant de conclure son aparté dans un sourire.
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Je ne parle plus, c'est fini. Sauf pour annoncer ma candidature à la présidentielle."
"C'est un changement notable de tonalité, d'ambiance, par rapport à la conférence de presse vengeresse de Marine Le Pen à la sortie de l'audience en première instance, et les interviews des cadres du RN", a souligné l'un des avocats généraux, dans le "rappel solennel" de son réquisitoire, le 3 février. Il s'est "félicité" de ce "contexte plus serein" pour "les débats". De fait, les parlementaires du parti d'extrême droite se sont pliés à la consigne donnée pour le procès en appel par Marine Le Pen : ne pas s'exprimer ou commenter sobrement.
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Une ligne de crête très étroite"
Malgré ce ton plus mesuré, le parquet général n'a pas dévié. Il a demandé à la cour d'appel de Paris de condamner tous les cadres du RN à nouveau jugés. "La plupart des prévenus ont cheminé sur une ligne de crête très étroite, avec des positionnements pas toujours compréhensibles", ont souligné les avocats généraux. "Nous avons même vu la réincarnation d'un délit réalisé à l'insu de son plein gré", ont-ils ironisé. Un argument repris par la procureure générale de Paris, au lendemain des réquisitions. Sur France Inter, Marie-Suzanne Le Quéau s'est dite "pas du tout convaincue" d'une quelconque évolution des accusés, qui "n'ont pas du tout changé leur position de défense".
Difficile de savoir si la présidente de la cour d'appel de Paris et ses assesseurs, qui prendront leur décision en collégialité, partagent cette analyse.
Mais les chances sont faibles pour Marine Le Pen et les cadres du RN jugés en appel de voir tourner le vent en leur faveur.
Quand leurs réponses étaient surprenantes, répétitives, provoquant parfois des rires, la présidente de la cour n'a pas caché son agacement, lâchant quelques soupirs et même, à plusieurs reprises, des "Hum", "Bon, bon…", laissant apparaître son scepticisme. Pas de quoi déstabiliser Marine Le Pen, qui espère encore obtenir sa clémence, même relative, et qui rêve de se présenter une quatrième fois dans la course à l'Elysée.
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