"Une ville de plus en plus endettée… Et une enveloppe de 800 euros par mois
Pour qui roule David Rachline ? Pour sa ville, pour lui-même, ou pour d’autres intérêts, économiques notamment ? L’élu reconnaît être un noceur. Il est aussi flambeur. Un style de vie onéreux, malgré ses indemnités qui s’élèvent à 9 384 euros brut par mois (il cumule avec un mandat de conseiller régional). En 2020, lors du premier conseil municipal organisé après sa réélection, le Varois décide de s’accorder une enveloppe supplémentaire de 800 euros par mois, pour couvrir ses frais personnels. Un dispositif légal qu’il avait supprimé en 2014, au nom de la gestion exemplaire. "Je vous garantis que cette enveloppe est tout à fait justifiée", assure l’intéressé, qui invoque des besoins liés à la fin de ses indemnités sénatoriales.
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La mesure a tout de même de quoi surprendre à la vue du contexte financier de la municipalité. Loin d’assainir la situation de la ville, David Rachline a de nouveau laissé filer les dettes : elles ont augmenté de 15,44 % sur les trois dernières années (2018-2021). Malgré une politique de cessions de terrains intensives depuis 2014 - 54 millions d’euros de propriétés communales ont été vendues -, Fréjus est obligée d’emprunter non seulement pour réaliser ses investissements, mais aussi pour rembourser sa dette. Résultat, celui qui accusait son prédécesseur d’avoir "ruiné la ville" gère aujourd’hui une cité plus endettée encore. "La bonne gestion de monsieur Rachline, c’est : 'je vends autant de terrains communaux que possible, je réemprunte à vingt ans pour que ça ne se voit pas, et je fais des travaux complètement délirants'", soupire Emmanuel Bonnemain, à la tête d’un groupe d’opposition.
La plupart des projets immobiliers sont portés au niveau de la Cavem : c’est le cas de la future "promenade des bains", une ambition pharaonique de réaménagement du littoral entre Fréjus et Saint-Raphaël, qui va coûter au minimum 65 millions d’euros au contribuable. Un appétit de béton qui fait le bonheur d’un homme : Alexandre Barbero, richissime entrepreneur varois, à la tête d’un groupe d’une dizaine d’entreprises, principalement dans le BTP, mais aussi la restauration, l’hôtellerie, le tourisme… Ses entreprises de construction, particulièrement, sont florissantes : elles raflent la plupart des contrats dans l’agglomération varoise. Une situation d’hégémonie dénoncée dès 2017 par la chambre régionale des comptes. Depuis, tous les témoignages recueillis attestent que rien n’a changé, la société de Barbero continuant d’emporter la majorité des marchés publics de l’agglomération (au niveau de la ville de Fréjus, son groupe s’est occupé du chantier d’aménagement du centre-ville). De quoi faire déplorer à Renaud Muselier "la mise en place d’un système politique d’influence, avec de grandes familles qui sont les seules à être servies".
La très puissante famille Barbero
Des accusations que réfute Alexandre Barbero. "Le BTP, c’est toujours la même chose, ça fait parler. Que voulez-vous que je vous dise ? On répond à des appels d’offres, on les a…, affirme-t-il à l’Express. On a investi pour respecter les normes, développer des techniques de plus en plus compliquées. La moitié des entreprises ici ne se donnent peut-être pas les moyens d’y arriver, ce sont tous des intérimaires ou des tâcherons !" Au cours de plusieurs mois d’enquêtes, les témoignages recueillis décrivent pourtant une autre réalité. "Quand Monsieur Barbero postule à des marchés publics, ses réponses correspondent toujours exactement aux attentes, que ça soit en matière technique, des matériaux utilisés, et avec un chiffrage toujours très proche du budget prévu. Pourquoi ? C’est simple, il a les informations avant", explique un ancien haut responsable de la mairie, qui tient à garder l’anonymat. Un scénario que confirment plusieurs sources chargées, ces huit dernières années, de l’attribution des marchés publics."
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