Dans Le Monde d’hier, une page bouleversante consacrée à Roni.
Roni était une gamine. L’une des jeunes guetteuses du premier poste de surveillance à avoir été attaqué par les terroristes du Hamas le 7 octobre. Ce poste est situé à 850 m de la clôture séparant la partie israélienne de Gaza.
Eya Eshel, le père de Roni, mène un combat incessant contre les autorités israéliennes et cherche à comprendre : comment n’ont-elles pu réagir alors que les guetteuses ne cessaient d’avertir que des choses anormales se passaient de l’autre côté ? Comment ? Pourquoi quand on connaît la puissance d’infiltration et de surveillance de la plus grande puissance économique et militaire du Proche-Orient capable d’aller frapper des cibles à des milliers de kms, capable de faire sauter à distance des portables de centaines de militants d’une organisation terroriste au Liban et pas fichue de voir ce qui se tramait à quelques centaines de mètres de sa frontière avec Gaza ?
Ainsi depuis septembre 2023, Roni avait adressé de nombreux rapports alertant la hiérarchie : où sont passés ces rapports écrits ? Disparus. Et le père cherche à savoir où ils sont passés, ces fameux rapports.
Pour donner quelques exemples : Roni avait alerté qu’elle voyait depuis plusieurs mois des combattants s’entraîner d’abord une fois par semaine, puis deux fois par semaine, puis chaque jour de la semaine. C’était tout à fait anormal.
D’autant plus -et on le sait de source sûre à présent- que dès 2002 les services secrets avaient eu à leur disposition l’intégrité du plan d’attaque du Hamas sous l’appellation de « Plan Jericho Wall » : tout y était !
Source :
"Révélation. Des responsables israéliens avaient connaissance d’un plan d’attaque du Hamas depuis plus d’un an"
https://www.courrierinternational.com/a ... us-d-un-an
Mais ce n’est pas tout : Roni avait aussi alerté ses supérieurs d’une chose étonnante : en face, ils avaient pénétré les réseaux sociaux qu’elle fréquentait au point de savoir quelle était sa date d’anniversaire puisque le jour de son anniversaire, elle a vu une banderole accrochée à la clôture du côté gazaoui avec « Joyeux anniversaire » !
Roni avait aussi alerté ses supérieurs du fait qu’il y avait quelques trous dans la clôture.
Le père a gardé les derniers SMS de sa fille juste au début de l’attaque à 6 h 30. Elle tweete à son père : « Papa, je viens d’en voir un passer la clôture ». Puis : « deux ». Puis plus rien. Elle a été retrouvée calcinée avec toutes ses jeunes collègues.
Ce n’est pas tout : des otages libérés qui ont discuté avec leurs ravisseurs du Hamas ont témoigné du fait que les premiers d’entre eux qui avaient attaqué le poste avaient été littéralement sidérés par
le fait de n’avoir rencontré aucune résistance de 6H30 jusqu’à 13h30 (début de l’arrivée des premiers renforts de la contre-attaque israélienne).
Ce n’est pas tout : on a retrouvé ensuite des plans du Hamas qui montraient que le Hamas savait tout , pièce par pièce, de la configuration de ce poste des guetteuses : où se trouvait l’armoire de rangements des armes, où se trouvait la cuisine etc. Tout était strictement balisé en prévision de l’attaque.
On dit : il y a eu un « avant » (et un « après ») au 7 Octobre. Le problème étant que lorsqu’on dit « un avant » on semble exclure d’office tout ce qui précède, à savoir qu’Israël disposait de tous les éléments qui auraient pu empêcher ce massacre.
Le 7 Octobre n’aurait jamais dû se produire. Or, il s'est produit.
Pourquoi s’est-il alors produit alors que le pays doté des services de surveillance et de renseignements les plus performants au monde était manifestement en mesure de l’empêcher ?
POURQUOI ?
Cette gamine et ses jeunes collègues n’auraient jamais dû se retrouver en première ligne sans défense.
Source : Le Monde d’hier :
"Après le 7-Octobre, le père d’une guetteuse israélienne devenu figure de proue des familles endeuillées"
"
Dix-huit mois après la mort de sa fille, une soldate tuée en 2023 lors de l’attaque terroriste du Hamas, Eyal Eshel dénonce l’impréparation de l’armée israélienne, restée sourde aux alertes lancées par certaines de ses guetteuses.
Avait-elle peur, Roni Eshel, lorsqu’elle s’est assise devant ses écrans de surveillance, le 7 octobre 2023 à 4 heures du matin ? Peur de se retrouver en première ligne, à 850 mètres de la bande de Gaza, dans une caserne à moitié vide en raison des fêtes juives de Sim’hat Torah ? Eyal Eshel, son père, ne le saura jamais. Vers 6 h 30, ce matin-là, des terroristes en provenance de l’enclave palestinienne se sont lancés à l’assaut de la base militaire israélienne de Nahal Oz et du kibboutz du même nom. A pied, dans des pick-up ou sur des motos, 215 hommes déferlent en trois vagues successives contre la base endormie, où la bataille tourne très vite au massacre.
Cinquante-trois des 162 militaires présents sur place seront assassinés en quelques heures, pour beaucoup des jeunes femmes en cours de service militaire. La plupart, surprises au saut du lit, étaient encore en pyjama. Dix autres soldats feront partie des otages emmenés à Gaza, où deux tankistes se trouvent toujours. Quant à Roni, la guetteuse de 19 ans, elle est morte brûlée vive dans le poste de commandement avec plusieurs de ses compagnes et quelques sous-officiers, dont un éclaireur bédouin resté jusqu’au bout pour défendre les soldates.
Devenu l’un des symptômes les plus criants des faiblesses de l’armée israélienne, cet épisode a mis en évidence plusieurs manquements emboîtés les uns dans les autres. Le premier, bien sûr, tient à l’aveuglement du haut commandement, persuadé que le Hamas n’aurait jamais les capacités opérationnelles pour mener une opération d’envergure – et cela, même après la découverte d’un plan d’attaque conçu par le mouvement islamiste sous le nom de « mur de Jéricho », qui détaillait, point par point, la catastrophe à venir."
https://www.lemonde.fr/idees/article/20 ... _3232.html