Re: Le procès du Front National et de Marine le pen commence aujourd'hui.
Posté : 23 octobre 2024 07:20
Il coule Odoul...
Procès des assistants européens du RN : le passé décomposé de Julien Odoul
A la barre du tribunal correctionnel de Paris ce mardi 22 octobre, le député RN de l’Yonne et Mylène Troszczynski, sa supposée employeuse au Parlement européen entre octobre 2014 et juillet 2015, ont peiné à justifier leur quasi-absence de contacts lors de cette période. Lui collaborait en réalité au cabinet de Marine Le Pen.
Assis sur le premier siège des prévenus, barbe finement coupée, petites lunettes, costume ajusté et jambes croisées, Julien Odoul a sagement regardé se noyer à la barre du tribunal judiciaire de Paris son employeuse d’antan, la députée européenne Mylène Troszczynski. Celui qui a été élu lors des dernières législatives député de l’Yonne était entre le 1er octobre 2014 et le 31 juillet 2015, sur le papier ont estimé les juges d’instruction, son assistant parlementaire européen : il avait 29 ans et se retrouvait doté de plusieurs milliers d’euros mensuels. Soit quelque 56 000 euros au total, que l’eurodéputée a remboursés au Parlement européen.
Mylène Troszczynski est jugée pour «détournement de fonds publics», lui doit répondre du «recel» de ce même délit. Après ses trois jours d’une audition intense, la semaine dernière, Marine Le Pen a déserté ce mardi 22 octobre le tribunal, où se poursuit le procès des emplois fictifs du Front national (devenu Rassemblement national) débuté le 30 septembre, et la salle d’audience s’est légèrement clairsemée.
Troszczynski avait répondu au juge d’instruction pendant l’enquête qu’elle «aurait pu être manipulée», face aux éléments qui lui étaient alors présentés et dévoilaient un éventuel système de financement du parti d’extrême droite par l’argent public du Parlement européen. Aujourd’hui à l’audience, l’ancienne hôtesse d’accueil du coiffeur Dessange International, entrée en militantisme pour «le Front», dit-elle, avant d’être élue, admet avoir été «déstabilisée». «Je n’étais pas en copie des échanges qui portaient sur mon enveloppe budgétaire au Parlement européen, je n’étais pas informée», regrette celle qui était pourtant officiellement la patronne de ses collaborateurs. Le Pen et lui communiquaient donc sans mettre l’eurodéputée en copie de leurs mails…
Collaborateur «honorifique» de Marine Le Pen ?
Julien Odoul rappelle à la barre, à propos d’un de ces mails directement adressé à Le Pen, qu’il y a alors une campagne de diffusion des photos que le futur député avait faites pour le magazine gay Têtu. Il en informe donc la présidente du parti. «Ah, vous informez votre employeur ?» demande la présidente. Non, maintient celui qui apparaît sur un organigramme comme conseiller spécial de la présidente du FN : «Je n’ai jamais cessé de travailler pour Mylène Troszczynski.» Et, assure-t-il sans preuves, il avait des contacts avec elle.
Julien Odoul, qui reconnaîtra devant le tribunal être alors mû par «une grande ambition», travaillait en réalité au cabinet de la présidente du FN – il admet d’ailleurs à la barre y avoir été à partir de février 2015, mais à «titre honorifique». De quoi faire tiquer la présidente sur l’usage de ce curieux adjectif : «Honorifique ?». «Ça me permettait d’ouvrir des portes, de me faire mousser un petit peu. J’ai beaucoup de respect pour Mme Troszczynski, mais elle est moins connue, moins reconnue nationalement. Je voulais avancer dans le parti. C’était valorisant», argumente Odoul. Et probablement risqué d’y faire apparaître en même temps la mention du job d’assistant parlementaire.
«Marine, serait-il possible que je vienne à Strasbourg demain pour voir comment se déroule une session au PE [Parlement européen], rencontrer députés et assistants et faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché ?»
— Julien Odoul dans un mail retrouvé en perquisition, qu’il avait adressé le 10 février 2015 à Marine Le Pen
Quel drôle d’employeur que Mylène Troszczynski. Elle ne choisit pas ses collaborateurs et ne communique quasiment jamais avec eux. De rares échanges entre elle et Odoul, datant du début du contrat ou de sa fin, ont été prouvés par les enquêteurs, dont seulement deux «communications» alors que ce dernier est censé travailler à ses côtés. Mylène Troszczynski ne fixe pas non plus les missions qu’elle assigne à ses employés. En dépit de ses papiers posés devant elle à la barre, elle ne se souvient pas vraiment de la date à laquelle elle a rencontré son assistant parlementaire pour la première fois. «Je crois que c’était lors d’un congrès à Lyon, en novembre 2014», admet-elle. Elle bredouille face à la présidente du tribunal qui s’étonne et la relance : ce n’était vraiment pas le cadre d’une rencontre «d’employeur à employé». «Vous n’avez aucun souvenir d’une rencontre pour faire le point entre employeur et employé ?»
Dans un mail retrouvé en perquisition, qu’il avait adressé le 10 février 2015 à Marine Le Pen, Julien Odoul était plus carré que sa patronne de papier : «Marine, serait-il possible que je vienne à Strasbourg demain pour voir comment se déroule une session au PE [Parlement européen], rencontrer députés et assistants et faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché ?»
Ce mail plombe l’actuel député de l’Yonne : à cette époque, cela faisait quatre mois que l’intéressé était censé être l’assistant de sa députée européenne, mais ce n’est même pas à elle qu’il demandait l’autorisation de faire sa connaissance, et ça fait tiquer le tribunal. «J’en informe Mme Troszczynski et Mme Le Pen», argumente Julien Odoul, du haut de ses talonnettes vernies, pour tenter d’échapper, lui aussi, à la noyade qui guette. «Le fait que je découvre plus tard le Parlement européen alors que j’étais assistant local, c’est banal», se défend-il encore. Assistant local, autorisé à travailler depuis Paris, il pouvait ne pas fréquenter Bruxelles ou Strasbourg, assure-t-il. Le tribunal n’a pas fini de cuisiner les 25 prévenus de l’affaire qui menace Marine Le Pen d’une inéligibilité potentielle.
https://www.liberation.fr/societe/polic ... directed=1
Procès des assistants européens du RN : le passé décomposé de Julien Odoul
A la barre du tribunal correctionnel de Paris ce mardi 22 octobre, le député RN de l’Yonne et Mylène Troszczynski, sa supposée employeuse au Parlement européen entre octobre 2014 et juillet 2015, ont peiné à justifier leur quasi-absence de contacts lors de cette période. Lui collaborait en réalité au cabinet de Marine Le Pen.
Assis sur le premier siège des prévenus, barbe finement coupée, petites lunettes, costume ajusté et jambes croisées, Julien Odoul a sagement regardé se noyer à la barre du tribunal judiciaire de Paris son employeuse d’antan, la députée européenne Mylène Troszczynski. Celui qui a été élu lors des dernières législatives député de l’Yonne était entre le 1er octobre 2014 et le 31 juillet 2015, sur le papier ont estimé les juges d’instruction, son assistant parlementaire européen : il avait 29 ans et se retrouvait doté de plusieurs milliers d’euros mensuels. Soit quelque 56 000 euros au total, que l’eurodéputée a remboursés au Parlement européen.
Mylène Troszczynski est jugée pour «détournement de fonds publics», lui doit répondre du «recel» de ce même délit. Après ses trois jours d’une audition intense, la semaine dernière, Marine Le Pen a déserté ce mardi 22 octobre le tribunal, où se poursuit le procès des emplois fictifs du Front national (devenu Rassemblement national) débuté le 30 septembre, et la salle d’audience s’est légèrement clairsemée.
Troszczynski avait répondu au juge d’instruction pendant l’enquête qu’elle «aurait pu être manipulée», face aux éléments qui lui étaient alors présentés et dévoilaient un éventuel système de financement du parti d’extrême droite par l’argent public du Parlement européen. Aujourd’hui à l’audience, l’ancienne hôtesse d’accueil du coiffeur Dessange International, entrée en militantisme pour «le Front», dit-elle, avant d’être élue, admet avoir été «déstabilisée». «Je n’étais pas en copie des échanges qui portaient sur mon enveloppe budgétaire au Parlement européen, je n’étais pas informée», regrette celle qui était pourtant officiellement la patronne de ses collaborateurs. Le Pen et lui communiquaient donc sans mettre l’eurodéputée en copie de leurs mails…
Collaborateur «honorifique» de Marine Le Pen ?
Julien Odoul rappelle à la barre, à propos d’un de ces mails directement adressé à Le Pen, qu’il y a alors une campagne de diffusion des photos que le futur député avait faites pour le magazine gay Têtu. Il en informe donc la présidente du parti. «Ah, vous informez votre employeur ?» demande la présidente. Non, maintient celui qui apparaît sur un organigramme comme conseiller spécial de la présidente du FN : «Je n’ai jamais cessé de travailler pour Mylène Troszczynski.» Et, assure-t-il sans preuves, il avait des contacts avec elle.
Julien Odoul, qui reconnaîtra devant le tribunal être alors mû par «une grande ambition», travaillait en réalité au cabinet de la présidente du FN – il admet d’ailleurs à la barre y avoir été à partir de février 2015, mais à «titre honorifique». De quoi faire tiquer la présidente sur l’usage de ce curieux adjectif : «Honorifique ?». «Ça me permettait d’ouvrir des portes, de me faire mousser un petit peu. J’ai beaucoup de respect pour Mme Troszczynski, mais elle est moins connue, moins reconnue nationalement. Je voulais avancer dans le parti. C’était valorisant», argumente Odoul. Et probablement risqué d’y faire apparaître en même temps la mention du job d’assistant parlementaire.
«Marine, serait-il possible que je vienne à Strasbourg demain pour voir comment se déroule une session au PE [Parlement européen], rencontrer députés et assistants et faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché ?»
— Julien Odoul dans un mail retrouvé en perquisition, qu’il avait adressé le 10 février 2015 à Marine Le Pen
Quel drôle d’employeur que Mylène Troszczynski. Elle ne choisit pas ses collaborateurs et ne communique quasiment jamais avec eux. De rares échanges entre elle et Odoul, datant du début du contrat ou de sa fin, ont été prouvés par les enquêteurs, dont seulement deux «communications» alors que ce dernier est censé travailler à ses côtés. Mylène Troszczynski ne fixe pas non plus les missions qu’elle assigne à ses employés. En dépit de ses papiers posés devant elle à la barre, elle ne se souvient pas vraiment de la date à laquelle elle a rencontré son assistant parlementaire pour la première fois. «Je crois que c’était lors d’un congrès à Lyon, en novembre 2014», admet-elle. Elle bredouille face à la présidente du tribunal qui s’étonne et la relance : ce n’était vraiment pas le cadre d’une rencontre «d’employeur à employé». «Vous n’avez aucun souvenir d’une rencontre pour faire le point entre employeur et employé ?»
Dans un mail retrouvé en perquisition, qu’il avait adressé le 10 février 2015 à Marine Le Pen, Julien Odoul était plus carré que sa patronne de papier : «Marine, serait-il possible que je vienne à Strasbourg demain pour voir comment se déroule une session au PE [Parlement européen], rencontrer députés et assistants et faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché ?»
Ce mail plombe l’actuel député de l’Yonne : à cette époque, cela faisait quatre mois que l’intéressé était censé être l’assistant de sa députée européenne, mais ce n’est même pas à elle qu’il demandait l’autorisation de faire sa connaissance, et ça fait tiquer le tribunal. «J’en informe Mme Troszczynski et Mme Le Pen», argumente Julien Odoul, du haut de ses talonnettes vernies, pour tenter d’échapper, lui aussi, à la noyade qui guette. «Le fait que je découvre plus tard le Parlement européen alors que j’étais assistant local, c’est banal», se défend-il encore. Assistant local, autorisé à travailler depuis Paris, il pouvait ne pas fréquenter Bruxelles ou Strasbourg, assure-t-il. Le tribunal n’a pas fini de cuisiner les 25 prévenus de l’affaire qui menace Marine Le Pen d’une inéligibilité potentielle.
https://www.liberation.fr/societe/polic ... directed=1