J'ai vécu à Zagreb à l'époque où l'armée yougoslave a tenté, en vain, d'attaquer la Slovénie en 1991 puis ensuite la Croatie (moins bien préparée) avec plus de succès et enfin la Bosnie avec une presque réussite.
Je sais ce que j'entendais sur les ondes françaises et ce que je lisais dans les journaux français. Rien ne correspondait vraiment à ce que je vivais au jour le jour. J'avais déjà ressenti ce sentiment de verres déformants des
français lorsque je vivais en Afrique sur des sujets néanmoins pas aussi brûlants.
A la décharge des journalistes, je dirais que venir passer quelques jours sur un terrain extérieur, dont on ne parle pas forcément la langue, dont on ne connaît pas les codes, ne permet pas de rendre compte d'une situation souvent complexe. L'époque des correspondants à l'étranger n'est plus vraiment d'actualité sauf un peu pour la télé mais je ne sais pas quelle latitude la rédaction leur laisse vraiment pour choisir leurs sujets...
Tout ce qui s'est passé entre la Russie de Vladimir Poutine et l'Ukraine, tout se qui se passe en Russie, tout ce qui se passe du côté de l'Irak, la Syrie, l'Iran, la Turquie sans oublier l'Arabie Saoudite et encore d'autres pays... nous ne sommes informés que de l'écume...
Je sais par expérience que nous n'avons pas les moyens de nous faire une idée réelle de ce qui se passe réellement dans le monde. C'est pourquoi j'interviens peu dans vos échanges souvent houleux. C'est juste bon pour s'énerver inutilement.
En France même, nous avons beaucoup de mal à recueillir par nous-mêmes des faits précis pour les soumettre à la réflexion.
Nous sommes inondés d'anecdotes mangeuses de temps au lieu d'aller dans le vif de chaque sujet et de le décortiquer.
Nous pensons être informés mais c'est une fausse impression.
Je suis une ancienne journaliste. Avant de quitter la France pour l'étranger (pour des raisons personnelles), j'ai constaté combien il est difficile pour un jeune journaliste de rendre compte, très exactement, de ce qu'il a vu. La ligne rédactionnelle du journal vous oblige à renoncer à bien des sujets qui vous paraissent pourtant importants...
Ne vous invectivez pas sur des sujets que par la force des choses personne ne maîtrise.
Si nous savons 10% de ce qui se passe en France et 5% de ce qui se passe à l'étranger, c'est que nous passons déjà beaucoup de temps à nous informer par différents biais complémentaires...
