Connaître « la France profonde ».
Comment pourrais-je « connaître » une telle abstraction ?
C’est encore une formule toute faite, consensuelle parce qu'on peut y mettre tout et son contraire.
Elle a l’inconvénient d’induire par la bande qu’il existerait une France « de surface ». Donc DEUX France«s » opposables (mais pas les classes sociales).
Il devient alors paradoxal de faire appel à l’Unité Nationale, chère à (pas moi) tous y compris au FN et à la solidarité « nationale ».
Que puis je répondre ?
Je suis assez âgé (hélas) pour avoir vécu et observé, participé à pas mal d’évènements.
J’ai vécu quelques années en ville mais je vis depuis très longtemps à la campagne, de façon sédentaire. Se déplacer et VOIR beaucoup de terrain a des avantages, mais quand on ne reste pas, on « loupe » pas mal de choses. Rester au même endroit sur la durée ne permet certes pas d’avoir une vue d’ensemble (nécessairement) superficielle, mais permet de ne rien manquer de l’évolution locale.
Comment alors se représenter les choses et d’aller au-delà des apparences ?
Il faut avoir au moins une expérience du terrain (et je crois que la mienne vaut bien la vôtre) et se procurer des informations objectives : des mesures, des statistiques qui souvent vont à l'encontre des idées reçues.
Vous en aurez dès que je pourrez poster des liens.
Avant de répondre, j’ai regardé le « 13 h15 » du samedi du JT de France 2.
Il était intitulé « Paysans, la jacquerie ».
Ce reportage démarrait sur le suicide des agriculteurs, puis la parole était donnée à une famille d'éleveurs en grave difficulté. Un des deux frères en activité était émouvant (sa femme l’avait quitté avec ses enfants ne supportant plus la situation).
Suivait ce qu’on martèle depuis des années (sans que rien ne soit jamais résolu) sur les difficultés (et non les causes des difficultés) des paysans –exploitants agricoles.
Mais de temps en temps des choses échappaient au contrôle induit par la présence de la caméra.
D’abord, on a vu les gros tracteurs qu’ils possèdent bel et bien.
On les voit d’ailleurs lors de toutes leurs manifestations : ils leur permettent d’imposer et de s’imposer.
Un des deux frères déclare « On travaille pour rembourser notre matériel, honorer nos factures et
payer la Sécu. cela veut dire qu’ensuite, il ne reste rien : pas de revenu.
C’est incontestable et je pense que nous en sommes tous d’accord.
Seulement voilà : on est resté
du début à la fin dans le registre de l’émotion et de la compassion.
Certes, elles peuvent pousser à agir et c’est une bonne chose.
Mais généralement (pas toujours), elles empêchent de penser et de réfléchir.
Aucune évocation de l’Histoire la crise de l’Agriculture, de l’Histoire de l’Agriculture elle même, aucune analyse des causes. A peine est-elle évoquée lors d’une discussion à table entre les parents âgés et leurs enfants adultes « chefs » d’exploitation.
Un petit mensonge "bouleversifiant" qui va me permettre de rebondir sur ce que dit LOFOTEN.
Un des deux frère est dans un de ses champs (immense), il prend dans ses mains une poignée de « terre » et prétend que « ça sent la vie ».
Après les épandages d’engrais chimiques et de pesticides ? On l’ a vu aux commandes de SA grosse machine qui lui permet d’épandre.
Moi je l’ai fait régulièrement depuis des années, après avoir lu des résultats de mesure sur l’effet des intrants et du passage des lourds tracteurs sur les sols. Ils détruisent la flore bactérienne et les micro-invertébrés qui SONT la vie des terres. J’ai observé à la loupe binoculaire.
J’ai comparé avec la terre de mon jardin (peu éloigné de terres agricoles traitées) qui n’a jamais vu (au moins depuis que je suis là) le moindre produit chimique et même organique. Il n’a pas photo : la terre de mon jardin est différente et grouille de vie.
LOFOTEN a écrit : Mais il restera toujours une distance entre le citadin et le peuple de la terre.....
Moi cette distance, je l’appelle propagande ou démagogie de diversion.
Tantôt les ruraux méprisent les citadins pour leur prétendue ignorance des « choses de la campagne » (notamment du dur combat CONTRE la nature) tantôt ils en jouent avec le refrain des « authentiques » produits du terroir, prisés des "bobos" et des chauvins
Bref ce « reportage » présente les agriculteurs comme des victimes absolues et non comme des victimes relatives, AVEC DES RESPONSABILITES.
Il laisse passer des propositions telles que
-les « paysans » se lèvent tôt et sont les premiers à allumer la lumière le matin.
Ah bon ? Le travail DE NUIT aurait-il été aboli en France ? Et ceux qui prennent les transports en commun deux heures avant d’embaucher ?
Et les boulangers. Ils font la grasse matinée ?
Le burn out, le suicide des salariés n’existent-ils pas ? Et ceux qui se suicident au moment de la perte de leur emploi ou après des années de chômage ?
Qui en parle ?
Je note qu’au moment où ils bloquent les routes et provoquent de gigantesques, PERSONNE ne parle pas de « prise d’otage », comme on le fait dès qu’il y a une grève dans les transports.
Le peuple DE la terre n’est pas celui qui l’empoisonne, l’asphyxie, l’assèche puis l’arrose à prix d’or !
Ce qui arrive aux paysans est en grande partie la conséquence de leurs propres choix.
Dire que de tels propos relèvent de l’ignorance n’est pas répondre aux questions que j’ai posées point par point.
Ils ont changé totalement leur rapport à leur travail : Déjà physiquement ils sont, dans leurs machines plus loin du sol que les parents qui leur ont transmis « de bonnes valeurs » (comme on peut le constater)
Ils ont voté pendant des décennies pour des partis favorables à la mondialisation et à l’UE (qu’ils rejettent maintenant malgré les subventions de la PAC qui atténuent la gravité de leur situation) en espérant que cela les enrichirait : on allait voir ce qu’on allait voir !!!
Oui…maintenant on voit.
Faut-il pleurer, faut-il en rire ?
Notez que je pourrais en dire autant des ouvriers et des travailleurs qui ont cru en Mitterrand, puis en Jospin, puis en Hollande. On allait voir ce qu’on allait voir !
Ben oui, on a vu.
Beaucoup veulent essayer Marine qui lave plus bleu.
Devinez quoi : on va voir ce qu’on va voir.
On vit une époque formidable !