Assassinat de Charlie Kirk : sur un campus de Caroline du Sud, des étudiants pleurent leur «idole» et «modèle» réactionnaire
L’influenceur trumpiste, assassiné mercredi 10 septembre, a joué un rôle clé pour rajeunir l’électorat républicain, notamment lors de meeting dans des universités. A Clemson, les jeunes louent ses valeurs ultraconservatrices.
Quand Jaylon Hall a appris la mort de Charlie Kirk, il a traversé les rangées d’immeubles en briques et les espaces verts de son campus de Caroline du Sud pour rejoindre son dortoir.
Là, il a ouvert sa bible et il a prié.
Pour Charlie Kirk, sa famille, pour la famille de l’assassin et l’assassin, «parce qu’en tant que chrétien, et Charlie Kirk le disait beaucoup, nous aimons tout le monde».
L’étudiant de 18 ans à la carrure musclée se retrouvait dans les idées de l’influenceur d’extrême droite, assassiné mercredi 10 septembre lors d’un meeting sur un campus dans l’Utah. Quand il a été abattu d’une balle par un tireur isolé, – un suspect a été arrêté ce vendredi selon Donald Trump –, Charlie Kirk, 31 ans, était sur scène pour défendre ses idées, réactionnaires, nationalistes et chrétiennes fondamentalistes, devant 3 000 personnes. Son job.
A 18 ans, Kirk a fondé l’organisation Turning Point USA pour promouvoir ses idées ultraconservatrices chez les jeunes. L’organisation est devenue l’une des plus importantes de la droite américaine. Elle a joué un rôle clé pour s’adresser aux jeunes, dont la participation à la présidentielle a fortement augmenté l’an dernier, et compte désormais plus de 850 antennes dans les campus.
Dont une à l’université de Clemson en Caroline du Sud, où Jaylon Hall étudie le management environnemental. Sur le campus jeudi, les étudiants vaquent en tenue décontractée, certains arborent les couleurs de l’université, orange et violet. Un carillon résonne. Le drapeau américain est en berne.
L’immense établissement se trouve au milieu d’une campagne où champs et forêts sont ponctués de lacs et d’églises. Jaylon Hall a grandi tout près. Il n’a pas encore eu à voter mais s’il avait eu l’âge, il aurait sûrement choisi Donald Trump. «Mes valeurs chrétiennes s’alignent plus avec celles du Parti républicain», explique l’étudiant qui partage aussi son opposition à l’avortement avec Kirk. «Il a montré que c’était OK d’être conservateur et religieux, mais il a aussi montré que c’était OK d’avoir des points de vue différents, et qu’on pouvait en débattre», soutient-il, d’une voix calme et assurée. Le jeune homme noir soutient également l’hostilité de Charlie Kirk aux politiques de «diversité, équité et inclusion» : «Charlie Kirk m’a donné confiance en moi, car quand on veut quelque chose dans la vie, alors il faut aller le chercher soi-même.»
Podcasts, vidéos YouTube et TikTok
L’assassinat de mercredi l’a «effrayé». «Charlie Kirk est un héros, il donnait son opinion, ce qui est le socle de l’Amérique. Donc quand les gens sont opprimés ou tués pour leurs idées, ça fait mal.» Il s’interroge du coup sur «comment les autres verront mon point de vue».
Garrison Metz, un grand costaud à l’air poupin, voyait Charlie Kirk comme une «idole» et un «modèle». Il suivait tous ses podcasts, vidéos YouTube et TikTok et se réjouissait qu’il soit possible de dire ce que l’on pense, sans avoir à édulcorer ses propos, sans s’inquiéter des réaction. Il raconte s’être mis à s’intéresser à la politique grâce à Charlie Kirk. L’année dernière, lorsque l’étudiant de 19 ans a dû voter pour la première fois, il a glissé un bulletin Trump dans l’urne. «En écoutant Charlie Kirk, je me suis dit que j’étais conservateur.»
A Clemson, ils sont nombreux à vanter la capacité de dialogue de la figure réactionnaire, dans ses débats avec des progressistes, martelant ses convictions, ensuite diffusés sur les réseaux sociaux. Une étudiante de 18 ans, qui préfère rester anonyme, raconte que ses amis et sa famille suivaient les vidéos et admiraient la logique de l’influenceur. «Il expliquait les choses d’une façon qui parlait à ma génération. C’était naturel, il n’y avait pas de script, analyse-t-elle. Quand on voit quelque chose qui n’est pas préparé, c’est très rafraîchissant et c’est plus clair.»
Choc même chez les progressistes
En short, tongs et lunettes de soleil, James Runey et Grant Eaddy filent déjeuner. Si James, 18 ans, n’est pas un «fan absolu» de l’influenceur proche de Donald Trump, certaines réactions à son assassinat lui font «beaucoup de peine» : «On voit toutes ces personnes qui fêtent sa mort, mais même si vous n’étiez pas d’accord avec lui ou si vous ne l’aimiez pas, la mort de n’importe qui est atroce, personne ne devrait fêter ça», regrette-t-il. Son ami, Grant Eaddy, 19 ans, préfère ne pas dire pour qui il a voté, mais dit apprécier le travail de Kirk : «On n’entend pas les avis des Américains ordinaires aux infos, c’est surtout l’avis que les médias et les analystes politiques estiment que les gens ont.»
Même chez les étudiants progressistes, la mort de Charlie Kirk a choqué. «Peu importent ses avis politiques, c’est très triste, c’était un père de famille», explique Madison Bell, 18 ans, qui aurait voté pour Kamala Harris si elle avait eu l’âge en 2024. Dans son entourage, beaucoup suivaient la figure d’extrême droite. «Ils étaient nombreux à dépendre de lui pour s’informer et avoir les faits.» L’influenceur, complotiste notoire, a été, depuis une dizaine d’années, pointé du doigt à plusieurs reprises pour avoir diffusé des fake news.
En fin d’après-midi, une centaine d’étudiants déboule dans les rues du campus sur leurs scooters. Sans casques, certains drapeaux américains accrochés à l’arrière, parfois à plusieurs sur un engin. Le cortège est organisé pour commémorer l’attentat du 11 septembre, dont l’anniversaire tombe le lendemain de l’assassinat. Cela n’aurait surpris personne si cela avait été en hommage à Charlie Kirk.
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