"Comment l'agression de Jordan Bardella illustre une vraie dégradation du débat public
Le septuagénaire qui a écrasé un œuf sur la tête de Jordan Bardella est jugé mardi en comparution immédiate. Si ces violences envers les élus ne sont pas nouvelles, l'indulgence dont elles peuvent bénéficier dans les discours des politiques eux-mêmes, finit par les légitimer.
L'homme qui a agressé Jordan Bardella samedi à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, est jugé mardi 2 décembre en comparution immédiate. Il s'agit d'un agriculteur à la retraite de 74 ans, qui avait cassé un œuf sur la tête du président du Rassemblement national et qui avait fait la même chose à l'encontre d'Éric Zemmour, il y a trois ans. Jordan Bardella s'est dit "stupéfait" du "grand silence" des politiques. C'est faux, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, la porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, et d'autres, ont "condamné très fermement", ces agissements "inacceptables" en démocratie. Et c'est heureux, parce qu'ils illustrent une vraie dégradation du débat public.
Ces violences ne sont pourtant pas nouvelles. Les élus sont des cibles depuis que la politique existe. Mais il faut s'alarmer de l'amplification et de la banalisation de ces agressions. Tous les élus, quelle que soit leur étiquette, et quel que soit leur rang, en sont victimes. Du président de la République, Emmanuel Macron, giflé lors d'un déplacement il y a quatre ans, jusqu'aux nombreux maires ciblés par la vindicte de leurs administrés, en passant par Jean-Luc Mélenchon, visé par un projet d'attentat de l'ultra-droite, il y a quelques années, Manuel Bompard, destinataire d'un colis piégé le mois dernier, Vincent Jeanbrun, le maire de l'Haÿ-les-Roses devenu ministre de la Ville, attaqué jusqu'à son domicile lors des émeutes de l'été 2023, et bien d'autres... Ces faits sont différents, mais tous montrent que la crise civique qui ronge notre démocratie s'aggrave.
L'"ensauvagement" du débat public
Le mouvement des "gilets jaunes" marque un vrai tournant. À l'époque, des permanences d'élus avaient été saccagées, le porte-parole du gouvernement avait dû fuir à la hâte son ministère. Le chef de l'État lui-même avait été traqué lors d'une visite au Puy-en-Velay par des émeutiers hurlant leur haine. Et ces actes avaient souvent été relativisés par des politiques ou des observateurs qui justifiaient la sacro-sainte "colère du peuple" par l'arrogance du pouvoir. Même indulgence pour les paysans qui avaient pourchassé Emmanuel Macron au salon de l'Agriculture en 2024.
Sauf qu'à banaliser la violence qui vise les puissants, on finit par la légitimer comme un mode d'action politique ordinaire, quelle que soit la cible. Et cette violence est décuplée à la base quand le sommet, les politiques eux-mêmes, donne le mauvais exemple en transformant l'Assemblée en ring de boxe ou en déversant un torrent d'injures et de menaces sur les réseaux sociaux. À chaque fait divers tragique, de nombreux élus rivalisent d'indignation pour dénoncer ce qu'ils appellent "l'ensauvagement de la société". Pour apaiser les esprits, ils pourraient commencer par combattre "l'ensauvagement" du débat public."
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/ ... 23563.html
J. Bardella crie à l'ensauvagement de la société, mais les politiques sont les premiers à montrer le mauvais exemple...