Le RN face au risque Bardella
Marine Le Pen le verbalise désormais : ce serait « irresponsable » de laisser son calendrier judiciaire provoquer l’absence du RN à la présidentielle.
Si elle est à nouveau condamnée, elle passera la main à Jordan Bardella.
Marine Le Pen l’a confié à nos confrères du Figaro, si elle est à nouveau jugée inéligible en appel, elle passera le flambeau à Jordan Bardella, sans attendre le résultat de son pourvoi en cassation. Cela interviendra en septembre 2026 lors d’un congrès du RN : «
Vous vouliez voter pour moi, votez Bardella ».
Voilà donc venu la résignation, l’une des dernières étapes du deuil. Elles ont toutes été franchies : le choc du 31 mars, le déni du lendemain, la colère dans la rue, la morosité en privé. Et maintenant, l’acceptation.
D’autant que le système continue.
La liste s’allonge si on en croit Mediapart : encore un assistant parlementaire accrédité à Strasbourg qui, pendant la dernière présidentielle, n’y a presque jamais les pieds. Andréa Kotarac était, à temps plein, porte-parole de Marine Le Pen. Mais où est le problème ?
Sa stratégie de défense restera la même et lui assure quasiment une nouvelle peine. D’autant que Jordan Bardella tente aussi l’expérience avec son chef de cabinet : François Paradol, assistant parlementaire à temps partiel. On a le goût du risque au RN !
BARDELLA / LE PEN, UN MÊME RÉSULTAT ?
Elle a construit depuis 15 ans son statut de favorite et théorisé cette longue marche vers le pouvoir : « Les Français ont besoin de vous connaître, de vous sentir, de vous voir tomber, vous relever ». Elle sait qu’avec Jordan Bardella, la victoire s’éloigne. Elle le connaît trop bien. Lui, le bon élève un peu timide, qui joue les durs mais ne se sent pas prêt. Soulagé d’avoir vu Matignon s’éloigner. Trop réservé pour emmener une armée derrière lui. Bien plus à l’aise avec sa petite bande d’amis qui lui sert d’état-major, de fabrique à formules chocs.
C’est pourquoi vous parlez du « risque Bardella » ?
Comme le dit un pilier du RN : « Marine, c’est la clef de voute de la cathédrale. Jordan, c’est un coffre-fort ». Vous avez l’image ? La clef de voute qui s’effondre et le coffre-fort difficile à ouvrir.
On connaît son enfance en Seine-Saint-Denis et, grâce à TikTok, son goût pour les bonbons Schtroumpfs. Mais ensuite, quelle est sa colonne vertébrale ?
Dans l’entre-deux-tours des législatives, cet été, il est apparu hésitant, prêt à revoir le projet sur un coin de table.
Sur des questions économiques, énergétiques, il s’est retrouvé coincé en débat face à Gabriel Attal avant les Européennes.
Et quand Eric Zemmour a fait irruption à l’automne 2021, il a cru que tout allait peut-être s’effondrer, qu’il fallait courir derrière lui.
Jordan Bardella aura 30 ans en septembre. Marine Le Pen veut croire en un apprentissage express. Il lui reste 18 mois avant de passer en première ligne, sauf surprise. D’ici là, elle donnera le change : candidate officielle jusqu’au soir du jugement.
Deux programmes distincts ?
Sur le papier, de grandes lignes communes, mais ça s’arrête là. La tribune qu’il vient de publier dans Le Figaro, elle ne l’aurait pas signée. Tout comme celle sur l’Ukraine il y a 2 ans. Ce matin, c’est pro-buisness : pour la « renégociation » des 35H, la baisse des impôts de production, « le déverrouillage des carcans normatifs ». « L’UE, je cite, doit reprendre le contrôle de son destin économique ».
Le voici qui reprend les mots du seul trentenaire qui a conquis l’Elysée pour tenter de se crédibiliser face à Trump, Xi Jinping et Poutine.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/ ... 25-2581934