Bordeaux, Roubaix, Nice… Quelles villes ont basculé à l'issue du 2d tour des élections municipales ?
LFI s'empare de Roubaix et l'extrême droite, de Nice. Les socialistes font basculer plusieurs villes de droite, mais Les Républicains ne sont pas en reste.
Clermont-Ferrand, Besançon, Brest : ces villes historiquement acquises à la gauche sont tombées aux mains de la droite à l'issue des élections municipales, dimanche 22 mars. A l'inverse, Pau, Nîmes et Saint-Etienne ont basculé à gauche. La ville de Nice a quant à elle été remportée par l'extrême droite. Franceinfo fait le tour de France des villes qui ont changé de couleur politique.
Les villes qui basculent à l'extrême gauche
Le député de La France insoumise David Guiraud a remporté dimanche l'élection municipale à Roubaix, dans le Nord, l'une des villes pour lesquelles le mouvement de Jean-Luc Mélenchon nourrissait le plus d'ambitions, après les déboires judiciaires de l'ancien maire divers droite, Alexandre Garcin. Déjà arrivé très largement en tête au premier tour, le candidat insoumis s'est imposé ainsi sans difficulté au second, avec 53,19% des voix, loin devant le maire sortant (25,55%).
"Ce soir, nous allons montrer ce que peut faire une municipalité dirigée par un insoumis avec une équipe plurielle et surtout au service de ses habitants", a déclaré David Guiraud depuis l'hôtel de ville, réaffichant son ambition d'"éradiquer la discrimination, le racisme et le sexisme" de Roubaix. "Face aux vents mauvais qui agitent notre pays (...) notre ville sera à nouveau la ville des Lumières et des consciences libres", a-t-il ajouté, appelant à faire de Roubaix "un refuge".
Les insoumis décrochent aussi plusieurs villes de banlieue comme La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou
Sarcelles (Val-d'Oise) en banlieue parisienne et Vénissieux (Rhône) en périphérie de Lyon.
Les villes qui basculent à gauche
Après plus de dix ans de règne, François Bayrou est battu à Pau de seulement 344 voix par le socialiste Jérôme Marbot. Un revers pour le patron du MoDem, six mois après sa chute à l'Assemblée nationale et son départ de Matignon. Il dirigeait la ville depuis 2014. L'ancien Premier ministre avait mis vingt-cinq ans à conquérir son fief, de sa première défaite face au socialiste André Labarrère en 1989 à sa défaite à moins de 350 voix, déjà, face à une autre candidate PS, Martine Lignières-Cassou, en 2008. Après deux mandats, cette défaite sonne comme un cinglant désaveu pour un dirigeant national engagé en politique depuis plusieurs décennies et qui avait, au prix de polémiques, conservé son fauteuil palois après avoir été nommé Premier ministre.
Nîmes (Gard) était une des dernières grandes villes acquises aux Républicains. Les municipales 2026 ont eu raison du parti de droite. Le communiste Vincent Bouget sort vainqueur de cette élection très incertaine, que le RN espérait gagner avec Julien Sanchez, ancien maire de Beaucaire. A la tête d'une liste PCF/PS/Ecologistes, Vincent Bouget obtient 40,97% des voix, Julien Sanchez 37,52% et Franck Proust, le candidat de la droite, 21,51%, selon des résultats définitifs.
La ville de Saint-Etienne (Loire) bascule elle aussi à gauche, une première depuis 2014. De tradition ouvrière, la ville a pourtant toujours voté à droite ou au centre, avec deux parenthèses : un maire communiste de 1977 à 1983 et un socialiste de 2008 à 2014, qui l'avait emporté grâce aux dissensions du camp opposé. Régis Juanico, ancien député socialiste, qui avait refusé de faire alliance avec LFI, l'a emporté avec 44,13% des suffrages, selon les résultats définitifs. A la tête d'une large coalition de gauche, il a nettement devancé le candidat du Rassemblement national, Corentin Jousserand, qui recueille 26,68%, l'ancien député LR Dino Cinieri et ses 18,75% ainsi que la candidate LFI Valentine Mercier, avec 10,44%. Le nouveau maire de Saint-Etienne a salué "la victoire des valeurs populaires". Régis Juanico s'est par ailleurs dit inquiet du fait "que le RN devienne la première force d'opposition" dans sa ville.
Les villes qui basculent au centre
La ville de Bordeaux repasse à droite. Le député Renaissance, Thomas Cazenave, est élu maire avec 50,95% des voix face au maire écologiste sortant Pierre Hurmic (49,05%). Celui-ci avait conquis la ville en 2020, après plus de sept décennies de règne de la droite alliée au centre. Thomas Cazenave, ancien ministre macroniste, était soutenu par tous les partis de la droite et du centre. Le maire sortant était quant à lui allié au PS, au PCF ainsi qu'à Génération.s et Place publique mais avait refusé de s'allier avec le candidat LFI, éliminé au premier tour. Thomas Cazenave a rendu hommage aux anciens maires de droite de la ville, Alain Juppé, Hugues Martin et Nicolas Florian, dont le décès soudain, en janvier 2025, avait ouvert la voie à une candidature de Thomas Cazenave. "Avec la victoire de Bordeaux, c'est une grande victoire aussi pour toute la métropole, où nous aurons une majorité claire, ambitieuse", a ajouté Thomas Cazenave, qui sera candidat à la présidence de la collectivité.
Annecy aussi bascule de la gauche vers le centre. L'ancien ministre de l'Economie et de l'Industrie et député haut-savoyard Antoine Armand, soutenu par Renaissance et LR, a largement remporté la mairie d'Annecy avec 49,36% des voix dans une triangulaire. Il succède à l'écologiste François Astorg, maire depuis 2020, et l'emporte sur ses rivaux, Alexandre Mulatier-Gachet, premier adjoint du maire sortant qui portait les couleurs d'une grande partie de la gauche (35,12%), et le candidat du RN Guillaume Roit-Levêque (15,52%). La ville d'Annecy représentait l'une des rares chances de conquête pour le parti Renaissance aux élections municipales. "Ce rassemblement du centre et de la droite que j'ai très largement porté met fin à six années de dogmatisme écologique", s'est félicité Antoine Armand, saluant "une très grande victoire pour Annecy".
Les villes qui basculent à droite
A Besançon (Doubs), ces élections municipales marquent la fin de plus d'un siècle de gouvernance de gauche quasi ininterrompue. Sportif, principal de collège et figure de la droite locale, Ludovic Fagaut (LR) a détrôné la maire sortante écologiste en s'imposant avec 53,29% des suffrages. Le chef de file de l'opposition municipale offre ainsi aux Républicains l'une de leurs plus belles prises de l'élection 2026. Ludovic Fagaut s'est félicité de l'avoir emporté avec une avance "très large", "parce qu'il y a vraiment une volonté de changement". Après une campagne rugueuse, il a appelé dimanche à "dépasser les clivages" et à "s'unir" pour que Besançon devienne un "modèle d'équilibre entre tradition et modernité, entre transition écologique et développement, entre proximité et ouverture sur le monde".
A Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) aussi, la gauche a essuyé une défaite historique. La capitale auvergnate, marquée par la tradition ouvrière liée à Michelin, était administrée par les socialistes depuis la Libération. L'élection du nouveau maire LR, Julien Bony, avec 50,37% des voix, marque donc la fin d'une ère. Face à lui, le maire sortant déchu, Olivier Bianchi (PS), a obtenu 45,45% des voix. Le candidat RN Antoine Darbois a quant à lui récolté 3,64% des voix.
"Nous mettons fin à plus de quatre-vingts ans de socialisme qui employait toujours la même politique, les mêmes méthodes, les mêmes équipes, c'est un grand bol d'air qui souffle sur Clermont", a déclaré à l'AFP Julien Bony.
La ville de Brest (Finistère) tenue par la gauche depuis trente-sept ans, connaît le même sort. Le candidat de droite, Stéphane Roudaut, l'a nettement emporté avec 57,38% des voix, battant le maire socialiste sortant François Cuillandre (38,3%), allié avec LFI. La droite a conquis la ville malgré la qualification du RN au second tour, qui n'a recueilli dimanche que 4,31% des suffrages. "Ce n'est pas la victoire d'un camp ce soir, c'est la victoire de celles et ceux qui voulaient l'alternance et de celles et ceux qui voulaient une méthode et des pratiques différentes", a affirmé le vainqueur.
Les villes qui basculent à l'extrême droite
A Nice, Eric Ciotti (UDR-RN) l'emporte sur Christian Estrosi (Horizons) et fait passer la cinquième ville de France à l'extrême droite. Des résultats qui marquent également la fin de dix-huit ans de pouvoir de Christian Estrosi. Eric Ciotti, député UDR, allié au RN, obtient 48,54% des voix, devant le maire sortant Horizons (37,2%) et la tête de liste PS-PCF-écologistes Juliette Chesnel-Le Roux (14,26%). Les appels vibrants de Christian Estrosi, qui avait été réélu avec près de 60% des voix en 2020, à faire barrage à l'extrême droite n'ont donc pas suffi. "Je sentais ce désir de changement depuis des années, face à un système qui avait à bien des égards verrouillé la ville", a réagi le nouveau maire.
Aux 24 communes qui avaient élu un maire RN dès le premier tour viennent s'ajouter plusieurs autres villes. Le parti d'extrême droite remporte les mairies d'Agde (Hérault), de Liévin (Pas-de-Calais), de Saint-Avold (Moselle) et de Menton (Alpes-Maritimes). Ces victoires surviennent dans des territoires où le RN est déjà bien implanté, le Sud-Est et le Nord. Le parti s'impose aussi à Tarascon (Bouches-du-Rhône), Castres (Tarn) ou encore Carcassonne (Aude). Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella obtient enfin des conquêtes dans des territoires de l'Ouest où il n'était pas encore implanté, comme à Montargis (Loiret) ou La Flèche (Sarthe).
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