Parce que tu penses vraiment que c'est la faute des détenus si les prisons se délabrent?
Avec des années de retard, la rénovation de la prison marseillaise des Baumettes, « vétuste » et « répugnante » selon le Conseil de l’Europe, devait débuter au mois de novembre 2006 et s’étaler sur près de dix ans.
Destinée à rapprocher cette prison des années 1930 des normes européennes, la réhabilitation coûtera 133 millions d’euros, d’après l’évaluation de l’administration pénitentiaire. La première tranche de rénovation, de 2006 à 2010, concernera notamment les portes d’entrées, les miradors, les parloirs, la construction d’un nouveau mess et d’ateliers. Le tour des bâtiments d’hébergement ne viendra qu’en 2009.
Le centre pénitentiaire de Marseille-Les Baumettes, construit entre 1933 et 1939 à l’extérieur de la ville (entre Mazargues et Morgiou), fut vite rattrapé par l’expansion de la cité. Il est implanté sur un domaine de 30 hectares dont 12 hectares intra-muros.
Sa capacité d’accueil est de 1 373 places, qui se répartissent en plusieurs entités :
la maison d’arrêt des hommes composée de 1182 places, organisée en 4 bâtiments de détention,
le centre pénitentiaire des femmes comprenant 87 places en maison d’arrêt, 38 places en centre de détention, 3 places en semi-liberté et 4 cellules doubles dans le secteur "nursery",
le centre pour peines aménagées ouvert en 2002, d’une capacité d’hébergement de 39 détenus dont le reliquat de peine est inférieur ou égal à 1 an et
un centre de semi-liberté de 24 cellules doubles.
Selon la direction régionale de l’administration pénitentaire, ces 1 373 places étaient occupées par 1 444 détenus en novembre 2006 (contre 1 680 en décembre 2005)
« Un endroit répugnant ! »
En septembre 2005, Alvaro Gil-Robles, commissaire européen aux droits de l’homme, répondant à Dominique Simonnot qui lui demandait ce qu’il retenait de sa visite à la prison des Baumettes, lui répondait :
« C’est un endroit répugnant ! Des travaux y sont prévus, mais le problème est le nombre de personnes qui y sont incarcérées et je doute qu’on puisse jamais en faire un lieu normal, même en y mettant des milliards. Les gens y sont très excités et c’est normal, entassés comme ils sont ! J’ai été aussi très frappé par la quantité de prisonniers atteints de problèmes psychiatriques. Ce sont des malades et on ne peut ignorer leur droit à être soignés ni les problèmes que cela pose au personnel. Il faut des établissements adéquats où ces malades soient traités dignement.
« Il faut être clair et net : être en prison, c’est être privé de liberté, et non pas vivre dans un lieu indigne d’êtres humains. Dans ces conditions, les gens sortent de là pires qu’ils n’y sont entrés, pleins de haine contre une société qui les a traités de la sorte. L’intérêt collectif commande que la prison rende possible une réinsertion sociale. La sécurité n’est pas seulement la répression, c’est aussi le respect et la solidarité. »