Victor a écrit : 30 août 2022 16:40
La rue a eu légitimité dans un régime totalitaire. Mais une démocratie, je vous le rappelle, c'est une sorte de dictature de la majorité.
La rue représente souvent qu'une minorité, voire une très faible minorité de français et si une minorité s'impose par la force, est-on encore en démocratie ?
Tout cela est faux à plusieurs titres.
Ce n'est pas une dictature de la majorité car un état de droit (auquel on peut, semble t-il, associer les démocraties modernes) possède des limites qu'il ne peut pas franchir contrairement à une dictature. Ainsi, la majorité n'est pas capable de tout et s'avère limitée par certaines règles inaliénables.
Ce n'est pas une dictature de la majorité car, statistiquement, la majorité des gens vivant dans le pays ne choisit pas le président (c'est au premier tour que se font les choix conscients).
Ce n'est pas une dictature de la majorité car les gens ne choisissent pas l'ensemble des gouvernants.
Ce n'est pas une dictature de la majorité car les gens n'ont aucun pouvoir concernant la politique qui sera menée (c'est donc une minorité qui décide de tout).
Ce n'est pas une dictature de la majorité car la minorité au pouvoir a déterminé des règles qui empêchent l'extrême-majorité des gens à concourir à l'élection suprême (de ce fait, le pouvoir ne peut pas échapper aux mains de la minorité au sein de laquelle il se situe déjà).
De même, pour quelles raisons la rue représenterait forcément une minorité ? Ce n'est pas parce que tout le monde ne manifeste pas ou que tout le monde ne fait pas grève que les gens ne sont pas d'accord avec les participants. De +, si pour vous la démocratie ne se trouve pas dans un régime où la minorité s'impose, alors la démocratie n'existe nulle part puisque c'est ainsi partout. En France, c'est bien une minorité qui détermine la politique de la nation sans que le peuple n'y puisse quoi que ce soit (le mandat impératif n'existe pas). Il n'existe aucun mécanisme permettant au peuple de produire des règles de droit sans l'assentiment des autorités (et c'est heureux je trouve). Personne, au sein du peuple, ne dispose de la garantie de pouvoir se présenter comme il le veut à la magistrature suprême (le système est bien verrouillé).
Donc factuellement nous sommes bien dans une sorte de dictature de la minorité. Bon, la principale différence avec une dictature est qu'en dictature on dit aux gens "ferme ta gue***", alors qu'en démocratie on dit "cause toujours". Au final le résultat est le même, c'est une poignée qui décide de tout (c'est même pire en démocratie car l'on a réussi à faire intérioriser aux gens, comme vous le prouvez, l'illusion selon laquelle ils détiendraient un pouvoir de décision lors même qu'en dictature les gens sont conscients qu'en fait ils ne possèdent rien du tout. Dans quel régime la population est-elle la + susceptible de reprendre son destin en main ? Celui où elle voit mais ne peut parler ? Celui où elle ne voit pas mais peut parler en vain ?).