https://www.lemonde.fr/disparitions/art ... _3383.html
L’inspection médicale des prisons, très contestée, est supprimée le 30 janvier 1984 et désormais placée sous la tutelle du ministère de la santé. La location de télévision en détention est autorisée en 1985, au grand soulagement des surveillants, qui sont alors dotés de moyens d’alerte en service de nuit ; leurs uniformes sont modernisés, les primes augmentées, des vestiaires, douches et mess sont installés dans de nombreux établissements, des conventions passées avec les offices HLM pour loger le personnel.
Dans les centres de détention (pour les longues peines), les détenus obtiennent le droit de correspondance, l’autorisation de téléphoner à leurs familles une fois par mois, celle d’aménager et de décorer les cellules, une extinction plus tardive des lumières, la suppression du costume pénitentiaire, l’autorisation de créer des associations sportives ou culturelles. Chaque détenu reçoit après 1984 un guide du droit des détenus. Enfin, la loi du 9 juillet 1984 impose au juge d’instruction un débat contradictoire entre le procureur et l’avocat avant toute mise en détention provisoire.
Plusieurs chantiers majeurs
Mais Robert Badinter n’oublie pas qu’il a d’abord été un avocat d’affaires, et remet là aussi de l’ordre dans la procédure. La loi du 15 octobre 1981 autorise le parquet à provoquer l’ouverture du règlement judiciaire d’une entreprise, puis une série de lois du 25 janvier 1985 réglementent le sort des entreprises en difficulté. Elles sont désormais mises en observation, et si elles semblent viables, un plan de redressement est proposé.
Le chef d’entreprise n’est plus présumé fautif (« l’opprobre du failli » disparaît) et assiste l’administrateur. Les créanciers « privilégiés » (fisc, Sécurité sociale…) attendent au même titre que les autres pour être remboursés. Enfin, le gouvernement distingue la profession d’administrateur judiciaire de celle de mandataire liquidateur. C’est encore le ministre de la justice qui crée le statut de l’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, le 11 juillet 1985.
Robert Badinter n’aura pas le temps d’en faire davantage, mais il a lancé plusieurs chantiers majeurs qu’ont menés à bien ses successeurs, de gauche ou de droite. Il propose, le 18 septembre 1981, la levée du secret des mouvements de magistrats, par la création d’une « transparence » sur les postes vacants, une liste aujourd’hui scrutée deux fois par an par tous les magistrats. La chancellerie propose, le 21 juin 1983, un avant-projet de loi sur la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, mais qui impose une réforme constitutionnelle et reste aujourd’hui en chantier.
Au pénal, il obtient, le 3 août 1983, en conseil des ministres, la
création du tribunal de l’application des peines, qui ne sera finalement instauré, par Elisabeth Guigou, qu’avec la loi du 15 juin 2000. Le gouvernement adopte également, le 19 février 1986, un nouveau code pénal, auquel tenait beaucoup le garde des sceaux : le précédent datait de 1810. Un nouveau texte ne sera adopté qu’en 1992.
Après les errements de l’affaire du petit Grégory – retrouvé mort en 1984 dans la Vologne, dans les Vosges –, Robert Badinter fait adopter, le 10 décembre 1985,
la collégialité de l’instruction, qui n’a jamais été appliquée, faute de moyens, avant la loi du 5 mars 2007. Enfin, le ministre met en chantier en 1989
l’« exception d’inconstitutionnalité », qui permet à de simples citoyens de saisir le Conseil constitutionnel. Réforme peu spectaculaire mais décisive, qui permet à tout un chacun de vérifier la conformité des lois. Nicolas Sarkozy, président de la République, fait adopter la réforme et crée la « question préalable de constitutionnalité », avec la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008.