Et allez !!!...
Après la «chasse au noir» dans la Creuse, l’avocate des victimes menacée par la fachosphère
Déjà menacée en marge d’un rassemblement de soutien à ses clients, victimes d’une traque raciste et de violences dans un village creusois mi-août, leur avocate a notamment vu ses coordonnées personnelles diffusées.
Menaces physiques, tombereaux d’insultes… Me Coline Bouillon est la cible d’une campagne haineuse orchestrée par la fachosphère pour le simple fait qu’elle défende les victimes de la «chasse au noir» menée dans un petit village de la Creuse, dans la nuit du 15 au 16 août. Alors que l’avocate a déjà déposé plainte pour des intimidations en marge d’un rassemblement de soutien aux jeunes agressés, lundi, c’est un site d’extrême droite qui la livre nommément à la vindicte dans un billet de blog ordurier qui diffuse ses coordonnées et informations personnelles.
Se prétendant informé, ce texte n’est qu’une compilation de clichés et d’injures racistes ainsi que de manipulations visant à faire passer les coupables présumés des faits pour les victimes d’un complot politico-médiatique.
L’auteur conclut même à un pseudo «coup monté de toutes pièces par quelques voyous gauchistes» avec la complicité de Me Bouillon, allègrement dénigrée. «Je ne laisserai jamais passer toutes menaces ou intimidations à mon endroit proférées en raison des propos que je tiens dans l’intérêt des personnes que je défends», souligne l’avocate, «d’autant plus qu’ici le but est de porter atteinte à mes clients, de remettre en cause le caractère raciste des faits».
«Les digues éthiques et morales sautent»
Me Emmanuel Daoud, le conseil de Coline Bouillon, annonce que de nouvelles plaintes seront déposées ce vendredi 29 août par ses soins, dont une pour «harcèlement moral» ainsi que «mise en danger» de sa cliente en raison de la divulgation de ses données personnelles et des nombreux commentaires menaçants ou insultants que le billet de blog a suscités en commentaires. «Ce n’est pas imaginable qu’une avocate dans l’exercice de ses fonctions puisse faire l’objet de menaces de mort ou de viol», dénonce Me Daoud, qui souligne que
«la violence raciste est à ce point banalisée que des individus se croient autorisés à mener une “chasse au nègre”.
Il ne faut pas oublier que ceux qui portent des discours racistes, la fachosphère, certains médias ou même certains ministres, ont une responsabilité première. Les digues morales et éthiques sautent».
La procédure s’annonce toutefois potentiellement compliquée. Même si l’auteur est un récidiviste du genre, il se cache sous un pseudonyme, «Marcel Berrichon», qui est également utilisé sur un autre site de la fachosphère,
Riposte laïque. Son blog raciste et immonde est par ailleurs hébergé sur une plateforme au nom de domaine en «.ru» (pour Russie) qui se vante, en français dans le texte, de ne répondre «qu’aux requêtes émises par les autorités russes» et «d’ignorer toutes les autres». «
Ces qualifications pénales interrompent la prescription, précise toutefois Me Daoud, un jour ces gens peuvent baisser la garde et commettre une erreur. Il faut ouvrir des procédures pour que la justice, qui a la mémoire longue, fasse son œuvre.»
Insultes racistes et saluts nazis
Dans la nuit du 15 au 16 août, le petit village creusois de Royère-de-Vassivière (500 habitants) a été le théâtre d’une authentique chasse à l’homme raciste à laquelle se seraient livrés des locaux, selon les témoignages de victimes et d’habitants du village.
Insultes racistes, coups, victimes poursuivies dans les rues du village en voiture… Un élu local, membre du conseil municipal de la commune, et le président de la société de chasse du coin sont accusés de figurer parmi les agresseurs.
Signe de la violence des faits, les victimes se sont vu prescrire de six à quinze jours d’ITT, précise maître Bouillon. Le parquet de Guéret (Creuse) a confirmé lundi qu’une «enquête était en cours», sans communiquer davantage d’éléments.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En marge d’un rassemblement de soutien organisé sur l’unique place du village lundi et qui a réuni quelque 300 personnes venues dire non à la violence raciste et soutenir leur concitoyen, frappé parce que noir, ainsi que les six autres victimes qui ont tenté de le défendre, leur avocate aurait été la cible de menaces, selon des témoins.
D’autres rapportent qu’un membre d’un groupe présent sur place pour manifester son hostilité au rassemblement aurait lancé des saluts nazis.
https://www.liberation.fr/politique/apr ... HDXHBU5HE/