"Mort de Quentin Deranque : le RN est-il vraiment bien placé pour donner des leçons ?
Le Rassemblement national profite de la polémique pour se présenter en garant de l’ordre et retourner l’accusation de violence contre La France insoumise. Mais cette posture est fragilisée par des connexions persistantes entre le parti et des figures issues de la mouvance identitaire.
Le RN à front renversé. Alors que la France insoumise est accusée d'indulgence vis-à-vis de la violence d'extrême gauche, depuis le décès samedi 14 février de Quentin Deranque à Lyon, le RN joue les pacificateurs. Une opération blanchiment rondement menée pour peaufiner sa quête de respectabilité, avec la complicité de Jean-Luc Mélenchon, devenu par ses outrances le meilleur agent de la banalisation de l’extrême droite. Jordan Bardella a sauté cette semaine sur cette tragique occasion — la mort de Quentin Deranque — pour tenter de retourner le "Front républicain" contre les insoumis en réclamant un "cordon sanitaire pour les isoler". Et le patron du RN a beau jeu de clamer que son parti, lui, a complètement rompu avec les organisations d’extrême droite qui recourent à la violence. Édito.
Ce n'est pas complètement vrai. Depuis des années, c’est vrai, Marine Le Pen s’efforce d’écarter les éléments les plus radicaux, les plus sulfureux, identitaires ou néofascistes, dès qu’ils sont rattrapés par la patrouille, la justice ou la presse.
Mais elle a conservé des liens étroits avec ses vieux amis issus du GUD, Frédéric Châtillon et Axel Loustau. Jordan Bardella, lui, a pioché des cadres au sein de la Cocarde étudiante, le syndicat qui a pris la relève du GUD, malgré les condamnations de plusieurs de ses membres. Une quinzaine d’assistants parlementaires de députés en sont issus. Au nom de la "liberté d’expression", le RN s’était aussi insurgé, en 2021, de la dissolution de Génération identitaire, dont plusieurs membres ont été condamnés pour violences et incitation à la haine raciale.
Un foyer de recrutement de cadres et d’élus
Logique : la mouvance identitaire est un vivier de cadres et d’élus pour le RN, comme l’illustre, par exemple, le parcours de Philippe Vardon, ex-patron du Bloc identitaire, élu RN jusqu’en 2022, désormais dirigeant d’Identités-Liberté, le petit parti de Marion Maréchal, revenu en cour auprès de Jordan Bardella. Et c’est l’héritier de Génération identitaire, le mouvement Les Natifs, qui a organisé, dimanche 15 février, un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, où se sont rendus de nombreux cadres du RN.
S'il reste autant de liens, c'est parce que la violence est consubstantielle à l’extrême droite. Le RN la condamne comme mode d’action, plus encore à mesure qu’il se rapproche du pouvoir. Mais elle irrigue son projet, qui sépare et monte des catégories de population contre d’autres pour préserver une identité prétendument menacée de disparition. Des individus violents intègrent donc régulièrement le parti : les fameuses "brebis galeuses" que Jordan Bardella a dû écarter par dizaines aux législatives comme aux municipales.
Pour le RN, la violence, c’est un peu comme la mauvaise herbe. Le chef taille et coupe, c’est vrai, mais ça repousse. Ça doit être une question de terreau… idéologique."
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