Phil68000 a écrit : La question reste : les Musulmans peuvent-ils s’adapter à notre mode de vie ? Non ?
Je suis instit et je n’ai pas de certitudes. Cependant, j’ai fait -quelques constatations en 22 ans d’écoles urbaines.
- Quand on n’a pas un ghetto, du mélange, y’a moins de problèmes.
- J’ai eu des enfants d’un quartier très marqué (de Strasbourg), mais petit : quelques tours, occupées par des gens d’origine marocaine (2ème génération maxi, dans les années 90), tous plus ou moins du même coin montagnard, avec un imam apparemment assez influent. Ça avait des avantages. L’aspect traditionnel et familial de ces populations faisait que, quand on avait un souci, on téléphonait au père et…. ça chiait grave pour le pauvre môme ! Au point qu’on n’utilisait cette solution qu’en dernier recours.
De même, le 13 septembre 2001 (le 12 était un mercredi), quand on a parlé des évènements avec les enfants, on a eu quelques réactions du type « Ouais, bon, ils l’ont un peu cherché, la Palestine, tout ça… ». Dès le 14, volte-face : « Non, non, les parents nous ont dit que c’était pas ça l’Islam, c’est mal ! ». Nous, les instits, on a interprété ça comme une intervention catastrophée des membres influents de la communauté (l’Imam, notamment) qui ont senti que, si ils allaient sur ce terrain-là, même des instits de gôôôche auraient l’envie soudaine de voter Jean-Marie….
Bref, y’avait des avantages. Inconvénient : zéro intégration ! Des mamas, présentes depuis 20 ans, parlaient pas un mot de français. Même leurs gamines (elles, très coquettes) se moquaient d’elles gentiment (« Nos mères, en ville ? Dans les magasins ? Tu rigoles ! »)
- J’ai passé une année à Mulhouse ensuite (2002-2003). Mulhouse, c’est particulier. Y’a des ghettos, mais aussi pas mal d’usines et de logements ouvriers en pleine ville. Et ce depuis longtemps (d’ailleurs la ville a pris cher dans les bombardements américains de 1944-1945). Du coup, dans mon école, y’avait un gros mélange maghrébins-gaulois. Et j’ai vu des trucs que mon expérience strasbourgeoise me faisait croire impossibles. En particulier, des couples mixtes modernes. J’ai deux exemples en tête.
Une nana d’origine maghrébine mariée à un « français de souche ». Elle nous accompagnait au ski de fond et elle connaissait mieux les marques de schnaps et la charcuterie des différentes fermes-auberges vosgiennes que pas mal d’alsacos pur porc.
Un autre gars, un maghrébin d’origine, était divorcé. Il avait de très bons rapports avec son ex-femme (une belle blonde), et ce alors même qu’elle venait à l’école dans des tenues pas du tout halal (ah, ses gilets en cuir à lacets trop serrés sur son corsage généreux… excusez-moi, je m’isole et je reviens dans 5 mn !). J’ai été amené à parler de sa fille (une gamine de 11 ans déjà un peu pré-ado sur les bords), qui avait des soucis avec certains garçons (de toutes les couleurs, y compris la blanche !). Et bien, ce musulman a défendu le droit pour sa fille d’être habillée en jeune fille « qui s’ouvre aux garçons » (pas en pute, hein ?), d’avoir des attitudes du type « drague à 11 ans » (donc light !) et pour autant de ne pas se faire traiter de pute ni se faire mettre la main aux fesses. J’étais d’accord ! J’ai revu plus tard ce type, dans une salle de spectacle, on a bu quelques verres (enfin, lui, un peu plus que « quelques ») et il m’a parlé de l’Iran, où il avait fait quelques séjours. Il m’a confirmé ce que j’avais entendu ailleurs : derrière le délire imposé par la loi, y’a pas mal de femmes qui enlèvent le voile dans le privé et ont des dessus sexy, les gens veulent vivre, draguer, picoler, etc…
- A contrario, j’ai vu des garçons « gaulois » apprendre des mots arabes ou turcs, devenir musulmans et se sentir plus arabes ou turcs que français. Tout simplement parce que leur copains d’école étaient souvent d’origine immigrée. Certains retrouvaient aussi dans les familles d’origine étrangères une stabilité, une affection même, qu’ils n’avaient plus chez eux. Quand on a une mère alcoolo à qui on se permet de dire « ta gueule » et 3 frangins de 3 pères différents, on se sent mieux chez la gentille Mme Benboudaoud qui a toujours des cornes de gazelle prêtes pour le goûter mais qui fait baisser les yeux même à son plus grand qui pourtant répond au maître moustachu de 45 ans …
- J’ai vu aussi un drôle de truc. Une maman alsacienne convertie, mariée à un homme d’origine maghrébine. Ils avaient toute la panoplie du salafiste : barbe-djellaba pour le mec et manteau-voile méga-serré pour la femme. Pourtant, cette maman « a priori obscurantiste et anti-française » apprenait l’alsacien à sa fille et à faire des petits gâteaux de Noël. Elle travaillait et possédait son propre bizness. Sa fille n’est pas voilée, fait du théâtre, parle de politique et de psychanalyse et semble bien partie pour une belle carrière de bobo à la Jack Lang. Comme quoi ….
- On a eu une femme turque qui est arrivée de la ZUP, où elle avait l’habitude de sortir en burqa. Notre école n’étant pas située dans un ghetto, ça a choqué. Ses enfants (des gamins très bien, et pas bêtes) ont bien compris que les autres l’appelaient « la chauve-souris ». La burqa a fini au placard. Ça, c’était en 2004.
10 ans et une polémique sur la burqa plus tard, la burqa est ressortie. Légale bien sûr ! Et la grande fille en porte une aussi. Mais pas sa sœur – pourtant jeune adulte elle aussi – qui, au contraire, ne semble pas mettre de barrière entre elle et les garçons. Là encore, va comprendre…
- La burqa, tiens ! Ma sœur habite dans un quartier assez exotique. Mon père, en visite, va chez le commerçant du coin (un syrien). Ils causent de la burqa. Avant la loi, il en vendait une par an, depuis, il a multiplié ses chiffres par 10 ! Il faut pourtant bien interdire de temps en temps….
- Mes voisins maghrébins sont très paisibles. J’ai aucune peur qu’ils m’imposent un jour la charia. Mais, un matin, la porte était ouverte au moment où tout le monde partait à l’école. La maman, qui ce jour-là n’accompagnait pas ses enfants, n’avait pas son voile. Avec les cheveux en pétard, je dois dire ! Je l’ai aperçue par hasard. Nos regards se sont croisés. Moi, rien à foutre, logique. Pourtant, j’ai senti une panique dans son regard, comme si je l’avais vue toute nue. Je sur-interprète peut-être, mais je ne crois pas.
Avant ça, je trouvais le concept du voile ridicule, voire tordu. Depuis, je me dis que, finalement, faut être tolérant, la pudeur, chacun la voit comme il veut.
J’en veux pour preuve que, si vous emmenez une étudiante française « libérée, féministe et de gauche » dans un parc de Munich en été, regardez sa tronche quand elle tombera sur l’inévitable paire de filles nudistes dont l’Allemagne a le sympathique secret. Et quand elle s’apercevra que le pré n’a pas été fauché !!
Bref, j’ai aucune certitude, à part que tout existe, même des musulmans qui s’adaptent. Mais la masse, comment réagit-elle ? Difficile tout de même de faire des généralités.
t'avais pas + court , quand je vois la longueur du truc , je rêve de dictature ...