Macron est je pense un très fin stratège. Il a bien analysé les rapports de force politiques en France et adopte une tactique pour être réélu.
Effectivement une courte majorité de français est de droite. Il se positionne donc à droite en se voulant un peu plus à gauche de LR et un rempart au RN.
Avec le constat que le PS est mal en point et que Mélenchon est perçu par pas mal de français pour de bonnes et mauvaises raisons comme un extrémiste, j'en conclus que Macron est plus que jamais le grand favori pour 2022.
Ça ne me plaît pas beaucoup. Trop à droite et trop Sarkozyste à mon goût le Manu...
Article de Mediapart ici :
Castex ressuscite les années Sarkozy
Le premier ministre a profité de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale pour faire un bond de quinze ans en arrière. Séparatisme, incivilités, « France du bon sens »... Jean Castex a proposé un pot-pourri du pire de la droite sarkozyste.
Le début des années 2000 s’est invité à l’Assemblée nationale. Mercredi 15 juillet, face à un hémicycle bondé, Jean Castex a tenu pendant une heure un discours de politique générale qui n’avait pas grand-chose à envier aux propos que livrait Nicolas Sarkozy en son temps. Dès le début de son intervention, le premier ministre a convoqué la « France qui ne dit rien mais qui n’en pense pas moins », la « France du bon sens et de la raison ». Cette France que l’ancien président de la République qualifiait de « silencieuse ».
Faisant fi des nuances, le chef du gouvernement a sombré dans les mêmes facilités que celui aux côtés duquel il a travaillé de 2011 à 2012 en qualité de secrétaire général adjoint de l’Élysée. « La France, c’est la République. Et celle-ci aussi se trouve aujourd’hui ébranlée dans ses fondements par la coalition de ses ennemis : terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes », a-t-il affirmé, en mélangeant tous les sujets. Un procédé qu’Emmanuel Macron dénonçait en novembre 2016, pointant le confusionnisme auquel se prêtait à l’époque Manuel Valls.
Mais, depuis lors, le président de la République a lui-même trahi ses promesses de campagne et d’émancipation. Sur ces sujets dits « régaliens », son discours s’est droitisé, en suivant l’évolution de son électorat. Il a ainsi ouvert la voie – ou le chemin, comme il aime à le dire – aux déclarations que son nouveau premier ministre a assumées mercredi, devant le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, un autre sarkozyste, qui opinait du chef. Jean Castex avait donné le ton dès sa prise de fonction, en liant la laïcité à « certaines déviances », « certains communautarismes ».
Cette fois-ci, le chef du gouvernement avait un peu plus de temps pour développer le fond de sa pensée. Qualifiant la laïcité de « valeur cardinale », il a très vite expliqué qu’il entendait, en s’emparant de cette question, « lutter contre l’islamisme radical sous toutes ses formes ». Il s’agit là, a-t-il précisé, de l’une des « préoccupations majeures » de l’exécutif. Or, comme le rappelait Emmanuel Macron en 2016, le « problème » des phénomènes de radicalisation religieuse « n’a rien à voir avec la laïcité ».
Mais le premier ministre ne s’est guère embarrassé des distinctions que le président de la République tenait à faire il y a quatre ans. La conclusion de son discours de politique générale, pour le reste essentiellement consacré à la crise économique et sociale, ressemblait à un pot-pourri du pire de la droite sarkozyste. Ainsi est-il passé, en quelques phrases, de la laïcité à l’islamisme radical, aux « minorités ultraviolentes » aux violences tout court. Bref, tous ces « faits inacceptables qui exaspèrent, selon lui, les Français ».
Se voulant le défenseur des « territoires » – expression qui ne recouvre rien de bien précis –, le chef du gouvernement a fait un petit tour de France des violences, en citant notamment celles « commises dans les quartiers des Grésilles à Dijon et de Chenôve » et « l’attaque ignoble contre un chauffeur de bus à Bayonne ». Deux événements dont on peine à comprendre ce qui les relie, sinon la volonté de jouer avec les peurs. Tous les codes, et a fortiori les caricatures, utilisés par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’intérieur sont ressortis.
Jean Castex a ainsi fait un bond de 15 ans en arrière. Il a évoqué « les guets-apens tendus aux représentants des forces de l’ordre et à nos pompiers dans certains quartiers », a parlé des fameux « trafics en bas des cages d’escalier », et n’a pas manqué de critiquer aussi « le tag », dont on avait un peu perdu de vue la dangerosité. « Dans beaucoup de territoires, la petite délinquance, les petites incivilités, le tag, l’insulte, le petit trafic, les troubles à ce que le code communal appelle la tranquillité publique, se sont développés au point de gâcher la vie des gens », a-t-il lancé à la tribune.
Cette faille temporelle n’a d’ailleurs pas échappé au chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, qui a tweeté : « Absent au cours du siècle écoulé, Monsieur Castex-Hibernatus est réapparu à la tribune de l’Assemblée nationale, ses pantoufles aux pieds. » Mais elle n’a guère convaincu les sarkozystes, à l’instar du député Les Républicains (LR) Éric Ciotti qui a écrit : « Quelqu’un peut-il prévenir Jean Castex qu’il est en train de dénoncer la situation délétère qu’Emmanuel Macron a grandement contribué à installer en France ? »
Sans surprise, le premier ministre a aussi rendu un hommage appuyé aux forces de l’ordre. Il a évidemment pris soin d’éviter le sujet des violences policières – qui n’existent pas, si l’on en croit l’exécutif – et n’a même pas abordé le travail qu’Emmanuel Macron dit avoir commandé à Beauvau il y a six mois pour améliorer la déontologie des policiers et des gendarmes. En revanche, sautant toujours d’un sujet à l’autre, il a annoncé qu’un projet de loi « sur la lutte contre les séparatismes » serait présenté à la rentrée.
Ce texte, présenté comme une façon d’« éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses », s’inscrit dans le mouvement que le président de la République avait engagé au début de l’année, à l’occasion d’un déplacement à Mulhouse (Haut-Rhin). Les mesures présentées ce jour-là, et qui devaient continuer à être déroulées au lendemain des élections municipales, ont été mises entre parenthèses pendant le confinement. Elles redeviennent une priorité pour le gouvernement.
Le discours de politique générale de Jean Castex est venu confirmer la nature du « nouveau chemin » qu’Emmanuel Macron entend emprunter d’ici la présidentielle de 2022. Bien loin du « virage à gauche » qu’espéraient certains des députés de sa majorité, le chef de l’État s’installe au contraire sur le terrain de la droite la plus classique, pour ne pas dire vieillotte. Mardi encore, il se disait « radicalement en désaccord » avec cette idée, prônant le « dépassement politique ». Un dépassement qui va de la droite d’Alain Juppé à celle de Nicolas Sarkozy.