Toujours dans les "bons coups" le RN...Lamentable !
En Bretagne, un magazine victime d’une vague de racisme après sa une sur un enfant pas assez blanc pour l’extrême droite
«Le Peuple breton», mensuel progressiste, a choisi de mettre en une de son numéro de janvier un petit garçon, tout sourire, un drapeau à la main. Pour l’extrême droite, il n’a pas la peau assez blanche pour être breton.
Le numéro de janvier 2024 du «Peuple breton». (DR)
par Julien Lecot
publié le 4 janvier 2024 à 19h13
Sur le papier, la photo était aussi mignonne qu’anodine. Pour son premier numéro de l’année 2024, le Peuple breton a choisi de mettre en couverture un gamin habillé d’une veste traditionnelle bretonne. Le regard vers l’objectif, sourire aux lèvres, l’enfant tient à la main un drapeau breton aussi grand que lui.
Le cliché est accompagné de la manchette «Un peuple vivant», censée célébrer les 60 ans d’existence que le mensuel fête en ce mois de janvier.
Comme à chaque début de mois, la une a été partagée ce mardi 2 janvier sur les réseaux sociaux du média créé par l’Union démocratique bretonne (UDB), un parti qui se revendique de «gauche, autonomiste et écologiste». D’ordinaire, les couvertures du magazine, qui est tiré à 3 000 exemplaires et fonctionne essentiellement grâce à quelques dizaines de bénévoles, restent dans un relatif anonymat.
Mais à peine partagée, celle de janvier 2024 s’est retrouvée malgré elle au milieu d’une polémique crasse : pour de trop nombreux internautes, l’enfant en question n’aurait pas la peau assez blanche pour être breton.
Dans les heures suivant la publication, les commentaires affluent par dizaines dans un racisme complètement décomplexé. Florilège : «
Le gamin n’a rien de Breton arrêtez de vous foutre de notre gueule» ; «
Le fameux peuple Breton qui viens [sic] d’Afrique ou du moyen Orient 
» ; «
Bretagne du Sud, beaucoup trop de soleil» ; «
Il y a 15 ans, en Bretagne il n’y avait pas de noirs».
Quant à la stratégie de dédiabolisation du RN, elle ne semble pas être arrivée jusqu’en Bretagne.
Le conseiller régional d’extrême droite Florent de Kersauson relaie, lui, une publication montrant un petit garçon, blanc, un drapeau breton dans la main, et la couverture du Peuple breton, avec en légende (en breton dans le texte) : «
Vraie Bretagne-Fausse Bretagne».
Gaël Briand, le rédacteur en chef du magazine, a simplement voulu «mettre en couverture une image positive» de la Bretagne pour marquer les 60 ans du mensuel. Et dit avoir flashé sur «le sourire de ce gamin» qui, «avec son costume et son petit drapeau, représente l’image d’Epinal de la Bretagne, celle que l’on souhaite montrer». La photo ne date pas d’hier et n’est pas le fruit d’une mise en scène : elle avait été prise en 2015, à Quimper, lors du festival breton de Cornouaille qui a lieu chaque année en juillet, détaille-t-il pour Libération.
«
La Bretagne n’est pas une couleur de peau ou une religion»
C’est donc peu dire que la rédaction du magazine n’avait pas vu venir ce déferlement de racisme. Habitué à être la «cible d’attaques de l’extrême droite», en raison notamment de ses prises de position progressistes et contre la loi immigration, le Peuple breton n’avait pourtant jamais imaginé se retrouver un jour au centre d’une telle campagne de haine. Et encore moins qu’elle aurait lieu à cause de la photo d’un jeune garçon tout sourire.
«
Je suis avant tout inquiet pour ce petit garçon. Certes, il a dû vieillir depuis la photo, mais il n’avait pas demandé à être brandi en égérie de quoi que ce soit. Et encore, on a eu de la chance que les Hanouna et Praud soient en vacances, souffle Gaël Briand. Je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas être breton lui aussi. Il est probablement né ici. Et quand bien même il ne l’était pas, il a bien le droit de se sentir breton. Une culture, ça s’apprivoise. On peut l’avoir par héritage, et même la refuser. Mais on peut aussi devenir breton parce qu’on aime sa culture, ses paysages, sa géographie…»
Au milieu du plus sombre que ce que les réseaux sociaux peuvent produire, quelques éclaircies. Face à l’avalanche de commentaires haineux, le magazine a également reçu de nombreux messages de soutien. «
La Bretagne n’est pas une couleur de peau ou une religion, c’est une identité qui appartient à qui le souhaite n’en déplaise aux fachos», dénonce ainsi un internaute. Quand un autre témoigne : «En tant que métis militant pour la Bretagne, son patrimoine, sa culture et son devenir, les réactions haineuses qu’elle provoque me confortent dans ma vocation.»
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