Christine Lagarde était devant la Cour de justice de la République (CJR), jeudi 23 mai, où elle doit s'expliquer sur son rôle dans l'arbitrage rendu en faveur de l'homme d'affaires Bernard Tapie en 2007. Souriante, l'ex-ministre française de l'économie est arrivée en voiture, entrant dans l'immeuble devant une trentaine de journalistes qui l'attendaient derrière des barrières.
L'audition de la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), à l'issue de laquelle elle sera soit mise en examen, soit placée sous statut de témoin assisté, pourrait se poursuivre jusqu'à vendredi. Le FMI a affirmé jeudi, par la voix d'un de ses porte-parole, qu'il continuait à apporter "sa confiance dans les capacités de la directrice générale à assumer efficacement ses fonctions".
Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, a déclaré qu'en cas de mise en examen, Christine Lagarde ne pourrait pas rester au FMI. "Mme Lagarde n'est pas membre du gouvernement. Si elle l'avait été, nous aurions des règles extrêmement claires, a-t-elle argumenté sur BFM-TV et RMC. Objectivement, connaissant le FMI et le fonctionnement des instances de ce type, j'ai tendance à considérer que si elle était mise en examen, sans doute, on lui demanderait de quitter ses fonctions. [...] Mais ce n'est pas à moi de le dire. Aujourd'hui, elle ne l'est pas encore".
Elle a insisté sur le fait que Bercy envisageait un recours seulement "s'il ressortait de la procédure en cours que l'arbitrage avait été rendu dans des conditions empreintes de fraude". Alors "l'Etat devrait défendre ses intérêts patrimoniaux et se porter partie civile", a-t-elle ajouté. A l'issue de cet arbitrage, Bernard Tapie a perçu au total 400 millions d'euros en règlement d'un contentieux sur la vente d'Adidas. Le responsable a écarté la suggestion que l'arbitrage pour régler le contentieux avec M. Tapie sur la vente d'Adidas ait été décidé sous le coup de certaines influences, et suggéré que c'était "la personnalité de Bernard Tapie" qui nourrissait la controverse.
Le PDG de France Télécom et ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde, Stéphane Richard, a estimé que, si une fraude était démontrée dans le cadre de l'arbitrage, un recours était légitime, et qu'il s'y joindrait à titre personnel.
L'IRONIE DE TAPIE
Sur Europe 1, Bernard Tapie a fustigé les fantasmes entourant l'arbitrage rendu en sa faveur. "Vous n'imaginez pas à quel point je suis inquiet", a ironisé Bernard Tapie. "Lorsqu'un arbitrage est fait, il est fait dans des règles." "S'il y a eu à l'intérieur de l'arbitrage quoi que ce soit de contestable, il y a longtemps que ça serait sorti, il y a longtemps qu'on le saurait", a-t-il ajouté.
"Un arbitrage, il faut que les trois arbitres soient trois voyous qui ont touché de l'argent pour faire un arbitrage bidon, le reste c'est du baratin", a-t-il ajouté. "On peut fantasmer comme ça pendant des plombes mais il n'y a rien de vrai là-dedans."
A propos de Christine Lagarde, il a déclaré : "Le sort judiciaire de Mme Lagarde franchement ne m'intéresse pas du tout et ne me concerne pas du tout", a poursuivi Bernard Tapie. "Mme Lagarde est dans le camp adverse, elle est ministre des finances, représentante de l'Etat propriétaire de la banque, moi j'ai mon camp, elle a le sien."