latresne a écrit : crepenutella a écrit : .
Enfin un français heureux ,tant mieux .
Effectivement oui, je ne boude pas mon plaisir. J'ais mis 7 ans pour enfin obtenir un premier emploi dans un domaines en rapport avec mes études.
Et je suis heureux parce que cela me permet de prouver à ma famille (et au monde) que je ne suis pas le "loufoque" qui a fait des études inutiles pour rien plutôt que de rester auxiliaire de vie ou devenir aide soignant ou ouvrier. Même si mon salaire est minable, je le gagne tout les jours en vendant (et classant) des bouquins et partageant mes savoirs.
Ça peut paraître anecdotique, mais en vérité c'est un arrachement à une condition sociale, à des déterminismes mortifères. Tant que j'étais en échec (à la base pour des raisons de santé), ma famille, mes collègues, considéraient que j'avais eu bien tord de m'intéresser à la culture, que ça sert à rien de toute façon, et qu'il vaut mieux pas se prendre la tête et aller demander s'ils embauchent chez Feu Vert. Pour ces gens le travail c'est pas fait pour être agréable, mais ce qui compte c'est de faire des gamins et avoir un crédit sur une baraque.
Sauf que maintenant, quand je ferai (sans doute bientôt) un gamin avec ma compagne, il grandira dans un monde où il est possible de vivre de la culture, de vivre de l'intelligence et de la poésie, de l'art. Ce sera son quotidien, sa vérité. Cela ne sera plus seulement qu'une loufoquerie de bobo que l'on ne voit que dans les films (genre coup de foudre à Noting Hill), mais sa vie à lui.
Il ne se dira pas " à quoi bon" en regardant Cyril Hanouna, avec pour seul horizon le paysage d'une zone commerciale coincée entre une bretelle d'autoroute et une cité dortoir, à se demander s'il préfère bosser chez mcdo ou chez Carglass.
Ce que je viens de prouver à ma famille, à mon milieu social, c'est qu'on peut échapper à sa réalité de parkings d'hyper marché, de glissières de sécurités entrecoupées de trottoirs en béton, de hangars de taules, et de sacs de ciment. Et que non ce n'est pas "trop dur" comme on me l'a répété toute ma vie, mais qu'il faut seulement s’obstiner, prendre des risques, et beaucoup sacrifier, tout en se rendant disponible à d'improbables expériences (croque-mort pour moi, ce qui impressionne beaucoup les gens, et interpelle sur mon cv). Et ce que j'ai sacrifié, c'est tout simplement ma dignité. Durant 7 ans ou j'ai accepté en me taisant de voir tout mes choix remis en question, d'être méprisé par ce qui faisait ma fierté (mes études). Dans mon univers la reconnaissance vient avec le mariage, les enfants, la maison et la bagnole. Je n'ai rien qui puisse me valoriser à ce niveau, à part une compagne avec qui je vis en concubinage. C'est cela mon sacrifice, celui d'avoir renoncé à tout ce qui m'aurait valu le respect et l'admiration de ma famille et de ceux de mon milieu. Mais je l'ai fait pour quelque chose de plus grand, pour leur prouver qu'on pouvait briser à grand coup de pieds les chaines mentales qui nous lient à notre condition de tacherons inculte.
Que la vie ce n'était pas uniquement ce qu'il y a au bout de la rue, que mâter les filles dans la rue, jouer au foot, insulter les chômeurs, les homos et les arabes en se plaignant des riches au troquet du coin.
C'est juste un taff, pas la panacée, mais qui par l'épanouissement qu'il m'apporte aboli 7 ans de souffrance et sonne comme une validation rétroactive (et certes tardive) de mes choix. Qui me permet de dire: "Je vous l'avez bien dit que si mes aspirations me portaient vers l'art et la littérature, c'est que ma vie ne pourrait jamais se limiter à des taches répétitives et vides de sens à l'usine. Vous m'avez dit que j'étais fou, bizarre, dans la lune, que j'étais un fainéant qui préférait faire des études tranquillement que trouver un vrai travail...que la réalité me rattraperait...,vous avez cru avoir raison, et vaincu mes illusions toutes ces années durant lesquelles j'ai enchaîné des petits boulots. Mais cette fois ça y est, j'ai gagné. Je peut vivre de ma passion, et ça veut dire que vous aviez tord, et que j'ai eu raison de m'obstiner, de fermer mes oreilles quand vous me disiez que ça mènerait qu'au chômage.
Alors oui je suis heureux, car pour la première fois depuis que je suis sorti de l'université, j'évolue dans une environnement où ce qui fait mon identité; mes passions, ma culture, ne sont pas un motif de moquerie et de raillerie, mais de respect et de reconnaissance. Où mes valeurs sont partagées par mes supérieurs, mes collègues et mes clients.
Ah ben ça fait du bien de le dire tiens.