Re: La Chine accusée d'interner et stériliser des Ouïghours, la France condamne
Posté : 23 juillet 2020 21:54
On ne peut pas trancher sur le sujet de la légitimité. Il y a des légitimités concurrentes, et in fine, c'est le rapport de force qui domine aujourd'hui comme il dominait dans le passé dans cette contrée. Parfois la Chine domine, parfois ce sont les tribus nomades turcos-mongoles. Dans tous les cas il s'agissait de rapports multiples, où le commerce se mêlait aux razias, aux invasions massives (nomades) et aux expéditions punitives et tentative de colonisation/contrôle (Chine).Jiimmy a écrit : 23 juillet 2020 00:39Le Xinjiang n'a pas toujours été Chinois. La domination Chinoise sur ce territoire est plutôt récente au regard de l'histoire. C'est au XVIII ème siècle que les Chinois se réimplantèrent sur l'ensemble du territoire actuel du Xinjiang.crepenutella a écrit : 22 juillet 2020 23:58 Le Xinjiang a toujours été chinois depuis au moins 2000 ans.
Il faut savoir que si les Chinois ont longtemps contrôlé une partie du Xinjiang, ce n'est pas le cas de la globalité de la région dont une bonne partie au Nord, appelée (entre autres) Turkestan Oriental, fut bien plus longtemps sous domination des peuples Ouighours (ou apparentés) que Chinoise.
Ce territoire, depuis + de 1000 ans, a vu passer de nombreux Khanats de peuples Turcos-Mongols. Cependant, depuis cette date (XVIII ème siècle), la domination Chinoise prit fin à de nombreuses reprises. Ainsi, les Ouighours parvinrent une première fois à les chasser et à établir une sorte de "Royaume" Ouighour avant de se faire reconquérir quelques années plus tard dans les années 1800.
Une seconde fois les Ouighours parvinrent à chasser les Chinois (dans les années 30) et à installer une république (république du Turkestan Oriental) avant que l'armée Chinoise ne reconquiert le territoire à la fin de la seconde guerre mondiale suite à l'assassinat des dirigeants de cette république par Staline et Mao.
Historiquement, une bonne partie du Xinjiang fut sous domination des peuples Turcos-Mongols (d'où sont issus les Ouighours) bien plus longtemps qu'elle ne le fut sous la domination Chinoise. Je ne soutiens pas les luttes d'indépendance des Ouighours car j'estime personnellement que cela est bien plus néfaste qu'autre chose et qu'il n'y a pas de sens à revendiquer des terres au nom de dominations anciennes (comme l'ont fait les Israéliens en Palestine par-exemple) mais je vois mal de quelle façon l'on pourrait nier la légitimité des Ouighours à le faire néanmoins au vu de l'histoire de cette province (d'une partie de celle-ci tout du moins).
Donc s'il y a rébellion, celle-ci est active sans discontinuité depuis 1949, date à laquelle l'armée Chinoise assassinat les dirigeants de la République du Turkestan Oriental et s'empara des terres Ouighours de cette dernière, ce qu'une partie de ces derniers (à tort ou à raison, c'est selon les perceptions) n'a jamais accepté.
C'est traditionnellement un territoire qui passe de l'une à l'autre domination en fonction des rapports de force.
Il n'y a qu'une seule et unique façon de sortir de cette situation, c'est celle du compromis. La Chine n'a aucune raison d'accorder unilatéralement une indépendance au Xinjiang. D'abord les Han y sont majoritaire aujourd'hui, elle a une part de légitimité historique à conserver ce territoire, et elle est la plus forte. En revanche, les Ouïghours n'ont aucun moyen d'imposer leur projet d'indépendance: ils ne sont pas majoritaire, ni le peuple historique du territoire, et ils sont trop faibles. Ils ne sont au final que la deuxième ethnie majoritaire...après avoir eux aussi viré les précédentes.
Donc il faut un accord à l'amiable. Les Ouïghours doivent pouvoir vivre avec un certain degré d'autonomie et dans le respect de leurs croyances. Néanmoins, la Chine étant dominante et régit sous un système proche du communisme soviétique (aux couleurs de la Chine), l'expression de l'identité Ouïghours ne peut pas aller à l'encontre de cela. Il s'agit donc de bâtir ce compromis. Les Ouïghours doivent aussi intégrer que leur pratique de la religion, leurs valeurs, doivent être compatible avec celles du reste de la Chine, et prendre place au sein de l'organisation du PCC.
