papibilou a écrit : 19 avril 2021 10:52
Macron sait que l'on ne peut espérer qu'un système déficitaire puisse survivre longtemps, et, au fond, tout le monde le sait.
Or, quelles sont les marges de manœuvre d'un gouvernement pour équilibrer les comptes de l'Unedic ?
1) réduire le chômage
2) réduire les indemnités
3) augmenter les cotisations
Le point 1 et le point 3 dépendent fort peu d'un gouvernement. Ce sont les entreprises qui créent les emplois.
Reste le point 2 qu'il ne peut pas toucher ou à la marge. Mais reste la réforme à la marge, sachant qu'il existe toujours un pourcentage de gens qui ne cherchent pas vraiment du boulot et attendent la baisse ou la fin de leur indemnisation. Et l'incitation à garder le personnel en poussant les entreprises à créer des emplois en CDI plutôt qu'en CDD (d'ou le bonus-malus de cette réforme).
Bilan: il a essayé quelque chose mais ni les syndicat ni le patronnât ne s'en satisfont. Seule consolation: ni les syndicat ni les patrons n'ont de solution.
Je pense que tu te trompes un peu sur ton postulat de départ, à savoir "on ne peut espérer un système déficitaire pour survivre longtemps".
Ce qui biaise profondément la perception de notre économie de nombreuses personnes sur le forum c'est que vous avez une vision de l'état qui serait "un gestionnaire en bon père de famille". Vous ne distinguez absolument pas, ou très peu, dette publique et dette privée. Ce qui est problématique puisque si la dette était un sujet qui vous intéressent, je pense que vous vous pencherez davantage sur le cas de la dette privée qui est beaucoup plus élevée que la dette publique. Avant la crise covid, la dette publique était de presque 100% du pib et la dette privée était d'environ 130% du pib.
L'état ne doit surtout pas chercher à réduire ses dépenses actuellement mais, au contraire, à investir massivement en faveur d'une relance économique forte et d'une restructuration écologique.
Les temps sont très difficiles, le privé comme le public sont à la peine, l'offre et la demande sont simultanément impactées. Très honnêtement je n'arrive pas à imaginer une porte de sortie qui soit douce pour tout le monde en dehors d'une annulation, au moins partielle, de la dette publique via des rachats des titres de dette publique par la BCE.
L'une des meilleures manière de comprendre les crises économiques est de faire de l'histoire économique, puisque les crises sont par nature des "ruptures" avec l'évolution attendue des cycles économiques.
Si on se penche sur le cas de la crise de 1930 aux Etats-Unis (grande dépression) ou sur celle des années 90 (crise de la déflation au Japon), on constate que la lutte contre le sous-emploi s'est faite par de grands programmes publics. En 1930, la réponse s'est faite par un grand programme public que l'on appelle la seconde guerre mondiale et en 90, les japonais ont crée des routes, des ponts et ont crée des milliers d'emplois (pour un bilan certes mitigé). Dans les deux cas on constate une forte augmentation des dépenses publiques afin de créer des emplois publics.
Et je pense qu'en période de covid il y a largement matière à créer des emplois utiles, notamment lorsque je constate le laxisme des mesures de confinement. Un ami est parti en Italie pour son travail, il a fait l'aller-retour en train depuis Paris, il est passé par la Suisse. A aucun moment il n'a été contrôlé ! Est-ce si étonnant que les chiffres liés au covid ne connaissent pas d'évolutions très positives ?
Faire de l'austérité aujourd'hui revient à vouloir ralentir une économie qui fonctionne déjà au ralentit. C'est très clairement contreproductif. Tout comme le plan d'aide aux entreprises qui garantie 300 milliards de prêts aux entreprises... Les entreprises sont déjà surendettées (dois-je encore rappeler le montant de la dette privée ?) et notre gouvernement propose comme remède davantage d'endettement. Sur ces 300 milliards, à peine la moitié a été sollicité par les entreprises car elles ne peuvent s'endetter davantage, c'est en réalité un plan à 150 milliards.
Qu'est-ce que je préconise ? Un plan d'aide massif doublé par une large annulation de la dette. Ce plan d'aide serait principalement constitué de monnaie active et non pas de monnaie dette. Le problème de la monnaie dette, c'est qu'elle ne circule pas très longtemps puisqu'elle a pour vocation a être détruite via le remboursement de l'emprunt. On pourrait envisager une création monétaire massive via de la monnaie hélicoptère (monnaie active). Le principe est simple, il s'agit de donner de la monnaie massivement aux individus afin de réduire l'épargne en encourageant la consommation et de soutenir l'activité privée. Etant donné que cette monnaie active n'est pas de la dette, elle va rester dans l'économie pour toujours à la différence de la monnaie dette.
J'anticipe déjà vos réponses "donner de la monnaie ?! Mais la monnaie magique n'existe pas". Je vous rassure je ne pratique pas l'économie vaudou. La monnaie hélicoptère a par exemple été largement utilité par le gouvernement australien en 2009 ou encore par le gouvernement Trump (et il y a encore de nombreux exemples que je n'ai pas en tête).
Parfois quand je vous lis je me demande même ce que veut dire le mot "récession" chez vous. Parce que si "récession" veut simplement dire "économie qui va mal" alors c'est sûr qu'on est pas sorti de l'auberge...