Faut il en

ou en

?...
2027 Présidentielle : ces candidats pas vraiment attendus, qui misent sur un malentendu
De droite ou de gauche, oubliant qu’ils ne sont pas aujourd’hui les mieux placés, ils sont nombreux à se préparer sans le dire, au cas où l’un des favoris viendrait à s’effondrer.
Publié aujourd'hui à 6h00
Vous trouviez que la bataille de l’Elysée comptait trop de concurrents ? Vous n’êtes peut-être pas au bout de vos peines. Alors que des seconds couteaux, de Karim Bouamrane (PS) à David Lisnard (Nouvelle Energie), jouent déjà des coudes sur la ligne de départ, des personnalités mieux identifiées se tâtent encore.
Vu les atermoiements de l’espace social-démocrate et l’absence de vent dans les voiles à droite et au centre, après tout, pourquoi pas eux ? Hormis Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, assis sur un socle en béton, qui peut affirmer être au casting en avril 2027 ?
«François Bayrou dit que ça va mal finir et qu’il faut chercher un plan B, confie un proche de l’ex-Premier ministre centriste. Je comprends le scénario, si Édouard Philippe prend le toboggan» des enquêtes d’opinion. Après tout, Alain Juppé n’était-il pas quasi-élu à l’été 2016 avant que François Fillon ne le supplante à l’automne ?
C’est la théorie des deux campagnes présidentielles, une première phase de rodage laissant place à la vraie compétition. «Tout ça n’est pas cristallisé, assure un conseiller d’Emmanuel Macron. Il y a un moment où la campagne présidentielle reprendra ses droits sur le plan national et c’est normal. Médiatiquement, ce sera à l’automne, et un peu plus tardivement pour les gens.»
«La décantation, c’est novembre», mise un ancien ministre. A moins qu’on ne soit fixé qu’au début de l’année 2027. Celui qui semblait encore il y a peu à un cheveu de monter sur le ring, Dominique de Villepin, s’attend, d’ici à la fin de l’année, à des «défections» comme à des nouveaux noms et n’écartait pas, dans la Tribune dimanche, le 19 juillet, que «le tableau final ne soit connu qu’en février», imaginant, qu’au bout du compte, certains responsables politiques pourraient «s’entendre […] pour éviter le pire».
Ni les mieux placés, ni patrons d’une formation qui revendique un candidat maison, ils oublient qu’ils n’ont aucune chance. Ou, du moins, que la fenêtre est bien étroite. Ils ne foncent pas encore. Mais on ne sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. Dans le clan des «ex» de Matignon, Bernard Cazeneuve, est au bord de l’officialisation. Jean Castex, reste perché, espérant secrètement que d’autres y pensent pour lui.
Dans les écuries des prétendants déclarés, on observe leur petit jeu avec un mélange de défiance et de dédain. «Certains parient sur un effondrement de tous les candidats qui leur permettrait d’être l’homme providentiel après trois morts dans un virage. Mais une campagne, ça se prépare, c’est des millions d’euros, des parrainages à trouver, des permanents salariés», met en garde un proche d’Édouard Philippe. «Une candidature de remplacement ? C’est pas une cantonale, une présidentielle !», s’agace un autre pilier du bloc central.
Les déjà en précampagne : Dominique de Villepin, Bernard Cazeneuve, François Hollande
Une esquisse d’équipe de campagne, des déplacements estivaux de quasi-candidats, sur le Tour de France ou au Festival d’Avignon… Tout est quasi prêt. Ne reste plus qu’à appuyer sur le bouton. Mais pour François Hollande, Bernard Cazeneuve et Dominique de Villepin, l’heure n’a pas encore sonné. La rentrée ? Bien trop tôt. «Beaucoup sont partis en campagne au mois de juin. Ce qui compte c’est ce qui va se passer à la fin de l’année et au début d’année prochaine», a temporisé l’ancien président de la République, devant 150 soutiens lors d’une soirée, le 15 juillet, à la questure du Sénat.
Lui et son ex-Premier ministre ne comptent pas se mouiller dans la primaire socialiste ouverte à Place publique. Mais si jamais Raphaël Glucksmann en sortait vainqueur… avant de se planter ? «Hollande n’ira que s’il est sûr de gagner, et vu qu’il n’a aucune chance, il n’ira pas, juge un dirigeant du PS. Comme c’est un vrai cynique, il veut toujours tirer le fil de tout.»
Rien ne presse pour le député de Corrèze, qui n’a aucun retard à rattraper aux rayons notoriété, expérience des campagnes ou exercice du pouvoir. Fin août, il débattra de laïcité avec Édouard Philippe au raout de rentrée de l’ex-ministre Jean-Michel Blanquer. Et en septembre, il doit s’offrir une petite tournée médiatique à l’occasion de la publication de son livre, Unir, censé jeter les bases d’un programme.
On a cru voir Bernard Cazeneuve le doubler, mais la manœuvre estivale de celui-ci a ressemblé à un faux départ. Qui donc adresse une «lettre aux Françaises et aux Français» de 85 pages pour la beauté du geste ? C’est «par un contrat qui me lie aux Français que je présente ma candidature», avançait Cazeneuve mi-juillet, même si son entourage a minimisé une simple «étape supplémentaire» vers 2027. Subtil.
Un proche assure que le Normand en est à chercher des parrainages d’élus mais les socialistes, qui ont vu, depuis 2024, son nom surgir et disparaître de la liste des Premier-ministrables, se sont habitués aux hésitations cazeneuviennes : «Ça fait cinq ans qu’on nous promet qu’on va voir ce qu’on va voir. Il y a eu un moment, c’est passé», tranche un député.
Villepin, à son tour, n’en finit plus de tâter le bout du plongeoir. Il a lancé son parti l’an dernier, trouvé un QG où il réunit, chaque jeudi, sa petite équipe, sorti un livre, enchaîné les déplacements. En 2012, c’est la quête des parrainages qui l’avait stoppé. Les sondages testant les intentions de vote (et non sa popularité) ne frémissent guère.
L’enquête préliminaire ouverte sur les statuettes reçues quand il était ministre l’aurait-elle aussi refroidi ? En attendant, il agite quelques idées, comme un nouvel impôt de solidarité sur la fortune, et poursuit sa tournée des popotes, espérant engranger des soutiens au centre, au sein de la macronie déçue, voire à gauche. «Il n’a pas d’espace politique, on le connaît pour ce qu’il n’a pas fait : la guerre en Irak et le CPE», assène un député LR. L’homme du non finira-t-il par dire oui à une candidature à la présidentielle ?
Ceux qui font un tour de chant : Bruno le Maire, Thierry Breton, Xavier Bertrand
Chez Bruno Le Maire et Xavier Bertrand, candidats malheureux l’un à la primaire LR de 2016, l’autre à celle de 2022, il y a ce côté «candidat un jour, candidat toujours». Les deux entonnent, cet été, leurs classiques, espérant – enfin – charmer le public. «Construire une autre France», dix ans après «le renouveau c’est Bruno», susurre Le Maire dans la Tribune Dimanche. Parti dans le privé, il tente de décoller l’étiquette de «l’homme aux mille milliards» (de dette). Il rôde une cure ultralibérale, appelant à transformer le modèle social en «un filet de sécurité, pas un open bar». De quoi «gagner la bataille des idées» cet été, espère un de ses proches.
Et pourquoi Xavier Bertrand s’effacerait-il, alors qu’il est «le seul», avec Emmanuel Macron, à avoir battu deux fois Marine Le Pen (dans sa région des Hauts-de-France) ? «On n’a personne qui s’adresse aux catégories populaires, celles-là mêmes que Marine Le Pen cherche à séduire», diagnostique-t-il dans le Parisien. Personne à part le champion autoproclamé de la droite sociale, évidemment. Lequel devrait faire une halte très chiraquienne par la Corrèze, en août, et laisser passer les sénatoriales du 27 septembre avant d’abattre son jeu.
Autre ex-ministre de Chirac, Thierry Breton a beaucoup chanté cette année, avec onze émissions dominicales, selon le décompte de Politico. Le chantre de l’indépendance européenne, face aux Etats-Unis, à la Chine et à la Russie autant qu’aux Gafam prône une «règle d’or» dans la Constitution pour limiter à 1 % le déficit public d’ici à 2032. Un refrain pas si populaire.
Ceux qui «soutiennent» un candidat… pour l’instant : Baroin, Barnier
Leur candidat et chef de parti, Bruno Retailleau ? Michel Barnier et François Baroin le soutiennent. A mort. L’ex-Premier ministre et l’éternel maire de Troyes (Aube) ne sont pas du genre à se faire prendre en flagrant délit de déloyauté, mais ils ont de l’appétit et, comme tout le monde, sont bien obligés de constater que la campagne du sénateur LR ne prend pas. Alors ils posent des jalons, l’air de rien.
«Michel est un homme de circonstances exceptionnelles : le Brexit, la dissolution», rappelle un député proche de lui. Arrivé troisième à la primaire de la droite en 2021, Barnier mise sur le légitimisme de l’électorat LR. En réunion de groupe des députés de son camp, il a critiqué Laurent Wauquiez au début du mois de juillet pour ses mots aimables, à la limite du ralliement, envers Edouard Philippe.
Quant à Baroin, l’un des héritiers du chiraquisme, le très réac Retailleau se verrait bien lui offrir un ticket. L’ex-ministre de l’Economie et des Finances sous Nicolas Sarkozy, devenu avocat d’affaires, voit du monde à Paris ces temps-ci, comme le président du Sénat, Gérard Larcher, au printemps.
A ses interlocuteurs, il explique qu’il serait une folie que LR ne présente pas de candidat à la présidentielle. Il ne serait prêt à reprendre le flambeau que si Retailleau renonçait. «Dans tous les camps, certains font le pari du recours», observe, en privé, Gabriel Attal. «C’est l’histoire des présidentielles, ironise un ex-ministre centriste. Celui qu’on n’attendait pas s’impose en quelques semaines comme une évidence.»
Ceux qui attendent qu’on les appelle : Castex, Lagarde, Lecornu, Borloo, Michel-Edouard Leclerc
Jean Castex, candidat ? «Si je dis non, vous direz : “On le croit pas.” Si je vous dis oui : “De quoi il se mêle ?”» a bien résumé l’ex-Premier ministre sur France Inter, le 1er juillet. Ils sont une poignée de grands noms à ne pas savoir le dire : «non». Ou, comme l’actuel chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, à ne pas convaincre quand ils assurent ne «pas se mêler» de l’élection. Il suffirait pourtant aux «ex» et actuel de Matignon, à Christine Lagarde, Jean-Louis Borloo ou Michel-Edouard Leclerc d’afficher leur soutien à une autre candidature pour qu’on les laisse tranquilles. Mais c’est bien là toute la question : veulent-ils vraiment qu’on les laisse tranquilles ?
La patronne de la Banque centrale européenne a jugé «possible», dans les Echos, de quitter son mandat avant octobre 2027 pour incarner une «voix française et européenne» dans le débat présidentiel. Jean-Louis Borloo a l’ambition de reconstruire un centre qui tient la route et veut porter des idées dans la campagne.
Il suffit de laisser planer le mystère pour qu’on vous écoute un peu plus que d’ordinaire. «Si je suis bien placé dans les sondages, c’est que je ne suis pas candidat», a reconnu Michel-Edouard Leclerc, jeudi 23 juillet, en recevant Gabriel Attal à Landerneau (Finistère). Voilà six mois que le patron des hypermarchés du même nom est en tête du classement des personnalités politiques de l’Ifop. Et qu’il fait mine d’envisager d’y aller si personne ne porte ses idées. «Son programme ne plairait pas à tout le monde. Ses magasins perdraient des clients», avertit un ministre, qui n’y croit guère.
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