Monsieur est trop bon
Trop aimable Mort de Quentin Deranque : sermonné par le quai d’Orsay, l’ambassadeur américain disposé à ne pas interférer dans le débat public français
Après avoir séché sa convocation au ministère des Affaires étrangères lundi suite à ses commentaires sur la mort du militant d’extrême droite radicale, Charles Kushner avait été privé d’accès direct au gouvernement. Il s’est résolu à appeler le quai d’Orsay ce mardi et rencontrera le ministre dans les prochains jours.
Le dernier épisode de tension entre la France et les Etats-Unis semble avoir pris fin après un coup de fil vespéral entre le représentant de Washington à Paris et le quai d’Orsay. Privé d’accès direct au gouvernement français après avoir refusé d’honorer sa convocation au ministère des Affaires étrangères lundi 21 février, Charles Kushner s’est résigné à décrocher son téléphone, mardi 23 février. Dans un message transmis à l’AFP, l’entourage de Jean-Noël Barrot a assuré que l’ambassadeur avait exprimé au ministre «sa volonté de ne pas interférer dans le débat public français».
I
l faut dire que la marmite bouillonnait fort entre le quai d’Orsay et l’ambassade américaine, depuis les commentaires que s’était autorisé Charles Kushner sur les circonstances de la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque. A fortiori après que le père du gendre de Trump «ne s’est pas présenté» à la convocation, faisant valoir des engagements personnels et envoyant un responsable de l’ambassade à sa place.
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Les usages les plus élémentaires de la diplomatie»
Conséquence directe, le patron des lieux Jean-Noël Barrot avait demandé à ce que le représentant des Etats-Unis en France n’ait plus d’accès direct au gouvernement : «Face à cette apparente incompréhension des attendus élémentaires de la mission d’ambassadeur ayant l’honneur de représenter son pays, le ministre a demandé qu’il ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français.» Dans les éléments transmis à la presse mardi 24 février, le quai d’Orsay n’a pas précisé si les engagements de Charles Kushner lui valaient une restauration de cet accès privilégié.
Le ministère avait toutefois gardé la porte ouverte en cas de revirement du magnat de l’immobilier, plus homme d’affaires que diplomate : «Il reste bien sûr possible que l’ambassadeur Charles Kushner exerce sa mission et se présente au Quai d’Orsay afin que nous puissions avoir les échanges diplomatiques permettant d’aplanir les irritants qui, inévitablement, peuvent survenir dans une relation d’amitié vieille de 250 ans.»
Invité de Franceinfo ce mardi 24 février, le ministre avait directement réagi à cette mauvaise manière : «
Quand on a l’honneur de représenter son pays en France, comme ambassadeur, on respecte les usages les plus élémentaires de la diplomatie et on répond aux convocations du ministère des Affaires étrangères.» Tout en assurant que si la sanction prise à son encontre «affectera naturellement sa capacité à exercer sa mission dans notre pays», elle «n’affectera en rien les relations entre la France et les Etats-Unis.»
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Aucune leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire»
Cette convocation intervenait dans le contexte de la mort de l’activiste identitaire après son agression à Lyon, le 12 février, qui vaut des mises en examen pour meurtre ou complicité à sept militants de la mouvance d’extrême gauche. Le drame avait incité le bureau du contre-terrorisme du département d’Etat américain à dire qu’il «attendait de voir les coupables traduits devant la justice». Une formulation reprise le lendemain par Charles Kushner : «L’extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique. Nous continuerons à suivre la situation et espérons que les auteurs de ces violences seront traduits en justice».
De quoi ulcérer le quai d’Orsay qui, dimanche, par la voix du ministre Jean-Noël Barrot, avait fait savoir qu’il n’avait «aucune leçon à recevoir de l’internationale réactionnaire» et qu’il refusait «toute instrumentalisation de ce drame» qui ne concerne que «la communauté nationale». Point de vue répété ce mardi matin au micro de la station d’info en continu, qui demande des «explications» et assure que, celles-ci fournies, Charles Kushner «retrouvera naturellement l’accès aux membres du gouvernement français». Les célébrations des 250 ans de l’amitié franco-américaine en ligne de mire, Jean-Noël Barrot a rappelé ainsi que les deux pays ont «une histoire commune, faite de fraternité, d’armes, de combats pour la démocratie» : «J’ose espérer que c’est dans cet esprit que nous allons travailler tout au long de cette année.»
Selon le quai d’Orsay, les deux hommes vont d’ailleurs se rencontrer «dans les prochains jours».
Ce n’était pas la première fois que Charles Kushner était convoqué au ministère des Affaires étrangères. Sitôt arrivé à l’hôtel Grimod de La Reynière, dans le VIIIe arrondissement de la capitale, il avait été sommé, fin août, de se rendre au quai d’Orsay après avoir critiqué «l’absence d’action suffisante» contre l’antisémitisme d’Emmanuel Macron.
Des accusations inacceptables aux yeux de la diplomatie tricolore, mais dont Kushner n’avait pas eu à répondre, puisqu’il s’était fait représenter par le chargé d’affaires de l’ambassade américaine.
Mise à jour à 16h33 le 24 février avec l’appel téléphonique entre Charles Kushner et Jean-Noël Barrot.
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