encore un scandale sur la viande de cheval, trafic de bêtes
Posté : 16 décembre 2013 13:51
Des chevaux rachetés à Sanofi après avoir été utilisés pour fabriquer des médicaments, vingt-et-une personnes interpellées. Après l'affaire Spanghero, un nouveau scandale dans la filière viande.
Les gendarmes ont déclenché tôt lundi une vaste opération dans 11 départements français dans le cadre d'une nouvelle enquête contre un trafic de viande de chevaux passés par des laboratoires scientifiques ou des centres équestres. Cette fois, les investigations menées par la section de recherches de Languedoc-Roussillon sous la conduite d'un juge de Marseille visent la commercialisation de viande de chevaux qui auraient auparavant servi à la recherche d'entreprises pharmaceutiques ou de laboratoires, ainsi que de chevaux de centres équestres qui se sont également retrouvés dans l'assiette du consommateur, a indiqué une source proche de l'enquête.
> Des chevaux impropres à la consommation
Des centaines de chevaux, dont certains achetés au géant pharmaceutique Sanofi, auraient ainsi été vendus pour la consommation après falsification ou escamotage de leurs documents vétérinaires, selon la même source.
"On avait le cheval du particulier en centre équestre par exemple, qui devait finir sa vie paisiblement dans un pré et qui la termine à l'abattoir alors qu'il a reçu des traitements médicamenteux le rendant impropre à la consommation", dit une source proche des investigations, "et puis on avait le cheval de laboratoire, avec deux cas de figure. Soit il servait à des prises de sang pour la fabrication de vaccins; soit il était cobaye dans la recherche". "Cela ne veut pas dire qu'il y ait eu un risque pour le consommateur, mais de toute façon, ces chevaux n'auraient jamais dû se retrouver dans l'assiette du consommateur", a-t-elle dit.
> Sanofi a collaboré à l'enquête
Sanofi Pasteur a indiqué avoir collaboré à l'enquête, en assurant que les équidés servant au groupe pour fabriquer des sérums ne présentent pas de danger pour la consommation humaine.
"Nous prenons note de la possible fraude", a indiqué un porte-parole. Le laboratoire "utilise des chevaux, pas pour des tests de laboratoire, mais pour fabriquer des médicaments" a-t-il précisé.
Sanofi Pasteur utilise les chevaux, selon le porte-parole, pendant environ trois ans avant de les revendre "en précisant dans le certificat de vente, pas parce qu'il y a un danger mais par mesure de précautions, que ces animaux ne doivent pas intégrer la filière alimentaire".
> 21 personnes interpellées
C'est une dénonciation anonyme adressée fin 2012 à la direction audoise de la protection des populations qui a déclenché l'enquête, aujourd'hui menée dans le cadre d'une information judiciaire dirigée par un juge d'instruction du pôle santé du tribunal de Marseille.
Les gendarmes agissant dans le sud de la France, en Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte-d'Azur et Midi-Pyrénées, ont interpellé vingt-et-une personnes. Ils ont notamment interpellé un homme à Narbonne (Aude), organisateur présumé du trafic, avant de l'emmener sur le site des abattoirs de la ville où pourraient se trouver les bureaux de sa société, a constaté un photographe de l'AFP. Parmi les personnes interpellées figurent plusieurs négociants en viande, au moins trois vétérinaires ou encore un informaticien.
Ces interpellations devaient s'accompagner de perquisitions au siège de négociants en viande et, dans une moindre mesure, dans des abattoirs, avec la participation de la Brigade nationale des enquêtes vétérinaires et phytosanitaires. Des recherches ont également été diligentées dans des locaux de Sanofi ainsi que dans un abattoir de Gérone (Espagne), de l'autre côté de la frontière, a indiqué l'une des sources.
> Pas de de risques sanitaires avérés
Le ministre de la Consommation Benoît Hamon a distingué cette nouvelle affaire du scandale Spanghero. "C'est différent, là il pourrait s'agir d'un problème sanitaire", a-t-il dit sur RTL.
Mais selon le ministre délégué à l'Agroalimentaire, Guillaume Garot, il est impossible de dire "à ce stade" si le trafic présumé de chevaux passés par des laboratoires scientifiques avant de se retrouver dans les assiettes, présente un risque sanitaire.
> Une conséquence de l'affaire Spanghero
Selon Guillaume Garot, la stratégie mise en place à l'issue du scandale de l'hiver dernier, où de la viande de cheval s'était retrouvée à cause d'une vaste fraude dans des plats préparés censés contenir uniquement de la viande de boeuf, s'avère payante.
"Nous avons agi pour mettre sous pression ces filières afin de mettre à jour les pratiques frauduleuses (...). Nous avons créé un nouvel état d'esprit qui est de dire: "stop aux fraudes"", s'est félicité le ministre délégué à l'Agroalimentaire.
Benoît Hamon s'est également félicité d'avoir "depuis le début de l'année mis sous surveillance la filière viande et la filière poisson en France" pour rétablir la confiance. "La France est le premier pays en Europe à avoir inscrit dans sa loi l'étiquettage de l'origine de la viande dans les plats préparés. Nous attendons maintenant de Bruxelles qu'elle nous donne le feu vert, je l'espère en janvier prochain", a-t-il dit.
