Macron prit au piège de la politique politicienne
Posté : 27 février 2015 06:29
Le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, livre son amertume sur les soubresauts politiques autour de son projet de loi, estimant dans une interview au Monde daté de vendredi que ce texte a été "pris en otage", victime de "logiques politiciennes". "Je pense que ce texte a été pris en otage ou, en tout cas, qu'il a été pris dans des logiques politiciennes, indépendamment du travail du fond qui avait été accompli", a-t-il déploré. "Beaucoup de gens au centre droit et à droite, a-t-il ajouté, pouvaient se reconnaître dans ce texte, ils le disaient d'ailleurs."
Mais "la logique partisane, en particulier à l'approche des élections départementales, a été telle que seuls ceux qui n'avaient rien à perdre ont eu le courage de la dépasser", a souligné le ministre. "Les autres se sont pliés à la discipline de parti. Ils ont justifié leur vote, ce qui est assez inédit, par tout ce que la loi ne contenait pas, la suppression des 35 heures, par exemple. C'est ce que j'appelle le bovarysme parlementaire", a-t-il regretté. Emmanuel Macron est sévère aussi envers le Parti socialiste, où, rappelle le quotidien, les réserves étaient vives dès le début sur l'extension du travail du dimanche.
"Sur cette position initiale du parti s'est greffé un foyer infectieux qui ne s'est pas éteint", selon Emmanuel Macron. "Au cours de la dernière nuit de discussion à l'Assemblée, j'ai été saisi de voir à quel point certains députés étaient dans un débat théorique et à quel point ils perdaient le réel." Et l'amertume d'Emmanuel Macron est particulièrement vive envers Benoît Hamon, l'un des porte-voix des "frondeurs" du PS. Selon lui, "qu'un ancien ministre, alors que beaucoup de dispositions de la loi consommation qu'il avait portées et qui n'avaient pu aboutir figurent dans ce texte, méconnaisse les avancées sociales, précisément sur la question de la compensation, et justifie ainsi un vote contre le gouvernement laisse à penser que l'on a perdu de vue la réalité des choses ou qu'on a perdu de la culture politique". Et le ministre conclut : "Il avait simplement besoin d'un prétexte pour installer son vote contre. Tout le reste n'est que littérature."