Le rap de la haine à 10 ans
Posté : 01 mars 2015 22:45
25 ans de rap en France, j'ai l'impression que le disque est rayé avec cette nouvelle génération prêt à imiter les anciens. J'espère aussi que Crapulax ne trouvera pas d'excuse à cette vidéo ni à cette musique génératrice de violence.
La vidéo joue la caricature des clips de rap: armes brandies, billets de banques qui volent, un mot de verlan par phrase et roues arrières de scooter. A priori, pas vraiment d'infraction - en-dehors de celle du mauvais goût - dans ce clip tourné à Sarcelles et diffusé en janvier. Problème: les protagonistes ne sont pas des stars du rap, ni même des adultes anonymes. Pendant les six minutes que dure la vidéo, enfants et adolescents se succèdent en prenant des airs de grands et en scandant des paroles prônant la violence. De quoi susciter la polémique dans la ville et pousser la justice à envisager d'éventuelles poursuites, rapporte Le Parisien.
La chanson, intitulée «1er pocheton», en référence aux sachets utilisés dans le trafic de drogue, une douzaine de jeunes s'affichent en riches dealers autoritaires et invitent à vivre du trafic de drogue à l'aide des armes. «Eh ouais faut s'faire son zeillo (son oseille, ndlr) (...) Sors pas un tarpé (un pétard, ndlr) si t'as pas les c.... de tirer, eh ouais ici c'est sans pitié, on t'allume au mortier», scandent notamment les paroles. Un peu plus loin, les enfants et ados reprennent en choeur: «Sors le pétard, allume-les tous, allume-les tous.»
L'âge des participants peut être estimé à celui de collégiens, voire d'écoliers. Tout sourire, ils semblent surtout s'amuser de leur prestation. Mais à l'écoute des paroles, la chanson ne semble pas vraiment relever du second degré, ni dénoncer ce qui est évoqué. Le clip, qui avait été visionné plus de 90.000 fois dimanche soir, a été mis en ligne par la chaîne Treize K sur YouTube. Son réalisateur était initialement mentionné, précise Le Parisien, mais la mention semble avoir été retirée. Il pourrait s'agir d'un adulte portant une capuche qui apparaît à la fin de la vidéo.
Apologie du crime
«C'est scandaleux. Ce type de vidéo est inadmissible», dénonce François Pupponi, député-maire (PS) de Sarcelles auprès du Parisien. «Nous allons saisir le procureur pour qu'il y ait des sanctions pénales exemplaires. On ne peut pas laisser faire ça. Il y a des gens qui font de l'argent avec ça», assure l'élu.
Sollicité par le quotidien, le procureur de Pontoise explique que certains faits doivent être vérifiés, afin de savoir s'ils sont passibles de poursuites. «Il faut visionner attentivement ce clip pour déterminer si des poursuites pénales peuvent être engagées, prendre en compte les propos qui sont tenus, déterminer de quelle arme il s'agit, si elle est vraie ou factice», précise-t-il. L'apologie du crime et l'incitation à la débauche pourraient aussi figurer parmi les griefs. En décembre, cinq personnes avaient ainsi été arrêtées pour avoir montré leur asenal dans un clip.
Il y a une semaine, un autre clip de rap avait suscité la polémique à Compiègne (Oise). La vidéo mise en ligne au début du mois montre des rodéos filmés dans un quartier de la ville. La justice a été saisie par la mairie afin de savoir si les infractions routières ont effectivement été commises, et doit aussi se pencher sur l'incitation à l'usage de stupéfiants que constitue le clip.