Gilles Bernheim: Au nom du judaïsme, s'opposer au FN
Posté : 17 mars 2015 11:06
Le point de vue de Gilles Bernheim, Grand Rabbin du Consistoire Central
L'intervention du Président du CRIF, Roger Cukierman, le 23 février dernier sur l'antenne d'Europe 1 nous a profondément interpellés. Son propos nous oblige à reposer la question de savoir quel est l’antisémitisme qu’il nous faut le plus redouter. L'antisémitisme traditionnel de l'extrême droite, celui de l'extrême gauche, ou celui de l'islamisme intégriste ? Ceci étant, pour ne pas être tenté de faire l’amalgame entre l'islamisme intégriste et foncièrement antisémite, et l’islam, il faut que les musulmans nous aident. On observe en effet qu'à chaque fois qu'un musulman fanatique commet un attentat, les responsables musulmans se démarquent en assurant que « l’islam, ce n'est pas cela », et que les actes de barbarie n'ont rien à voir avec cette religion. Mais comme l’a appelé de ses vœux le journaliste Yann Moix après les attentats de janvier, nos amis musulmans doivent nous expliquer pourquoi et en quoi l'islamisme n'est pas l’islam. Afin que nous comprenions mieux la maladie qui gangrène l’islam. Et là-dessus il nous semble que les musulmans de France ne font pas assez pour nous aider. C'est pourquoi nous leur demandons avec un profond respect : « Aidez-nous à vous aimer, nous vous aiderons d'autant mieux, et vous aimerons d'autant plus ».
Mais la dénonciation de l'antisémitisme et les menaces bien réelles qu'il fait peser sur notre présent et notre avenir ne doivent pourtant jamais nous faire perdre de vue que le judaïsme est une exigence éthique, et que nous avons le devoir d'appeler au respect de certaines valeurs fondamentales quand elles nous semblent en France menacées ou offensées. Cette vigilance ne vaut pas seulement pour l'antisémitisme, c'est l'une des dimensions essentielles du judaïsme que de ne pas être dévolue à la seule défense des intérêts de la communauté juive. Chaque fois qu'un être humain est attaqué au seul motif qu'il est ce qu'il est, qu'un faible est humilié parce qu'il est faible, qu'une minorité est outragée parce qu'elle est minoritaire, c'est notre devoir de juif que de ne pas l'accepter. Ce discours humaniste, je le tiens au nom de la morale juive, mais aussi au nom de la mémoire juive, celle d'un peuple qui a trop souvent été persécuté.
« Aidez-nous à vous aimer »
Ce sont ces principes qui doivent inspirer notre position sur le Front national. En effet, lorsque nous est posée la question : « Puisque Marine Le Pen paraît attentive à la cause d'Israël, puisqu'elle a parlé de la Shoah en des termes sensibles, et qu'elle a dénoncé l'antisémitisme de l’islam intégriste, pourquoi ne pas vous rapprocher d'elle ? ».
. Et quand bien même madame Le Pen serait une "amie" des juifs, ce qu'elle dit sur d'autres minorités de manière outrageante est incompatible avec les valeurs du judaïsme. Et c'est au nom des valeurs du judaïsme que nous avons le devoir de ne pas appeler à voter pour elle.
Aujourd'hui le pessimisme, l'inquiétude et le relativisme prévalent en Europe. Certaines de nos sociétés sont perçues comme riches et puissantes, mais vides de valeur. Il est temps pour nos sociétés de retrouver fierté et confiance, solidarité et espoir.
L'exemple du sionisme atteste qu'aucune oppression n'est irrémédiable, qu'aucun désert n'est stérile à jamais, et que l'espoir doit toujours prévaloir. Le sionisme est une région de l'esprit autant que de l'espace : une certaine idée de l'homme et de ses droits, qui s'est incarnée en Orient au moment où elle s'effondrait en Occident. Et le sionisme demeure dans sa part la moins périssable, profondément fidèle aux paroles de Theodor Herzl : « Nous ne demandons à personne à quelle race il appartient, il nous suffit qu'il soit un Homme ». Voilà qui peut faire barrage à l'inquiétude, au fondamentalisme et à la barbarie.
C'est à une telle humanité, hautement respectueuse de son prochain et hautement responsable, que nous devons travailler. Chaque juif, dans ses prières quotidiennes, en appelle au Tout-puissant pour qu'advienne une telle humanité.
L'intervention du Président du CRIF, Roger Cukierman, le 23 février dernier sur l'antenne d'Europe 1 nous a profondément interpellés. Son propos nous oblige à reposer la question de savoir quel est l’antisémitisme qu’il nous faut le plus redouter. L'antisémitisme traditionnel de l'extrême droite, celui de l'extrême gauche, ou celui de l'islamisme intégriste ? Ceci étant, pour ne pas être tenté de faire l’amalgame entre l'islamisme intégriste et foncièrement antisémite, et l’islam, il faut que les musulmans nous aident. On observe en effet qu'à chaque fois qu'un musulman fanatique commet un attentat, les responsables musulmans se démarquent en assurant que « l’islam, ce n'est pas cela », et que les actes de barbarie n'ont rien à voir avec cette religion. Mais comme l’a appelé de ses vœux le journaliste Yann Moix après les attentats de janvier, nos amis musulmans doivent nous expliquer pourquoi et en quoi l'islamisme n'est pas l’islam. Afin que nous comprenions mieux la maladie qui gangrène l’islam. Et là-dessus il nous semble que les musulmans de France ne font pas assez pour nous aider. C'est pourquoi nous leur demandons avec un profond respect : « Aidez-nous à vous aimer, nous vous aiderons d'autant mieux, et vous aimerons d'autant plus ».
Mais la dénonciation de l'antisémitisme et les menaces bien réelles qu'il fait peser sur notre présent et notre avenir ne doivent pourtant jamais nous faire perdre de vue que le judaïsme est une exigence éthique, et que nous avons le devoir d'appeler au respect de certaines valeurs fondamentales quand elles nous semblent en France menacées ou offensées. Cette vigilance ne vaut pas seulement pour l'antisémitisme, c'est l'une des dimensions essentielles du judaïsme que de ne pas être dévolue à la seule défense des intérêts de la communauté juive. Chaque fois qu'un être humain est attaqué au seul motif qu'il est ce qu'il est, qu'un faible est humilié parce qu'il est faible, qu'une minorité est outragée parce qu'elle est minoritaire, c'est notre devoir de juif que de ne pas l'accepter. Ce discours humaniste, je le tiens au nom de la morale juive, mais aussi au nom de la mémoire juive, celle d'un peuple qui a trop souvent été persécuté.
« Aidez-nous à vous aimer »
Ce sont ces principes qui doivent inspirer notre position sur le Front national. En effet, lorsque nous est posée la question : « Puisque Marine Le Pen paraît attentive à la cause d'Israël, puisqu'elle a parlé de la Shoah en des termes sensibles, et qu'elle a dénoncé l'antisémitisme de l’islam intégriste, pourquoi ne pas vous rapprocher d'elle ? ».
. Et quand bien même madame Le Pen serait une "amie" des juifs, ce qu'elle dit sur d'autres minorités de manière outrageante est incompatible avec les valeurs du judaïsme. Et c'est au nom des valeurs du judaïsme que nous avons le devoir de ne pas appeler à voter pour elle.
Aujourd'hui le pessimisme, l'inquiétude et le relativisme prévalent en Europe. Certaines de nos sociétés sont perçues comme riches et puissantes, mais vides de valeur. Il est temps pour nos sociétés de retrouver fierté et confiance, solidarité et espoir.
L'exemple du sionisme atteste qu'aucune oppression n'est irrémédiable, qu'aucun désert n'est stérile à jamais, et que l'espoir doit toujours prévaloir. Le sionisme est une région de l'esprit autant que de l'espace : une certaine idée de l'homme et de ses droits, qui s'est incarnée en Orient au moment où elle s'effondrait en Occident. Et le sionisme demeure dans sa part la moins périssable, profondément fidèle aux paroles de Theodor Herzl : « Nous ne demandons à personne à quelle race il appartient, il nous suffit qu'il soit un Homme ». Voilà qui peut faire barrage à l'inquiétude, au fondamentalisme et à la barbarie.
C'est à une telle humanité, hautement respectueuse de son prochain et hautement responsable, que nous devons travailler. Chaque juif, dans ses prières quotidiennes, en appelle au Tout-puissant pour qu'advienne une telle humanité.