Tollé en Algérie : deux hommes arrêtés pour « blasphème » su
Posté : 22 juin 2016 08:29
Tollé en Algérie : deux hommes arrêtés pour « blasphème » sur Facebook
Les deux jeunes gens ont été mis en détention pour « actes blasphématoires et prosélytisme anti-musulman sur Internet ».
(D’Alger) Rachid Faudil et son ami ont été arrêtés le 9 juin par une brigade de la gendarmerie de M’Sila (sud-est de l’Algérie) pour « actes blasphématoires et prosélytisme anti-musulman sur Internet ». Un cas inédit dans le pays qui a provoqué des remous sur les réseaux sociaux.
Placés sous mandat de dépôt en plein mois de ramadan, dans cette chaude région du pays, le commerçant de 27 ans et son ami âgé de 28 ans attendent leur procès.
« Dangereux réseau criminel international »
Le 14 juin, la gendarmerie nationale publie un communiqué cinglant. Les deux prévenus sont présentés comme les membres d’un « dangereux réseau criminel international » qui « diffuse des publications, des vidéo publicitaires, des articles et des caricatures blasphématoires contre Allah et offensants à l’égard des envoyés de Dieu et l’islam en général sur un site électronique ». Un contenu qui selon les services de sécurité « dénaturait des versets du Coran et des Hadiths du prophète, des délits punis par la loi ».
Une connaissance de Rachid Faudil, bien au fait des ses activités électroniques, affirme sous couvert d’anonymat que ce dernier est le contributeur actif de deux interfaces Facebook comptant chacune plusieurs milliers de sympathisants :
le groupe privé « Athées algériens » – supprimé par son administrateur suite à des « soupçons d’infiltration par des islamistes et probablement des agents », selon la même source ;
et une page publique arabophone intitulée « Le Coran en dialecte algérien (Derja) ». Signalée à plusieurs reprises, elle a fait l’objet d’une plainte déposée auprès des services de sécurité algériens et est désormais bloquée pour les besoins de l’enquête.
L’internaute proche de Rachid Faudil précise :
« De nombreuses pages algériennes dédiées aux athées existent mais aucune n’avait été visée par un dépôt de plainte et n’avait suscité autant d’indignation publique auparavant. »
L’interpellation de Rachid Faudil dans les locaux de son commerce fait rapidement le tour des réseaux sociaux et provoque un tollé sur le Web.
Une publication de la page Athées algériens (distincte du groupe privé) annonce les premiers détails :
« Rachid Faudil, un jeune très actif sur Facebook, a été arrêté […] Il a été conduit par la suite au siège de la brigade de la gendarmerie où il est maintenu en détention et, depuis, aucune nouvelle n’a filtré sur les conditions de sa détention et sur les faits qu’on lui reproche.
Rachid n’est ni un délinquant ni un criminel, il est jeune, aime les livres et pense au monde actuel en essayant de trouver avec d’autres jeunes des réponses à ses interrogations. En attendant de plus amples informations, d’autres éléments éclairant les circonstances de son arrestation et les faits pour lesquels on l’accuse, nous exigeons sa libération immédiate et de permettre à sa famille de lui rendre visite. Organisons la riposte en exprimant dans un large mouvement notre solidarité avec Rachid. »
Accusations douteuses
Dans la foulée des réactions, d’autres internautes ont appelé à une mobilisation, sans suite pour l’instant. Depuis, des doutes demeurent sur le bien-fondé des accusations des services de sécurité reprises par la presse locale. Dans un entretien publié le 17 juin par le quotidien algérien francophone El Watan Weekend, Maître Bakouri Amirouche, l’avocate de Rachid Faudil, précise :
« Contrairement à ce que raconte la presse, l’affaire n’a rien d’international. Elle est purement locale. Mon client n’est pas un athée convaincu. »
Dans son communiqué, la gendarmerie affirme que « le réseau qui [s’]activait dans plusieurs wilayas était en relation avec des ramifications internationales de prosélytisme anti-musulman dans des pays du Proche-Orient, notamment la Syrie et l’Egypte ». Des allégations jugées « absurdes » par la source proche de Rachid Faudil, qui tient un avis nuancé :
« La création de cette page n’a rien à voir avec le crime international, Facebook est un réseau social mondial, pas la plateforme d’un cartel aux ramifications étendues. Je sais que Rachid est athée mais je ne l’ai jamais vu tenir de positions prosélytiques.
Dans sa page, il prenait des versets du Coran dont il faisait la traduction littérale sans se soucier du sens, du contexte de révélation et des subtilités linguistiques de l’arabe académique.
Les mauvaises traductions ont probablement laissé penser que l’auteur distordait délibérément les propos des textes islamiques à des fins que chacun peut interpréter à sa manière. Je ne suis pas croyante, je n’approuvais pas particulièrement sa démarche mais il est aussi connu qu’en Algérie on n’accepte pas la différence des points de vue religieux et des pratiques d’opinions. »
Un propos confirmé par un deuxième internaute proche de Rachid Faudil. Dans une autre version, des amis de Rachid Faudil cités par El Watan Weekend estiment que ce dernier « n’a fait que proposer la traduction du Coran dans la langue algérienne, comme il l’a été déjà fait pour les autres langues. Rachid critique toutes les religions monothéistes et même les autres. »
Manipulation juridique
http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/21/a ... rie-264405
Les deux jeunes gens ont été mis en détention pour « actes blasphématoires et prosélytisme anti-musulman sur Internet ».
(D’Alger) Rachid Faudil et son ami ont été arrêtés le 9 juin par une brigade de la gendarmerie de M’Sila (sud-est de l’Algérie) pour « actes blasphématoires et prosélytisme anti-musulman sur Internet ». Un cas inédit dans le pays qui a provoqué des remous sur les réseaux sociaux.
Placés sous mandat de dépôt en plein mois de ramadan, dans cette chaude région du pays, le commerçant de 27 ans et son ami âgé de 28 ans attendent leur procès.
« Dangereux réseau criminel international »
Le 14 juin, la gendarmerie nationale publie un communiqué cinglant. Les deux prévenus sont présentés comme les membres d’un « dangereux réseau criminel international » qui « diffuse des publications, des vidéo publicitaires, des articles et des caricatures blasphématoires contre Allah et offensants à l’égard des envoyés de Dieu et l’islam en général sur un site électronique ». Un contenu qui selon les services de sécurité « dénaturait des versets du Coran et des Hadiths du prophète, des délits punis par la loi ».
Une connaissance de Rachid Faudil, bien au fait des ses activités électroniques, affirme sous couvert d’anonymat que ce dernier est le contributeur actif de deux interfaces Facebook comptant chacune plusieurs milliers de sympathisants :
le groupe privé « Athées algériens » – supprimé par son administrateur suite à des « soupçons d’infiltration par des islamistes et probablement des agents », selon la même source ;
et une page publique arabophone intitulée « Le Coran en dialecte algérien (Derja) ». Signalée à plusieurs reprises, elle a fait l’objet d’une plainte déposée auprès des services de sécurité algériens et est désormais bloquée pour les besoins de l’enquête.
L’internaute proche de Rachid Faudil précise :
« De nombreuses pages algériennes dédiées aux athées existent mais aucune n’avait été visée par un dépôt de plainte et n’avait suscité autant d’indignation publique auparavant. »
L’interpellation de Rachid Faudil dans les locaux de son commerce fait rapidement le tour des réseaux sociaux et provoque un tollé sur le Web.
Une publication de la page Athées algériens (distincte du groupe privé) annonce les premiers détails :
« Rachid Faudil, un jeune très actif sur Facebook, a été arrêté […] Il a été conduit par la suite au siège de la brigade de la gendarmerie où il est maintenu en détention et, depuis, aucune nouvelle n’a filtré sur les conditions de sa détention et sur les faits qu’on lui reproche.
Rachid n’est ni un délinquant ni un criminel, il est jeune, aime les livres et pense au monde actuel en essayant de trouver avec d’autres jeunes des réponses à ses interrogations. En attendant de plus amples informations, d’autres éléments éclairant les circonstances de son arrestation et les faits pour lesquels on l’accuse, nous exigeons sa libération immédiate et de permettre à sa famille de lui rendre visite. Organisons la riposte en exprimant dans un large mouvement notre solidarité avec Rachid. »
Accusations douteuses
Dans la foulée des réactions, d’autres internautes ont appelé à une mobilisation, sans suite pour l’instant. Depuis, des doutes demeurent sur le bien-fondé des accusations des services de sécurité reprises par la presse locale. Dans un entretien publié le 17 juin par le quotidien algérien francophone El Watan Weekend, Maître Bakouri Amirouche, l’avocate de Rachid Faudil, précise :
« Contrairement à ce que raconte la presse, l’affaire n’a rien d’international. Elle est purement locale. Mon client n’est pas un athée convaincu. »
Dans son communiqué, la gendarmerie affirme que « le réseau qui [s’]activait dans plusieurs wilayas était en relation avec des ramifications internationales de prosélytisme anti-musulman dans des pays du Proche-Orient, notamment la Syrie et l’Egypte ». Des allégations jugées « absurdes » par la source proche de Rachid Faudil, qui tient un avis nuancé :
« La création de cette page n’a rien à voir avec le crime international, Facebook est un réseau social mondial, pas la plateforme d’un cartel aux ramifications étendues. Je sais que Rachid est athée mais je ne l’ai jamais vu tenir de positions prosélytiques.
Dans sa page, il prenait des versets du Coran dont il faisait la traduction littérale sans se soucier du sens, du contexte de révélation et des subtilités linguistiques de l’arabe académique.
Les mauvaises traductions ont probablement laissé penser que l’auteur distordait délibérément les propos des textes islamiques à des fins que chacun peut interpréter à sa manière. Je ne suis pas croyante, je n’approuvais pas particulièrement sa démarche mais il est aussi connu qu’en Algérie on n’accepte pas la différence des points de vue religieux et des pratiques d’opinions. »
Un propos confirmé par un deuxième internaute proche de Rachid Faudil. Dans une autre version, des amis de Rachid Faudil cités par El Watan Weekend estiment que ce dernier « n’a fait que proposer la traduction du Coran dans la langue algérienne, comme il l’a été déjà fait pour les autres langues. Rachid critique toutes les religions monothéistes et même les autres. »
Manipulation juridique
http://rue89.nouvelobs.com/2016/06/21/a ... rie-264405