Idées reçues sur les fonctionnaires.
Posté : 01 décembre 2016 19:40
http://mobile.lemonde.fr/les-decodeurs/ ... l?François Fillon le répète régulièrement : supprimer 500 000 postes dans la fonction publique va permettre de réaliser des économies substantielles, qui serviront à baisser les charges sur les entreprises et donc à créer de l’emploi dans le secteur privé. « Il faut un choc libéral pour redresser le pays », expliquait-il à France Inter, le 26 septembre. Un lien entre suppression des emplois publics et création des emplois privés qu’a tenté de confirmer l’économiste Nicolas Bouzou sur la même antenne le 22 novembre :
« Quand on crée un emploi public, on supprime un et demi emploi privé, cela détruit de la richesse […], pas sur le moment, mais au bout de plusieurs mois, voire plusieurs années. »
Si cette affirmation s’appuie sur une étude sérieuse effectuée en 2001 sur dix-sept pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle omet de préciser les nombreuses limites soulevées par ses auteurs. Des limites qui concernent particulièrement le cas français.
UNE ÉTUDE TRÈS PRUDENTE, LOIN DES AFFIRMATIONS UNIVOQUES
Nombreux sont les articles mettant en avant les créations d’emplois dans le secteur privé grâce aux suppressions de postes dans le secteur public, mais rares sont les études sérieuses sur le sujet.
Le 22 novembre, sur France Inter, Nicolas Bouzou cite l’une d’entre elles, publiée en 2001 par Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg. Ces économistes ont étudié l’emploi public dans dix-sept pays de l’OCDE, dont la France, entre 1960 et 2000. Leur conclusion reflète le chiffre donné par Nicolas Bouzou : « Les investigations empiriques suggèrent que la création d’un emploi public détruit environ un et demi emploi privé, augmente le nombre de chômeurs de 0,3 [personne] et diminue faiblement la participation au marché du travail. »
Mais Nicolas Bouzou reprend ce chiffre sans souligner toutes les limites qui font que ce constat n’est pas applicable immédiatement à la France. Les trois économistes observent une tendance dans dix-sept pays aux contextes nationaux très différents. Mais elle est plus ou moins prononcée dans chacun de ces pays, selon le niveau de deux variables principales : la possibilité de substituer des biens et des services publics par le privé et l’existence de rentes de situation dans le secteur public.
La variable de la possibilité de « concurrence » public-privé. Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg estiment que « l’emploi public peut avoir une influence positive sur la productivité et la rentabilité des emplois privés. La sphère publique produit en effet des biens et des services susceptibles d’améliorer le fonctionnement de l’économie. On peut songer, par exemple, à la justice, à la police ou encore aux infrastructures publiques telles que les transports. Une meilleure couverture du réseau des transports public – qui nécessite plus de contrôleurs et de conducteurs – peut accélérer le développement des entreprises privées ».
Mais dans le cas de biens et services substituables, c’est-à-dire de biens et de services identiques qui répondent aux mêmes besoins, « une expansion de l’emploi public diminue la rentabilité des emplois privés et freine donc leur création. Par exemple, si l’Etat décide d’accroître le nombre d’hôpitaux publics, le nombre d’établissements privés risque de diminuer, il y aura plus d’infirmières travaillant dans le secteur public et moins dans le secteur privé. Des emplois publics auront ainsi “évincé” des emplois privés ».
Les chercheurs placent la France parmi les pays ayant une « substituabilité faible » au sein de leur échantillon des dix-sept pays de l’OCDE. Cela signifie que les biens et les services produits par le secteur public français ne répondent pas aux mêmes besoins que les biens et services proposés par le secteur privé : il y a peu de métiers exercés dans le secteur public qui pourraient être remplacés par des métiers du secteur privé. Les emplois publics non substituables correspondent en partie aux fonctions dites « régaliennes » (police, justice, défense). L’effet d’éviction de l’emploi public par l’emploi privé dû à la substituabilité est donc plus limité en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE.
La variable des « rentes de situation » des fonctionnaires. L’autre variable évoquée par Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg est l’existence de rentes de situation dans le secteur public. Les rentes de situations sont des avantages monétaires (bon salaire) et non monétaires (bonnes conditions de travail, sécurité de l’emploi). « En améliorant les perspectives d’embauche, la création d’emplois publics détourne certains travailleurs du secteur privé [puisqu’ils préfèrent rejoindre le secteur public] », avancent les chercheurs, tout en poursuivant : « Cela ne signifie pas que de tels avantages sont nécessairement contre-productifs. En pratique, ils peuvent permettre d’attirer les travailleurs les plus efficaces dans ce secteur, et donc d’accroître l’efficacité globale de l’économie si la production de biens publics favorise la production de biens privés...»
« Quand on crée un emploi public, on supprime un et demi emploi privé, cela détruit de la richesse […], pas sur le moment, mais au bout de plusieurs mois, voire plusieurs années. »
Si cette affirmation s’appuie sur une étude sérieuse effectuée en 2001 sur dix-sept pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle omet de préciser les nombreuses limites soulevées par ses auteurs. Des limites qui concernent particulièrement le cas français.
UNE ÉTUDE TRÈS PRUDENTE, LOIN DES AFFIRMATIONS UNIVOQUES
Nombreux sont les articles mettant en avant les créations d’emplois dans le secteur privé grâce aux suppressions de postes dans le secteur public, mais rares sont les études sérieuses sur le sujet.
Le 22 novembre, sur France Inter, Nicolas Bouzou cite l’une d’entre elles, publiée en 2001 par Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg. Ces économistes ont étudié l’emploi public dans dix-sept pays de l’OCDE, dont la France, entre 1960 et 2000. Leur conclusion reflète le chiffre donné par Nicolas Bouzou : « Les investigations empiriques suggèrent que la création d’un emploi public détruit environ un et demi emploi privé, augmente le nombre de chômeurs de 0,3 [personne] et diminue faiblement la participation au marché du travail. »
Mais Nicolas Bouzou reprend ce chiffre sans souligner toutes les limites qui font que ce constat n’est pas applicable immédiatement à la France. Les trois économistes observent une tendance dans dix-sept pays aux contextes nationaux très différents. Mais elle est plus ou moins prononcée dans chacun de ces pays, selon le niveau de deux variables principales : la possibilité de substituer des biens et des services publics par le privé et l’existence de rentes de situation dans le secteur public.
La variable de la possibilité de « concurrence » public-privé. Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg estiment que « l’emploi public peut avoir une influence positive sur la productivité et la rentabilité des emplois privés. La sphère publique produit en effet des biens et des services susceptibles d’améliorer le fonctionnement de l’économie. On peut songer, par exemple, à la justice, à la police ou encore aux infrastructures publiques telles que les transports. Une meilleure couverture du réseau des transports public – qui nécessite plus de contrôleurs et de conducteurs – peut accélérer le développement des entreprises privées ».
Mais dans le cas de biens et services substituables, c’est-à-dire de biens et de services identiques qui répondent aux mêmes besoins, « une expansion de l’emploi public diminue la rentabilité des emplois privés et freine donc leur création. Par exemple, si l’Etat décide d’accroître le nombre d’hôpitaux publics, le nombre d’établissements privés risque de diminuer, il y aura plus d’infirmières travaillant dans le secteur public et moins dans le secteur privé. Des emplois publics auront ainsi “évincé” des emplois privés ».
Les chercheurs placent la France parmi les pays ayant une « substituabilité faible » au sein de leur échantillon des dix-sept pays de l’OCDE. Cela signifie que les biens et les services produits par le secteur public français ne répondent pas aux mêmes besoins que les biens et services proposés par le secteur privé : il y a peu de métiers exercés dans le secteur public qui pourraient être remplacés par des métiers du secteur privé. Les emplois publics non substituables correspondent en partie aux fonctions dites « régaliennes » (police, justice, défense). L’effet d’éviction de l’emploi public par l’emploi privé dû à la substituabilité est donc plus limité en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE.
La variable des « rentes de situation » des fonctionnaires. L’autre variable évoquée par Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg est l’existence de rentes de situation dans le secteur public. Les rentes de situations sont des avantages monétaires (bon salaire) et non monétaires (bonnes conditions de travail, sécurité de l’emploi). « En améliorant les perspectives d’embauche, la création d’emplois publics détourne certains travailleurs du secteur privé [puisqu’ils préfèrent rejoindre le secteur public] », avancent les chercheurs, tout en poursuivant : « Cela ne signifie pas que de tels avantages sont nécessairement contre-productifs. En pratique, ils peuvent permettre d’attirer les travailleurs les plus efficaces dans ce secteur, et donc d’accroître l’efficacité globale de l’économie si la production de biens publics favorise la production de biens privés...»