Les Bleus traités de "Sélection Africaine".
Posté : 19 juillet 2018 04:59
D’un point de vue sportif, la victoire de l’équipe de France au terme de la Coupe du monde 2018 ne pouvait faire l’unanimité. Cependant, les Bleus se seraient sans doute bien passé des mots qui fleurissent dans la presse étrangère et sur les réseaux sociaux, faisant état d’une « équipe d’Afrique »… De tristes raccourcis ethniques qu’on ne pensait pas voir exprimés si ouvertement, notamment du côté des médias.
« C’est pas l’équipe de France, c’est l’Afrique, y’a pas un Blanc dans la sélection. » C’était à la fin des années 1990. Les Bleus venaient d’être champions du monde, sous la fameuse étiquette de l’équipe black-blanc-beur, et les bas du front s’en donnaient à cœur joie sur les origines plus ou moins proches, plus ou moins étrangères, de nos champions.
Jean-Marie Le Pen n’avait-il pas déclaré, lors de l’Euro 1996, qu’il était « artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France », ajoutant n’avoir « jamais cru que onze messieurs représentaient la France ».
Vingt ans après France 98, nous n’entendons quasiment plus parler, dans l’Hexagone, d’une soi-disant « équipe de France de l’Afrique ». L’équipe de France porte fièrement ce qu’elle représente et ce qui la définit : le pays et le drapeau bleu blanc rouge.
« Vive la France et vive la République »
C’est peut-être un peu une question d’image, mais surtout de fierté, d’avoir entendu Griezmann, Pogba et consorts clamer pendant près de deux mois leur amour de l’Hexagone. Leur fierté de porter le maillot bleu, pour tout ce qu’il représente. On les a même pris à crier « Vive la France et vive la République », peut-être avec un brin d’humour, mais jamais sans cœur.
Quelle surprise (ou non ?) de voir nos voisins replonger dans un stérile débat dont nous nous étions épargné les peines depuis des années. De l’Italie au Venezuela, en passant par les États-Unis et l’Allemagne, une bien vilaine rengaine est venue tenter d’expliquer la victoire des Bleus au Mondial, qui serait celle de l’Afrique, l’expliquant avec moult petits drapeaux montrant les origines ethniques de nos joueurs.
Parfois avec une forme d’étrange bienveillance, afin d’inclure les pays africains, éliminés au premier tour du Mondial pour les cinq qui y participaient, dans la construction de ce succès. Parfois, afin de vanter maladroitement la diversité de la France. Parfois, souvent, avec un racisme « inconscient », non (ou très mal) dissimulé. Au point que le latéral des Bleus Benjamin Mendy s’est senti obligé de « corriger » une publication
La presse étrangère se lâche:
Le plus étonnant, et sans doute le plus inquiétant, c’est de voir à quel point ces discours ont été repris, véhiculés par la presse étrangère. « La merveilleuse impureté de la sélection française », écrit Ernest Folch dans le journal barcelonais Sport, l’illustrant par Griezmann, Pogba et Mbappé.
En Italie, le Corriere della Sera a mis les pieds dans le plat, résumant la finale contre la Croatie ainsi : « Une équipe pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs d’un pays au centre de trois grandes écoles de football, celle slave, allemande et italienne. »
En Allemagne, Bild rappelle à la France qu’elle ne doit pas s’emballer avec ce succès au Mondial : « Les banlieues de Paris peuplées d’immigrés sont souvent le théâtre d’émeutes, Marseille a été péniblement arraché à la mainmise de clans maghrébins et les 30 % d’électeurs FN n’ont pas disparu en une nuit. »
De l’autre côté de l’Atlantique, aussi, la victoire de la France a provoqué des réactions nauséabondes. Nicolas Maduro, président vénézuélien, a donné le parfait exemple de cette pensée : « L’équipe de France ressemblait à l’équipe d’Afrique. En vrai, c’est l’Afrique qui a gagné, les immigrants africains qui sont arrivés en France […] L’Afrique a tellement été méprisée et, dans ce Mondial, la France gagne grâce aux joueurs africains ou fils d’Africains. »
Comme avant, elle a gagné grâce aux enfants d’immigrés italiens ou polonais. Grâce finalement à ses enfants, enfants de l’histoire compliquée entre le Nord et le Sud, qui n’ont rien demandé d’autre que de jouer pour les couleurs du pays dans lequel ils sont nés et ont grandi. Et qu’ils revendiquent comme étant le leur, sans pour autant oublier d’où ils viennent, qui ils sont, et à quel point ils se sont battus pour arriver là où ils en sont aujourd’hui.
Le Daily Show se manque complètement:
Pour finir, deux extraits ont beaucoup fait couler d’encre et donné de l’ampleur à ces polémiques. Le premier est venu du Daily Show, émission populaire aux États-Unis, maniant habituellement assez habilement ironie, second degré et démolition de clichés.
Pourtant, Trevor Noah, présentateur sud-africain, métisse né à Soweto en plein apartheid, a réalisé une belle sortie de route. « Je suis tellement content, l’Afrique a gagné la Coupe du monde, a-t-il déclaré durant le show. Je sais que ce sont les joueurs de l’équipe de France, mais regardez ces gars-là. » « Regardez ces gars-là », il n’y a qu’un pas à faire avant de dire « Noirs = Afrique ».
Ce qu’a parfaitement expliqué le basketteur Nicolas Batum, en réaction à ce sketch du Daily Show. « Alors oui, j’ai un père et un nom camerounais, mais nous tous on se bat et on joue pour la France car nous sommes nés ici, avons grandi ici, avons appris notre sport en France, avons la fierté d’avoir la nationalité française. »
Une mise au point bienvenue, mais dont la nécessité étonne, face au pays de la Dream Team, ces basketteurs qui ont fait rêver les États-Unis dans les années 90. « Est-ce que c’est l’Afrique qui gagne quand les États-Unis remportent des médailles aux Jeux olympiques ? Est-ce l’Europe qui gagne quand l’Afrique du Sud gagne au rugby ? Etc. Stop aux conneries. Nous sommes tous français, faites avec », s’est emporté un autre Français de la NBA, Evan Fournier.
Source:Ouest-France.
« C’est pas l’équipe de France, c’est l’Afrique, y’a pas un Blanc dans la sélection. » C’était à la fin des années 1990. Les Bleus venaient d’être champions du monde, sous la fameuse étiquette de l’équipe black-blanc-beur, et les bas du front s’en donnaient à cœur joie sur les origines plus ou moins proches, plus ou moins étrangères, de nos champions.
Jean-Marie Le Pen n’avait-il pas déclaré, lors de l’Euro 1996, qu’il était « artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France », ajoutant n’avoir « jamais cru que onze messieurs représentaient la France ».
Vingt ans après France 98, nous n’entendons quasiment plus parler, dans l’Hexagone, d’une soi-disant « équipe de France de l’Afrique ». L’équipe de France porte fièrement ce qu’elle représente et ce qui la définit : le pays et le drapeau bleu blanc rouge.
« Vive la France et vive la République »
C’est peut-être un peu une question d’image, mais surtout de fierté, d’avoir entendu Griezmann, Pogba et consorts clamer pendant près de deux mois leur amour de l’Hexagone. Leur fierté de porter le maillot bleu, pour tout ce qu’il représente. On les a même pris à crier « Vive la France et vive la République », peut-être avec un brin d’humour, mais jamais sans cœur.
Quelle surprise (ou non ?) de voir nos voisins replonger dans un stérile débat dont nous nous étions épargné les peines depuis des années. De l’Italie au Venezuela, en passant par les États-Unis et l’Allemagne, une bien vilaine rengaine est venue tenter d’expliquer la victoire des Bleus au Mondial, qui serait celle de l’Afrique, l’expliquant avec moult petits drapeaux montrant les origines ethniques de nos joueurs.
Parfois avec une forme d’étrange bienveillance, afin d’inclure les pays africains, éliminés au premier tour du Mondial pour les cinq qui y participaient, dans la construction de ce succès. Parfois, afin de vanter maladroitement la diversité de la France. Parfois, souvent, avec un racisme « inconscient », non (ou très mal) dissimulé. Au point que le latéral des Bleus Benjamin Mendy s’est senti obligé de « corriger » une publication
La presse étrangère se lâche:
Le plus étonnant, et sans doute le plus inquiétant, c’est de voir à quel point ces discours ont été repris, véhiculés par la presse étrangère. « La merveilleuse impureté de la sélection française », écrit Ernest Folch dans le journal barcelonais Sport, l’illustrant par Griezmann, Pogba et Mbappé.
En Italie, le Corriere della Sera a mis les pieds dans le plat, résumant la finale contre la Croatie ainsi : « Une équipe pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs d’un pays au centre de trois grandes écoles de football, celle slave, allemande et italienne. »
En Allemagne, Bild rappelle à la France qu’elle ne doit pas s’emballer avec ce succès au Mondial : « Les banlieues de Paris peuplées d’immigrés sont souvent le théâtre d’émeutes, Marseille a été péniblement arraché à la mainmise de clans maghrébins et les 30 % d’électeurs FN n’ont pas disparu en une nuit. »
De l’autre côté de l’Atlantique, aussi, la victoire de la France a provoqué des réactions nauséabondes. Nicolas Maduro, président vénézuélien, a donné le parfait exemple de cette pensée : « L’équipe de France ressemblait à l’équipe d’Afrique. En vrai, c’est l’Afrique qui a gagné, les immigrants africains qui sont arrivés en France […] L’Afrique a tellement été méprisée et, dans ce Mondial, la France gagne grâce aux joueurs africains ou fils d’Africains. »
Comme avant, elle a gagné grâce aux enfants d’immigrés italiens ou polonais. Grâce finalement à ses enfants, enfants de l’histoire compliquée entre le Nord et le Sud, qui n’ont rien demandé d’autre que de jouer pour les couleurs du pays dans lequel ils sont nés et ont grandi. Et qu’ils revendiquent comme étant le leur, sans pour autant oublier d’où ils viennent, qui ils sont, et à quel point ils se sont battus pour arriver là où ils en sont aujourd’hui.
Le Daily Show se manque complètement:
Pour finir, deux extraits ont beaucoup fait couler d’encre et donné de l’ampleur à ces polémiques. Le premier est venu du Daily Show, émission populaire aux États-Unis, maniant habituellement assez habilement ironie, second degré et démolition de clichés.
Pourtant, Trevor Noah, présentateur sud-africain, métisse né à Soweto en plein apartheid, a réalisé une belle sortie de route. « Je suis tellement content, l’Afrique a gagné la Coupe du monde, a-t-il déclaré durant le show. Je sais que ce sont les joueurs de l’équipe de France, mais regardez ces gars-là. » « Regardez ces gars-là », il n’y a qu’un pas à faire avant de dire « Noirs = Afrique ».
Ce qu’a parfaitement expliqué le basketteur Nicolas Batum, en réaction à ce sketch du Daily Show. « Alors oui, j’ai un père et un nom camerounais, mais nous tous on se bat et on joue pour la France car nous sommes nés ici, avons grandi ici, avons appris notre sport en France, avons la fierté d’avoir la nationalité française. »
Une mise au point bienvenue, mais dont la nécessité étonne, face au pays de la Dream Team, ces basketteurs qui ont fait rêver les États-Unis dans les années 90. « Est-ce que c’est l’Afrique qui gagne quand les États-Unis remportent des médailles aux Jeux olympiques ? Est-ce l’Europe qui gagne quand l’Afrique du Sud gagne au rugby ? Etc. Stop aux conneries. Nous sommes tous français, faites avec », s’est emporté un autre Français de la NBA, Evan Fournier.
Source:Ouest-France.