Visite du mémorial de Caen sur seconde guerre mondiale
Posté : 10 janvier 2019 09:09
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La Seconde Guerre mondiale, sans juifs ni déportation
Lorsqu'une visite guidée en famille du Mémorial de Caen fait l'impasse sur les camps de concentration et l'extermination des juifs. Récit. Par Louise Cuneo
Publié le 09/01/2019 à 13:07 | Le Point.fr
C'était un après-midi du mois de décembre. Pour les vacances scolaires, j'avais décidé de faire un saut dans l'Histoire et d'aller passer quelques jours dans la région des plages du Débarquement. Pour compléter le tour du cimetière d'Omaha Beach, je me suis inscrite à une visite guidée « en famille » du Mémorial de Caen autour du thème de la Seconde Guerre mondiale. L'idée était simple : laisser à des professionnels rompus à l'exercice le soin d'expliquer à mes enfants, âgés de huit et dix ans, les dessous de la Seconde Guerre mondiale, afin qu'ils en apprennent davantage que ce qu'ils en savent déjà. Avec une conférencière, nous aborderions « les grandes questions de la Seconde Guerre mondiale grâce à la découverte de documents d'époque et à la manipulation d'objets », comme l'annonce le site internet du Mémorial.
Cela a plutôt bien commencé. Nous avons tout compris des origines de la Seconde Guerre mondiale depuis le traité de Versailles, et la guide a expliqué avec soin la montée des nationalismes et les dessous de la propagande, tout comme la différence entre « Allemands » et « troupes nazies ». Sauf qu'au bout de presque deux heures, nous n'avions parcouru l'Histoire que jusqu'en 1941. Et qu'en dépit du programme annoncé, des sujets essentiels ont été complètement passés sous silence.
Impasse sur la Shoah
Le mot « juif » n'a été prononcé que deux fois (exclusivement pour expliquer qu'Hitler les tenait pour responsables de la crise) ; « Tsiganes » et « homosexuels », pas une seule fois. Le mot « débarquement » n'a été prononcé qu'à l'accueil du groupe, avant de pénétrer dans l'exposition, pour nous dire que « la Bataille de Normandie avait duré plusieurs jours, et non quelques heures comme on le croit souvent ». Les mots « étoile jaune », « déportation », « camp de concentration », « chambres à gaz », « Gestapo », « dénonciation », « pogrom », « ghetto », « rafle », « génocide »… n'ont pas été prononcés une seule fois. Pas une seule fois en plus de 2 h 30.
Lorsque je me suis étonnée que l'on saute allègrement la moitié de l'exposition, la guide a répondu très posément qu'avec « des enfants de moins de douze ans, on n'aborde pas la question de la Shoah », mais que « libre à [nous] de retourner dans les salles dédiées à la fin de la visite guidée ». Sauf qu'à la fin de la visite, qui s'est éternisée bien au-delà de la durée annoncée (elle devait être concentrée sur 1 h 45), impossible de trouver la force de poursuivre. C'est donc dans le hall du Mémorial et armée d'un smartphone que j'ai choisi quelques photos sur Internet pour parler de la déportation et de la Shoah à mes enfants.
Que l'on choisisse de ne pas montrer des photos ou des films montrant les horreurs de cette guerre à tous les enfants âgés d'une dizaine d'années sans connaître leur degré de sensibilité, soit. Mais à quoi bon les emmener visiter le mémorial de la Seconde Guerre mondiale si on omet sciemment de parler des juifs, de la déportation ou des camps de concentration ?
La Seconde Guerre mondiale, sans juifs ni déportation
Lorsqu'une visite guidée en famille du Mémorial de Caen fait l'impasse sur les camps de concentration et l'extermination des juifs. Récit. Par Louise Cuneo
Publié le 09/01/2019 à 13:07 | Le Point.fr
C'était un après-midi du mois de décembre. Pour les vacances scolaires, j'avais décidé de faire un saut dans l'Histoire et d'aller passer quelques jours dans la région des plages du Débarquement. Pour compléter le tour du cimetière d'Omaha Beach, je me suis inscrite à une visite guidée « en famille » du Mémorial de Caen autour du thème de la Seconde Guerre mondiale. L'idée était simple : laisser à des professionnels rompus à l'exercice le soin d'expliquer à mes enfants, âgés de huit et dix ans, les dessous de la Seconde Guerre mondiale, afin qu'ils en apprennent davantage que ce qu'ils en savent déjà. Avec une conférencière, nous aborderions « les grandes questions de la Seconde Guerre mondiale grâce à la découverte de documents d'époque et à la manipulation d'objets », comme l'annonce le site internet du Mémorial.
Cela a plutôt bien commencé. Nous avons tout compris des origines de la Seconde Guerre mondiale depuis le traité de Versailles, et la guide a expliqué avec soin la montée des nationalismes et les dessous de la propagande, tout comme la différence entre « Allemands » et « troupes nazies ». Sauf qu'au bout de presque deux heures, nous n'avions parcouru l'Histoire que jusqu'en 1941. Et qu'en dépit du programme annoncé, des sujets essentiels ont été complètement passés sous silence.
Impasse sur la Shoah
Le mot « juif » n'a été prononcé que deux fois (exclusivement pour expliquer qu'Hitler les tenait pour responsables de la crise) ; « Tsiganes » et « homosexuels », pas une seule fois. Le mot « débarquement » n'a été prononcé qu'à l'accueil du groupe, avant de pénétrer dans l'exposition, pour nous dire que « la Bataille de Normandie avait duré plusieurs jours, et non quelques heures comme on le croit souvent ». Les mots « étoile jaune », « déportation », « camp de concentration », « chambres à gaz », « Gestapo », « dénonciation », « pogrom », « ghetto », « rafle », « génocide »… n'ont pas été prononcés une seule fois. Pas une seule fois en plus de 2 h 30.
Lorsque je me suis étonnée que l'on saute allègrement la moitié de l'exposition, la guide a répondu très posément qu'avec « des enfants de moins de douze ans, on n'aborde pas la question de la Shoah », mais que « libre à [nous] de retourner dans les salles dédiées à la fin de la visite guidée ». Sauf qu'à la fin de la visite, qui s'est éternisée bien au-delà de la durée annoncée (elle devait être concentrée sur 1 h 45), impossible de trouver la force de poursuivre. C'est donc dans le hall du Mémorial et armée d'un smartphone que j'ai choisi quelques photos sur Internet pour parler de la déportation et de la Shoah à mes enfants.
Que l'on choisisse de ne pas montrer des photos ou des films montrant les horreurs de cette guerre à tous les enfants âgés d'une dizaine d'années sans connaître leur degré de sensibilité, soit. Mais à quoi bon les emmener visiter le mémorial de la Seconde Guerre mondiale si on omet sciemment de parler des juifs, de la déportation ou des camps de concentration ?