Ces métiers boudés par les Français
Posté : 28 juillet 2019 21:07
Ces métiers boudés par les Français qui se tournent vers les travailleurs étrangers
On parle souvent de ce problème, voilà des chiffres. Source Le Figaro.frDans certains secteurs d’activité, le pourcentage de travailleurs de nationalité étrangère oscille entre 7% et 32%.
«Métier recherche désespérément candidats». Ce slogan résume l’un des maux de l’économie française: des emplois sont disponibles mais ne trouvent pas preneurs. Face à cette pénurie de main-d’œuvre, des travailleurs étrangers sont alors recrutés. Illustration cet été: une cinquantaine de Tunisiens ont été embauchés pour travailler dans la restauration en Bretagne. «Il y a eu un accord entre les gouvernements français et tunisien pour offrir des postes en CDI à des Tunisiens», explique au Figaro Hervé Becam, vice-président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). Autre exemple: le programme HOPE (Hébergement Orientation Parcours vers l’Emploi). Lancé en 2017 et copiloté par la direction générale des étrangers en France (DGEF) du ministère de l’Intérieur et le ministère du Travail, il sert à l’accompagnement des réfugiés par l’emploi. Son but: recruter 1500 réfugiés par an sur des emplois en manque de candidats en France.
Dans le jargon économique, les métiers en pénurie de main-d’œuvre ont un nom: on les appelle les métiers «en tension». En juin, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, indiquait qu’il y avait 688.000 offres d’emploi non pourvues sur le site de Pôle emploi. Un constat qui peut surprendre, dans un pays qui compte 5,9 millions de chômeurs. Quels sont ces métiers qui peinent à recruter en France? L’enquête «besoins en main-d’œuvre» (BMO) de Pôle emploi permet d’en savoir plus.
Les travailleurs étrangers en France: que disent les chiffres?
Parmi ces métiers qui connaissent des difficultés de recrutement sur le territoire national, certains embauchent donc des travailleurs étrangers. Contactés par Le Figaro, ni le ministère du Travail ni celui de l’Intérieur n’ont été en mesure de nous communiquer des chiffres officiels sur le nombre de travailleurs de nationalité étrangère en France. Nous avons toutefois pu obtenir des données grâce à certaines fédérations professionnelles.
• La propreté et le nettoyage
Fort de 520.000 salariés, le secteur de la propreté compte 32% de salariés de nationalité étrangère dans ses effectifs (21% hors-UE et 11% intra-UE). Dans certains établissements de région parisienne, ce chiffre monte jusqu’à 80-90%, comme nous l’indique la fédération des entreprises de propreté (FEP).
• La sécurité privée
Dans le secteur de la sécurité privée (180.000 salariés), le pourcentage de travailleurs de nationalité étrangère s’élève à 20%. La majorité de ces travailleurs viennent du continent africain (notamment du Maghreb), comme nous l’explique le groupement des entreprises de sécurité (GES). «Avec autant de chômeurs en France, il est surprenant de devoir embaucher du personnel en dehors de la France», estime Frédéric Gauthey, président du GES, entité unique représentative de la sécurité privée en France. Il se dit particulièrement inquiet à l’approche des Jeux Olympiques de 2024, qui auront lieu à Paris. «Nous aurons besoin de 20.000 à 30.000 salariés juste pour cet évènement. Pour le moment, nous n’avons pas la solution car nous n’arrivons pas à embaucher», poursuit-il.
• Le bâtiment
Dans le bâtiment, 14,3% des salariés du secteur étaient de nationalité étrangère (une moitié hors-UE, une autre moitié intra-UE) en 2006, selon les chiffres de la fédération française du bâtiment (FFB). C’est la dernière année pour laquelle des données sont disponibles. En juillet 2018, la FFB indiquait dans un communiqué qu’elle porterait «une attention particulière à l’intégration des migrants». Exemple récent dans le département de la Creuse, où une formation de français est proposée aux réfugiés afin qu’ils puissent postuler à des emplois dans le bâtiment, comme le rapporte France 3 Nouvelle-Aquitaine. L’objectif est de remédier au manque de main-d’œuvre.
• L’hôtellerie-restauration
Le secteur de l’hôtellerie-restauration emploie, lui, 1 million d’actifs (parmi lesquels 400.000 saisonniers), dont 13% de nationalité étrangère. «Nous avons des difficultés à trouver des gens formés et disponibles. Nos entreprises s’adressent à Pôle emploi mais ne trouvent pas», déplore Hervé Becam, vice-président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). Avant de poursuivre: «De plus en plus de migrants ayant un titre de séjour, répondent aux offres d’emploi et donnent satisfaction. Nos métiers donnent des possibilités de formation très courte». Pour rappel, il y a un an, les représentants de l’hôtellerie-restauration avaient fait pression sur le gouvernement pour qu’il facilite le recrutement de migrants.
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Dernier point: Jean-Christophe Dumont et Cécile Thoreau s’interrogent sur un changement majeur à venir sur le marché du travail. «Avec l’automatisation, 14% des emplois sont amenés à disparaître. Cela concerne 40% de l’emploi immigré avec des tâches pénibles: l’emploi à la chaîne, des activités de caissiers ou de manutentionnaires.... Dans ce contexte, on peut s’interroger sur le rôle de l’immigration de travail et sur la nécessité de faire venir des travailleurs pour combler les besoins de main-d’œuvre dans certains secteurs spécifiques où les besoins de main-d’œuvre persistent», concluent-ils.

