.......................................................Accidents de chasse mortels: La série noire........................................................
.....Ariège, commune de Varilhes, samedi 26 octobre:
La battue au sanglier vire au drame. Un homme de 70 ans, s'effondre, victime d'un tir - a priori à l'aveugle - d'un autre chasseur.
.....Tarn, mercredi 6 novembre:
Un chasseur de 74 ans trouve la mort lors d'une autre battue au sanglier sur la commune de Souel, près de Cordes-sur-Ciel. Bouleversé, le tireur présumé tente de mettre fin à ses jours.
.....Charente-Maritime, vendredi 15 novembre:
Un retraité de 77 ans est mortellement touché alors qu'il cueille des champignons. Le tireur de 34 ans a cru qu'il y avait un sanglier dans le fourré.
.....Vienne, vendredi 15 novembre:
Un homme de 61 ans meurt près de Poitiers lors d'une battue en ligne. Angle de tir de 30° non respecté, selon le procureur.
.....Le lendemain, toujours dans la Vienne:
Une partie de chasse réunit un père, son fils de 16 ans et un ami de la famille, près de Loudun… Décharge accidentelle du fusil de l'adolescent : l'ami ne survivra pas à l'impact.
Points communs de tous ces accidents ? L'erreur humaine vers laquelle s'orientent toutes les enquêtes, avec a priori, un non-respect des règles de sécurité. Et l'émotion qu'ils suscitent, bien sûr : cinq morts par arme à feu en trois semaines dont trois sur un seul week-end, cela interroge…
Baisse constante depuis 20 ans:
Pour autant, ce bilan tragique ne doit pas, non plus, occulter le contexte dans lequel ces drames surviennent, aujourd'hui : celui d'une activité cynégétique en pleine mutation avec de plus en plus de battues, certes, et responsables de 66 % des accidents la saison passée, mais avec, parallèlement… une diminution régulière de ces mêmes accidents, quels qu'ils soient… «On en a environ deux fois moins qu'il y a 20 ans», constate ainsi François David, responsable du Réseau Sécurité à la chasse à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).
De fait, pour choquante qu'elle soit, cette «série noire» n'est pas la règle mais «du jamais vu», souligne ce spécialiste et confirme les statistiques dressées ces 20 dernières années. Certes, sur la totalité de la dernière saison (du 1er juin 2018 au 31 mai 2019), l'ONCFS a recensé en France 132 accidents, soit 18 de plus que la saison précédente où il en avait enregistré 113, en l'occurrence le chiffre le plus bas jamais constaté.
Mais cela reste inférieur à la moyenne annuelle sur dix ans (140) et sur vingt ans (160). Quant aux sept accidents mortels relevés (dont un non-chasseur), 2018-2019 a même présenté «le chiffre le plus bas jamais enregistré depuis la création du réseau national sécurité à la chasse, en 1997», la moyenne étant de 15 sur 10 ans et 21 sur 20 ans. «Alors que nous sommes dans une situation où, paradoxalement, nous devrions en constater beaucoup plus», note François David.
Un risque plus important:
«Car si d'un côté, il y a moins de chasseurs, leur nombre ayant été pratiquement divisé par deux en 20 ans, on a un risque beaucoup plus élevé puisque les populations de grand gibier ont été multipliées par cinq. Concrètement, cela signifie qu'on tire aujourd'hui quatre à cinq fois plus de balles à la chasse - 7 à 9 millions par an - qu'il y a 20 ans. Le risque potentiel est donc beaucoup plus important. Or si, proportionnellement, l'on avait autant d'accidents qu'il y a 20 ans, nous serions actuellement à 800 ou 900 par an. L'amélioration est donc bien réelle dans les pratiques de la chasse, preuve qu'au global, les formations faites par les fédérations de chasseurs et l'ONCFS à travers l'examen du permis de chasser portent leurs fruits», analyse le spécialiste.
Des chiffres qui invitent alors à réfléchir aussi à la réalité de la ruralité et des périphéries urbaines, désormais, où les populations de sangliers, de chevreuils et de grands cervidés prospèrent. Gîtes protecteurs offerts tant par la déprise agricole qu'industrielle, zones aménagées non chassables, grandes cultures avec maïs en abondance, le tout assorti d'hivers plus doux limitant les pertes naturelles… De 2000 sangliers tués pour la seule Haute-Garonne en 1997-1998, on est ainsi passé à près de 7 000 en 2017-2018 pour 6 750 bracelets chevreuil et 2 700 grands cervidés cette saison, tandis que 131 000 sangliers ont été prélevés en Occitanie la saison dernière.
Ce faisant, la chasse «loisir» devient aussi de plus en plus, une chasse «devoir» afin de limiter les dégâts aux cultures -2 M€ versés par les chasseurs de la région, l'an dernier- impliquant une multiplication des battues, donc du risque. Et comme «on ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque chasseur, on fait toujours plus de sécurité», rappellent toutes les fédérations, multipliant les actions de prévention et de formation.
Charte avec les randonneurs:
La Fédération française de la randonnée pédestre et la Fédération nationale des chasseurs ont signé en 2018 une convention de partenariat. L'objectif est simple : rapprocher randonneurs et chasseurs, tous usagers de la nature, et construire une étroite collaboration entre eux afin de renforcer le «bien vivre ensemble». «Nous avons déjà signé une vingtaine de conventions visant à régir la bonne cohabitation entre nos activités», se félicite ainsi «l'Aveyronnais du Tarn», Robert Azaïs, président de la FFRP, rappelant également que les Commissions départementales sur les espaces, sites et itinéraires (CDESI) ont été créées pour que «tous ceux qui utilisent les espaces naturels et chemins ruraux puissent s'entendre entre eux».
«Se parler plutôt que se critiquer, mettre en place ensemble des mesures de prévention» : ce que font donc randonneurs (230 000 pratiquants affiliés en France) et chasseurs, dans le Tarn et le Tarn et Garonne, par exemple, mais aussi à des échelons très locaux.
Ainsi, l'association de chasse des Bacarous, a un système d'information mutuelle avec les clubs des Hautes-Pyrénées randonnant sur son secteur. Mais pour beaucoup de chasseurs, la crainte, c'est plutôt… le chercheur de champignons, susceptible d'être dans le bois avant la chasse. En Savoie, le maire de Jarsy a ainsi publié un arrêté municipal obligeant les ramasseurs à porter eux aussi un gilet fluo. Une idée qui risque de faire débat.
Source:La Dépêche.