Au Brésil "petite grippe" grosse crise
Posté : 27 juin 2020 16:13
Vrai roman d' horreur . Du Bolsonaro , du covid , de la chloroquine .....dont parlent des médecins de la brousse amazonienne , bien loins des conflits d' intéret , des luttes d ' égo , de guerre raoultiennes.....
Je vous livre qq extraits
https://www.pressreader.com/france/le-p ... 5322464464
Populisme, chloroquine et fariboles… Comment le Covid plonge le Brésil du président Jair Bolsonaro dans la tourmente.
De notre envoyée spéciale au Brésil, Claire Meynial
Publié le 27/06/2020 à 09:30 | Le Point
Maria Alves filme, secouée par les sanglots, le cercueil qui plonge dans la terre orange. Elle se tient sur une motte meuble, entre les monticules surmontés de croix, en robe rayée et ballerines rose chair, à côté des hommes en combinaison verte qui remplissent la tombe de son grand-père.
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Le cimetière de Manaus, en Amazonie brésilienne, ne cesse de s’étendre. Le mur de lianes et de forêt tropicale qui le ceint recule à mesure que les morts ont besoin de place. Début mars, le président Jair Bolsonaro se gaussait de la gripezinha, la grippette. Maria lève les yeux au ciel, au-dessus de son masque trempé de larmes : « L’abruti. » Quand il a fallu creuser des fosses communes, le maire a appelé à l’aide. Bolsonaro, en conseil des ministres, l’a traité de « bon à rien » qui gonflait le nombre de décès.
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Marcus Lacerda, infectiologue de 43 ans, est abasourdi par la campagne de haine qu’il a subie. À Manaus, les fortunes du caoutchouc ont dompté une nature féroce qui, par endroits, défonce les trottoirs.
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Le paludisme sévit dans la région, qui abrite la Fondation de médecine tropicale Dr Heitor Vieira Dourado. Lacerda, brun barbu débonnaire, y reçoit sous des photos de sa famille, improbable victime… de Didier Raoult. La chloroquine est devenue inopérante en Afrique mais pas ici, où elle est très utilisée. « Alors, quand on a vu l’étude de Raoult, on a voulu tester », raconte Lacerda. Donald Trump s’est enflammé pour ce traitement et Bolsonaro, en fidèle imitateur, a suivi. « Ce qui nous a intrigués, c’est que Raoult disait qu’au cinquième jour 100 % de ses 26 patients obtenaient un test négatif. Et 100 %, ça n’arrive jamais », poursuit Lacerda.
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Elle cesse d’administrer la haute dose et publie sur une plateforme ouverte pour avertir les autres médecins. Le New York Times l’appelle, sort un article : « Une étude sur la chloroquine est interrompue pour cause de complications cardiaques mortelles. »
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Actualité International
Au Brésil, « petite grippe », grosse crise
Populisme, chloroquine et fariboles… Comment le Covid plonge le Brésil du président Jair Bolsonaro dans la tourmente. De notre envoyée spéciale au Brésil, Claire Meynial
Publié le 27/06/2020 à 09:30 | Le Point
Hecatombe. Le cimetiere de Manaus, au coeur de l'Amazonie, s'etend a mesure que les victimes du Covid se multiplient. Le Bresil est le deuxieme foyer de l'epidemie – apres les Etats-Unis –, avec 51 000 morts.
Hécatombe. Le cimetière de Manaus, au cœur de l’Amazonie, s’étend à mesure que les victimes du Covid se multiplient. Le Brésil est le deuxième foyer de l’épidémie – après les États-Unis –, avec 51 000 morts.
Maria Alves filme, secouée par les sanglots, le cercueil qui plonge dans la terre orange. Elle se tient sur une motte meuble, entre les monticules surmontés de croix, en robe rayée et ballerines rose chair, à côté des hommes en combinaison verte qui remplissent la tombe de son grand-père. « Je voulais appeler la famille, mais ils vivent à une demi-journée de bateau, Internet passe mal. Je leur enverrai la vidéo », souffle- t-elle. Oscar de Souza est mort du Covid-19 à 78 ans et Maria hait cet enterrement sans personne, dans ce terrain vague. « Et dire que bientôt, ce sera plein de tombes », songe-t-elle. Le cimetière de Manaus, en Amazonie brésilienne, ne cesse de s’étendre. Le mur de lianes et de forêt tropicale qui le ceint recule à mesure que les morts ont besoin de place. Début mars, le président Jair Bolsonaro se gaussait de la gripezinha, la grippette. Maria lève les yeux au ciel, au-dessus de son masque trempé de larmes : « L’abruti. » Quand il a fallu creuser des fosses communes, le maire a appelé à l’aide. Bolsonaro, en conseil des ministres, l’a traité de « bon à rien » qui gonflait le nombre de décès. « Il n’avait qu’à venir ! fulmine Francisco Pinheiro, fossoyeur, en s’essuyant le front, qui ruisselle par 35 degrés. On a enterré jusqu’à 140 corps par jour, on est 25, il aurait fallu 1 000 hommes ! » Le Brésil, où la pandémie progresse encore, est devenu le deuxième épicentre au monde. Le virus est entretenu par un autre : celui des fake news. La crise sanitaire, plus qu’ailleurs, est politique.
Marcus Lacerda, infectiologue de 43 ans, est abasourdi par la campagne de haine qu’il a subie. À Manaus, les fortunes du caoutchouc ont dompté une nature féroce qui, par endroits, défonce les trottoirs. Dans le centre-ville Belle Époque trône un théâtre rose bonbon, et les restaurants servent du tambaqui – un poisson de l’Amazone – aux fruits de la Passion et des fourmis croustillantes, au goût de citronnelle, sur un lit de mousse de manioc. Né à Brasilia, Lacerda est venu pour un autre insecte : le moustique. Le paludisme sévit dans la région, qui abrite la Fondation de médecine tropicale Dr Heitor Vieira Dourado. Lacerda, brun barbu débonnaire, y reçoit sous des photos de sa famille, improbable victime… de Didier Raoult. La chloroquine est devenue inopérante en Afrique mais pas ici, où elle est très utilisée. « Alors, quand on a vu l’étude de Raoult, on a voulu tester », raconte Lacerda. Donald Trump s’est enflammé pour ce traitement et Bolsonaro, en fidèle imitateur, a suivi. « Ce qui nous a intrigués, c’est que Raoult disait qu’au cinquième jour 100 % de ses 26 patients obtenaient un test négatif. Et 100 %, ça n’arrive jamais », poursuit Lacerda. Son équipe soumet un protocole à la Commission nationale d’éthique en recherche, qui l’approuve. Mais, comme on est sûr que la chloroquine sauve des vies, elle interdit le placebo. « On y croyait tous », enrage Lacerda. L’étude se concentre sur des cas graves, et, puisqu’ils ont 80 % de risques de mourir, elle use de fortes doses, en surveillant les fonctions cardiaques. Quarante patients reçoivent 2,4 grammes en cinq jours et quarante autres, 12 grammes en dix jours (la dose pour le paludisme est de 1,5 grammes en trois jours). Le sixième jour, l’équipe constate une arythmie plus fréquente dans le second groupe, dans lequel sept patients meurent, contre quatre dans le premier. Elle cesse d’administrer la haute dose et publie sur une plateforme ouverte pour avertir les autres médecins. Le New York Times l’appelle, sort un article : « Une étude sur la chloroquine est interrompue pour cause de complications cardiaques mortelles. »
Désolation. L’enterrement d’Oscar de Souza, mort du Covid à 78 ans, au cimetière de Manaus. Seuls Maria et son frère ont pu assister aux obsèques : dans le cas d’un mort du Covid, la présence de trois personnes au maximum est autorisée.
Autocensure. La machine est lancée. Un fan de Trump, Michael Coudrey, tweete : « Une étude a été conduite au Brésil de façon si irresponsable que je n’arrive pas à y croire. Les chercheurs ont fait de leurs patients des rats de laboratoire. » Lacerda sourit tristement : « Il m’a condamné à trois mois d’enfer. » Eduardo Bolsonaro, l’un des trois fils du président, évoque une étude « pour discréditer la chloroquine », qui a « tué 11 patients ». « Les responsables sont du PT [Parti des travailleurs, NDLR]. Mais c’est un hasard, bien sûr. » Un épidémiologiste de São Paulo embraie, la sphère Twitter d’extrême droite s’enflamme : Lacerda est un gauchiste à la solde du parti de Lula da Silva qui a exterminé ses patients pour nuire à Bolsonaro. Il fait défiler les captures d’écran des « magnifiques messages » reçus sur Facebook : « T’es un fils de pute du PT, tu vas bientôt retrouver cette connasse de Marielle [Franco, députée d’opposition assassinée en 2018] en enfer, t’es fini » ; « Tu vas payer pour ce que t’as fait » ; « Assassin, tu mérites d’être suspendu, monstre, pseudo-chercheur sans scrupule » ; « Ton heure va venir, on te surveille »
pour les curieux , amateurs de journalisme , présentant des signes d' intolérance a Youtub et fesses bouc......a lire
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https://www.pressreader.com/france/le-p ... 5322464464
Populisme, chloroquine et fariboles… Comment le Covid plonge le Brésil du président Jair Bolsonaro dans la tourmente.
De notre envoyée spéciale au Brésil, Claire Meynial
Publié le 27/06/2020 à 09:30 | Le Point
Maria Alves filme, secouée par les sanglots, le cercueil qui plonge dans la terre orange. Elle se tient sur une motte meuble, entre les monticules surmontés de croix, en robe rayée et ballerines rose chair, à côté des hommes en combinaison verte qui remplissent la tombe de son grand-père.
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Le cimetière de Manaus, en Amazonie brésilienne, ne cesse de s’étendre. Le mur de lianes et de forêt tropicale qui le ceint recule à mesure que les morts ont besoin de place. Début mars, le président Jair Bolsonaro se gaussait de la gripezinha, la grippette. Maria lève les yeux au ciel, au-dessus de son masque trempé de larmes : « L’abruti. » Quand il a fallu creuser des fosses communes, le maire a appelé à l’aide. Bolsonaro, en conseil des ministres, l’a traité de « bon à rien » qui gonflait le nombre de décès.
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Marcus Lacerda, infectiologue de 43 ans, est abasourdi par la campagne de haine qu’il a subie. À Manaus, les fortunes du caoutchouc ont dompté une nature féroce qui, par endroits, défonce les trottoirs.
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Le paludisme sévit dans la région, qui abrite la Fondation de médecine tropicale Dr Heitor Vieira Dourado. Lacerda, brun barbu débonnaire, y reçoit sous des photos de sa famille, improbable victime… de Didier Raoult. La chloroquine est devenue inopérante en Afrique mais pas ici, où elle est très utilisée. « Alors, quand on a vu l’étude de Raoult, on a voulu tester », raconte Lacerda. Donald Trump s’est enflammé pour ce traitement et Bolsonaro, en fidèle imitateur, a suivi. « Ce qui nous a intrigués, c’est que Raoult disait qu’au cinquième jour 100 % de ses 26 patients obtenaient un test négatif. Et 100 %, ça n’arrive jamais », poursuit Lacerda.
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Elle cesse d’administrer la haute dose et publie sur une plateforme ouverte pour avertir les autres médecins. Le New York Times l’appelle, sort un article : « Une étude sur la chloroquine est interrompue pour cause de complications cardiaques mortelles. »
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Au Brésil, « petite grippe », grosse crise
Populisme, chloroquine et fariboles… Comment le Covid plonge le Brésil du président Jair Bolsonaro dans la tourmente. De notre envoyée spéciale au Brésil, Claire Meynial
Publié le 27/06/2020 à 09:30 | Le Point
Hecatombe. Le cimetiere de Manaus, au coeur de l'Amazonie, s'etend a mesure que les victimes du Covid se multiplient. Le Bresil est le deuxieme foyer de l'epidemie – apres les Etats-Unis –, avec 51 000 morts.
Hécatombe. Le cimetière de Manaus, au cœur de l’Amazonie, s’étend à mesure que les victimes du Covid se multiplient. Le Brésil est le deuxième foyer de l’épidémie – après les États-Unis –, avec 51 000 morts.
Maria Alves filme, secouée par les sanglots, le cercueil qui plonge dans la terre orange. Elle se tient sur une motte meuble, entre les monticules surmontés de croix, en robe rayée et ballerines rose chair, à côté des hommes en combinaison verte qui remplissent la tombe de son grand-père. « Je voulais appeler la famille, mais ils vivent à une demi-journée de bateau, Internet passe mal. Je leur enverrai la vidéo », souffle- t-elle. Oscar de Souza est mort du Covid-19 à 78 ans et Maria hait cet enterrement sans personne, dans ce terrain vague. « Et dire que bientôt, ce sera plein de tombes », songe-t-elle. Le cimetière de Manaus, en Amazonie brésilienne, ne cesse de s’étendre. Le mur de lianes et de forêt tropicale qui le ceint recule à mesure que les morts ont besoin de place. Début mars, le président Jair Bolsonaro se gaussait de la gripezinha, la grippette. Maria lève les yeux au ciel, au-dessus de son masque trempé de larmes : « L’abruti. » Quand il a fallu creuser des fosses communes, le maire a appelé à l’aide. Bolsonaro, en conseil des ministres, l’a traité de « bon à rien » qui gonflait le nombre de décès. « Il n’avait qu’à venir ! fulmine Francisco Pinheiro, fossoyeur, en s’essuyant le front, qui ruisselle par 35 degrés. On a enterré jusqu’à 140 corps par jour, on est 25, il aurait fallu 1 000 hommes ! » Le Brésil, où la pandémie progresse encore, est devenu le deuxième épicentre au monde. Le virus est entretenu par un autre : celui des fake news. La crise sanitaire, plus qu’ailleurs, est politique.
Marcus Lacerda, infectiologue de 43 ans, est abasourdi par la campagne de haine qu’il a subie. À Manaus, les fortunes du caoutchouc ont dompté une nature féroce qui, par endroits, défonce les trottoirs. Dans le centre-ville Belle Époque trône un théâtre rose bonbon, et les restaurants servent du tambaqui – un poisson de l’Amazone – aux fruits de la Passion et des fourmis croustillantes, au goût de citronnelle, sur un lit de mousse de manioc. Né à Brasilia, Lacerda est venu pour un autre insecte : le moustique. Le paludisme sévit dans la région, qui abrite la Fondation de médecine tropicale Dr Heitor Vieira Dourado. Lacerda, brun barbu débonnaire, y reçoit sous des photos de sa famille, improbable victime… de Didier Raoult. La chloroquine est devenue inopérante en Afrique mais pas ici, où elle est très utilisée. « Alors, quand on a vu l’étude de Raoult, on a voulu tester », raconte Lacerda. Donald Trump s’est enflammé pour ce traitement et Bolsonaro, en fidèle imitateur, a suivi. « Ce qui nous a intrigués, c’est que Raoult disait qu’au cinquième jour 100 % de ses 26 patients obtenaient un test négatif. Et 100 %, ça n’arrive jamais », poursuit Lacerda. Son équipe soumet un protocole à la Commission nationale d’éthique en recherche, qui l’approuve. Mais, comme on est sûr que la chloroquine sauve des vies, elle interdit le placebo. « On y croyait tous », enrage Lacerda. L’étude se concentre sur des cas graves, et, puisqu’ils ont 80 % de risques de mourir, elle use de fortes doses, en surveillant les fonctions cardiaques. Quarante patients reçoivent 2,4 grammes en cinq jours et quarante autres, 12 grammes en dix jours (la dose pour le paludisme est de 1,5 grammes en trois jours). Le sixième jour, l’équipe constate une arythmie plus fréquente dans le second groupe, dans lequel sept patients meurent, contre quatre dans le premier. Elle cesse d’administrer la haute dose et publie sur une plateforme ouverte pour avertir les autres médecins. Le New York Times l’appelle, sort un article : « Une étude sur la chloroquine est interrompue pour cause de complications cardiaques mortelles. »
Désolation. L’enterrement d’Oscar de Souza, mort du Covid à 78 ans, au cimetière de Manaus. Seuls Maria et son frère ont pu assister aux obsèques : dans le cas d’un mort du Covid, la présence de trois personnes au maximum est autorisée.
Autocensure. La machine est lancée. Un fan de Trump, Michael Coudrey, tweete : « Une étude a été conduite au Brésil de façon si irresponsable que je n’arrive pas à y croire. Les chercheurs ont fait de leurs patients des rats de laboratoire. » Lacerda sourit tristement : « Il m’a condamné à trois mois d’enfer. » Eduardo Bolsonaro, l’un des trois fils du président, évoque une étude « pour discréditer la chloroquine », qui a « tué 11 patients ». « Les responsables sont du PT [Parti des travailleurs, NDLR]. Mais c’est un hasard, bien sûr. » Un épidémiologiste de São Paulo embraie, la sphère Twitter d’extrême droite s’enflamme : Lacerda est un gauchiste à la solde du parti de Lula da Silva qui a exterminé ses patients pour nuire à Bolsonaro. Il fait défiler les captures d’écran des « magnifiques messages » reçus sur Facebook : « T’es un fils de pute du PT, tu vas bientôt retrouver cette connasse de Marielle [Franco, députée d’opposition assassinée en 2018] en enfer, t’es fini » ; « Tu vas payer pour ce que t’as fait » ; « Assassin, tu mérites d’être suspendu, monstre, pseudo-chercheur sans scrupule » ; « Ton heure va venir, on te surveille »
pour les curieux , amateurs de journalisme , présentant des signes d' intolérance a Youtub et fesses bouc......a lire