Au colloque des suprémacistes de l’institut Iliade : proches du RN, goodies identitaires et éditeurs néonazis
Posté : 08 avril 2025 18:53
Le RHaine est partout !
Si les militants lepénistes ont occupé ce dimanche 6 avril la place Vauban à Paris pour défendre la triple candidate à la présidentielle, samedi l’extrême droite était aussi dans la capitale pour le colloque annuel du think thank préféré des identitaires. Dans le public et les intervenants, la radicalité était au menu.
Faste week-end que le dernier en date pour les militants d’extrême droite. Avant de se rendre dimanche, place Vauban pour «sauver la démocratie», en soutenant une Marine Le Pen condamnée pour détournements de fonds publics, ils pouvaient passer, samedi, au 12e colloque de l’institut Iliade, le think tank identitaire chic très prisé dans le petit monde des droites extrêmes.
L’événement s’est tenu à la Maison de la Chimie, prestigieuse salle parisienne, devenue celle de l’alchimie entre les différents courants de l’extrême droite française et européenne, qu’elle soit radicale ou qu’elle fréquente les couloirs du Parlement. Iliade, ce club suprémaciste qui a repris le flambeau du Grece et de la Nouvelle droite, proposait d’y «penser le travail de demain». Plus d’un millier de radicaux venus des quatre coins du pays et du Vieux Continent ont répondu à l’appel et sont venus célébrer la supériorité des blancs (Iliade préfère parler «d’Européens debout»). Pas bienvenu sur place, Libé a néanmoins pu retrouver de nombreuses images de l’événement. Elles montrent la présence d’individus et d’organisations flirtant parfois avec le néonazisme, quand ils n’y adhèrent pas franchement. Mais aussi de personnalités proches du Rassemblement national, qui devaient se sentir comme à la maison au sein de cet entre-soi tout sauf «dédiabolisé».
Sauce idéologique
Le colloque de l’institut Iliade est un temps fort dans l’année des militants d’extrême droite, toutes obédiences confondues. En 2023 il avait été interdit par la préfecture de police de Paris après que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, eut promis d’empêcher toutes les manifestations «de l’ultradroite ou de l’extrême droite». Cette année-là, l’événement était dédié à la mémoire de Dominique Venner, idéologue néofasciste qui a raconté dans ses mémoires garder un souvenir ému des soldats allemands défilant dans le Paris occupé, et qui s’est suicidé en mai 2013 devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour provoquer un sursaut face au «péril» du «grand remplacement». Le jour même, Marine Le Pen avait exprimé son «respect» pour l’homme «dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France». Dans la foulée, l’institut Iliade avait été fondé par les plus proches amis de Venner, pour perpétuer sa mémoire et son combat.
Cette sauce idéologique imprègne les couloirs du colloque, parcourus par des militants de tous poils, figures de la vieille garde raciste ou jeunesse en pointe dans le combat médiatique. Non loin d’une mondaine, apparaissent la compagne d’un ancien sénateur RN, l’éditrice de l’influenceur radical Papacito ou encore le suprémaciste blanc Daniel Conversano. Plus loin, c’était Edouard Michaud, fils d’un grand argentier de la mouvance radicale issu du GUD, Jean-François Michaud, qui discute avec les organisateurs de l’événement, tandis que les membres du groupe identitaire féminin Némésis soignent leur com, empilant les photos devant leur stand arborant une affiche «Air bled - Afrique, Moyen-Orient, retour à l’envoyeur». Là, Pierre Gentillet, candidat RN dans le Cher lors des dernières législatives et cofondateur de la Cocarde, syndicat étudiant radical et vivier du parti lepéniste, discute en buvant une bière. En coulisse, Mathieu Balavoine, ancien militant de Génération identitaire et photographe attitré de la mouvance, organisait la captation vidéo des conférences en attendant d’enfiler son badge «COM» (pour «communication») et faire de même le lendemain au rassemblement de soutien à Marine Le Pen.
«Prestigieux» invités européens
Dans les travées ou derrière un stand, les groupuscules de la mouvance et leurs militants sont nombreux. A l’image du mouvement identitaire et intégrise Academia Christiana, devenu le fer de lance de la mouvance depuis la dissolution de Génération identitaire, en mars 2021. Mais aussi les néofascistes provençaux de Tenesoun, dont le leader Raphaël Ayma a été assistant parlementaire d’un député RN jusqu’à ce que Libé révèle ses accointances néofascistes. Ou encore les identitaires des Natifs (Paris) et du Mora (Rouen), qu’on retrouvera le lendemain place Vauban. Comme un air de kermesse en famille.
Et quel air. Parmi les «prestigieux» invités européens du colloque, l’allemand Benedikt Kaiser, assistant parlementaire du député AfD du Bundestag Jürgen Pohl. Selon Die Welt, Benedikt Kaiser a été membre de l’organisation néonazie «National-Socialists Chemnitz». Sur des photos diffusées par le journal allemand, on peut le voir défiler avec ses membres dans les rues de la troisième ville de Saxe, en 2011, derrière une banderole «hommage aux victimes de l’holocauste des bombardements», en référence aux bombardements des Alliés contre la ville en août 1944. Ce samedi, à Paris, il était venu disserter sur le thème «l’homme européen, plus qu’un acteur du marché», mais aussi faire la réclame de sa maison d’édition : Jungeuropa Verlag. Une entreprise qu’il a cofondée avec un certain Philippe Stein, qui pense que l’on est allemand «non pas à cause de son passeport, mais par son sang». Au catalogue de la maison, qui a tenu un stand au colloque, quelques auteurs français «stars» de la radicalité comme Alain de Benoist, l’intellectuel organique de la Nouvelle Droite. Et des collaborationnistes comme Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach ou encore l’ancien SS français Christian de la Mazière.
En flânant sous les bannières aux motifs celtiques, scandinaves ou gréco-romains installées pour l’occasion, «longue mémoire européenne» oblige, le visiteur pouvait tomber sur d’autres maisons d’édition sulfureuses. Comme les Italiens de Passaggio al bosco, qui vendent en ligne des ouvrages d’auteurs tels que Benito Mussolini, Robert Dun (ancien SS français), Léon Degrelle (ancien SS belge), Jean Mabire (hagiographe de ces mêmes SS) ou encore le néofasciste Gabriele Adinolfi (dont le fils Carlomanno a aussi pris la parole au colloque). Comme les Norvégiens de Legatum Publishing chez qui on retrouve, en anglais, des ouvrages de Renaud Camus ou de Knut Hamsun, écrivain du cru et admirateur de Hitler qui a été jusqu’à offrir son prix Nobel à Joseph Goebbels. Les maisons d’éditions françaises d’extrême droite n’étaient pas en reste avec notamment Les amis de la culture européenne (tout un programme) qui éditent plusieurs ouvrages de Marc Augier, dit Saint-Loup, un autre SS français. Un tropisme très net, décidément.
Goodies «patriotes»
En continuant à déambuler, le public pouvait encore tomber sur le stand du Rucher Patriote, un site confidentiel, accessible sur cooptation, à mi-chemin entre une version identitaire du Bon Coin et le catalogue de petites annonces. Un repère de la mouvance en ligne, jusqu’au RN : y sont notamment inscrits, selon nos informations, une eurodéputée du parti ainsi que des collaborateurs d’élus lepénistes. Sur ce site sont vendus des mugs ou rideaux de douche ornés de la francisque du régime de Vichy et, entre deux messages de «patriotes» quinquagénaires recherchant «une jolie femme entre 30 et 40 ans», des groupuscules d’extrême droite diffusent des appels au recrutement.
Question goodies, Iliade avait aussi prévu de quoi contenter les visiteurs. Une envie de repartir avec un blason de la division Charlemagne en bois ? Il fallait se rendre sur le stand d’Opus Magnum, qui en propose sur son site. Les Allemands d’Yggdrunir avaient pris soin de mettre en valeur leurs bougeoirs païens avec des bougies noir-blanc-rouge, les couleurs du drapeau des deux derniers Reich allemands. Il y en avait même pour ceux qui veulent être identitaires jusqu’au slip (littéralement), avec la marque de fringues «patriotes» Aper, ou s’abonner à L’Epopée, laborieux «Netflix identitaire» lancé par le frère de Marion Maréchal. Sans oublier Terre de France, vendeur par correspondance «patriote» (c’est une manie) qui sponsorise de larges pans de la fachosphère… et est financé par le milliardaire en croisade pour l’union des droites extrêmes Pierre-Edouard Stérin. La branche radicale a décidément bien des ramifications.
https://www.liberation.fr/politique/au- ... directed=1
Si les militants lepénistes ont occupé ce dimanche 6 avril la place Vauban à Paris pour défendre la triple candidate à la présidentielle, samedi l’extrême droite était aussi dans la capitale pour le colloque annuel du think thank préféré des identitaires. Dans le public et les intervenants, la radicalité était au menu.
Faste week-end que le dernier en date pour les militants d’extrême droite. Avant de se rendre dimanche, place Vauban pour «sauver la démocratie», en soutenant une Marine Le Pen condamnée pour détournements de fonds publics, ils pouvaient passer, samedi, au 12e colloque de l’institut Iliade, le think tank identitaire chic très prisé dans le petit monde des droites extrêmes.
L’événement s’est tenu à la Maison de la Chimie, prestigieuse salle parisienne, devenue celle de l’alchimie entre les différents courants de l’extrême droite française et européenne, qu’elle soit radicale ou qu’elle fréquente les couloirs du Parlement. Iliade, ce club suprémaciste qui a repris le flambeau du Grece et de la Nouvelle droite, proposait d’y «penser le travail de demain». Plus d’un millier de radicaux venus des quatre coins du pays et du Vieux Continent ont répondu à l’appel et sont venus célébrer la supériorité des blancs (Iliade préfère parler «d’Européens debout»). Pas bienvenu sur place, Libé a néanmoins pu retrouver de nombreuses images de l’événement. Elles montrent la présence d’individus et d’organisations flirtant parfois avec le néonazisme, quand ils n’y adhèrent pas franchement. Mais aussi de personnalités proches du Rassemblement national, qui devaient se sentir comme à la maison au sein de cet entre-soi tout sauf «dédiabolisé».
Sauce idéologique
Le colloque de l’institut Iliade est un temps fort dans l’année des militants d’extrême droite, toutes obédiences confondues. En 2023 il avait été interdit par la préfecture de police de Paris après que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, eut promis d’empêcher toutes les manifestations «de l’ultradroite ou de l’extrême droite». Cette année-là, l’événement était dédié à la mémoire de Dominique Venner, idéologue néofasciste qui a raconté dans ses mémoires garder un souvenir ému des soldats allemands défilant dans le Paris occupé, et qui s’est suicidé en mai 2013 devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour provoquer un sursaut face au «péril» du «grand remplacement». Le jour même, Marine Le Pen avait exprimé son «respect» pour l’homme «dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France». Dans la foulée, l’institut Iliade avait été fondé par les plus proches amis de Venner, pour perpétuer sa mémoire et son combat.
Cette sauce idéologique imprègne les couloirs du colloque, parcourus par des militants de tous poils, figures de la vieille garde raciste ou jeunesse en pointe dans le combat médiatique. Non loin d’une mondaine, apparaissent la compagne d’un ancien sénateur RN, l’éditrice de l’influenceur radical Papacito ou encore le suprémaciste blanc Daniel Conversano. Plus loin, c’était Edouard Michaud, fils d’un grand argentier de la mouvance radicale issu du GUD, Jean-François Michaud, qui discute avec les organisateurs de l’événement, tandis que les membres du groupe identitaire féminin Némésis soignent leur com, empilant les photos devant leur stand arborant une affiche «Air bled - Afrique, Moyen-Orient, retour à l’envoyeur». Là, Pierre Gentillet, candidat RN dans le Cher lors des dernières législatives et cofondateur de la Cocarde, syndicat étudiant radical et vivier du parti lepéniste, discute en buvant une bière. En coulisse, Mathieu Balavoine, ancien militant de Génération identitaire et photographe attitré de la mouvance, organisait la captation vidéo des conférences en attendant d’enfiler son badge «COM» (pour «communication») et faire de même le lendemain au rassemblement de soutien à Marine Le Pen.
«Prestigieux» invités européens
Dans les travées ou derrière un stand, les groupuscules de la mouvance et leurs militants sont nombreux. A l’image du mouvement identitaire et intégrise Academia Christiana, devenu le fer de lance de la mouvance depuis la dissolution de Génération identitaire, en mars 2021. Mais aussi les néofascistes provençaux de Tenesoun, dont le leader Raphaël Ayma a été assistant parlementaire d’un député RN jusqu’à ce que Libé révèle ses accointances néofascistes. Ou encore les identitaires des Natifs (Paris) et du Mora (Rouen), qu’on retrouvera le lendemain place Vauban. Comme un air de kermesse en famille.
Et quel air. Parmi les «prestigieux» invités européens du colloque, l’allemand Benedikt Kaiser, assistant parlementaire du député AfD du Bundestag Jürgen Pohl. Selon Die Welt, Benedikt Kaiser a été membre de l’organisation néonazie «National-Socialists Chemnitz». Sur des photos diffusées par le journal allemand, on peut le voir défiler avec ses membres dans les rues de la troisième ville de Saxe, en 2011, derrière une banderole «hommage aux victimes de l’holocauste des bombardements», en référence aux bombardements des Alliés contre la ville en août 1944. Ce samedi, à Paris, il était venu disserter sur le thème «l’homme européen, plus qu’un acteur du marché», mais aussi faire la réclame de sa maison d’édition : Jungeuropa Verlag. Une entreprise qu’il a cofondée avec un certain Philippe Stein, qui pense que l’on est allemand «non pas à cause de son passeport, mais par son sang». Au catalogue de la maison, qui a tenu un stand au colloque, quelques auteurs français «stars» de la radicalité comme Alain de Benoist, l’intellectuel organique de la Nouvelle Droite. Et des collaborationnistes comme Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach ou encore l’ancien SS français Christian de la Mazière.
En flânant sous les bannières aux motifs celtiques, scandinaves ou gréco-romains installées pour l’occasion, «longue mémoire européenne» oblige, le visiteur pouvait tomber sur d’autres maisons d’édition sulfureuses. Comme les Italiens de Passaggio al bosco, qui vendent en ligne des ouvrages d’auteurs tels que Benito Mussolini, Robert Dun (ancien SS français), Léon Degrelle (ancien SS belge), Jean Mabire (hagiographe de ces mêmes SS) ou encore le néofasciste Gabriele Adinolfi (dont le fils Carlomanno a aussi pris la parole au colloque). Comme les Norvégiens de Legatum Publishing chez qui on retrouve, en anglais, des ouvrages de Renaud Camus ou de Knut Hamsun, écrivain du cru et admirateur de Hitler qui a été jusqu’à offrir son prix Nobel à Joseph Goebbels. Les maisons d’éditions françaises d’extrême droite n’étaient pas en reste avec notamment Les amis de la culture européenne (tout un programme) qui éditent plusieurs ouvrages de Marc Augier, dit Saint-Loup, un autre SS français. Un tropisme très net, décidément.
Goodies «patriotes»
En continuant à déambuler, le public pouvait encore tomber sur le stand du Rucher Patriote, un site confidentiel, accessible sur cooptation, à mi-chemin entre une version identitaire du Bon Coin et le catalogue de petites annonces. Un repère de la mouvance en ligne, jusqu’au RN : y sont notamment inscrits, selon nos informations, une eurodéputée du parti ainsi que des collaborateurs d’élus lepénistes. Sur ce site sont vendus des mugs ou rideaux de douche ornés de la francisque du régime de Vichy et, entre deux messages de «patriotes» quinquagénaires recherchant «une jolie femme entre 30 et 40 ans», des groupuscules d’extrême droite diffusent des appels au recrutement.
Question goodies, Iliade avait aussi prévu de quoi contenter les visiteurs. Une envie de repartir avec un blason de la division Charlemagne en bois ? Il fallait se rendre sur le stand d’Opus Magnum, qui en propose sur son site. Les Allemands d’Yggdrunir avaient pris soin de mettre en valeur leurs bougeoirs païens avec des bougies noir-blanc-rouge, les couleurs du drapeau des deux derniers Reich allemands. Il y en avait même pour ceux qui veulent être identitaires jusqu’au slip (littéralement), avec la marque de fringues «patriotes» Aper, ou s’abonner à L’Epopée, laborieux «Netflix identitaire» lancé par le frère de Marion Maréchal. Sans oublier Terre de France, vendeur par correspondance «patriote» (c’est une manie) qui sponsorise de larges pans de la fachosphère… et est financé par le milliardaire en croisade pour l’union des droites extrêmes Pierre-Edouard Stérin. La branche radicale a décidément bien des ramifications.
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