Les pistes (grinçantes) de l’Institut Montaigne pour stabiliser la dette
Posté : 27 novembre 2025 19:40
Pour 100 euros dépensé en france :
Baisse des retraites, réduction de 60% des APL, 200.000 postes de fonctionnaires supprimés... Les pistes (grinçantes) de l’Institut Montaigne pour stabiliser la dette tout en finançant l’avenir en économisant 180 milliards d'euros
Le think tank libéral a présenté quatre scénarios budgétaires possibles de stabilisation de la dette en 2029, qui montrent dans tous les cas que des efforts massifs seraient à fournir, suggérant fortement de fixer clairement des priorités pour "retrouver la maîtriser de la dépense".
Est-il possible d'investir dans l'avenir tout en stabilisant rapidement la dette? Oui, répond l'Institut Montaigne, mais cela suppose "un effort massif" sur les dépenses sociales. Le think tank libéral présentait, ce mercredi 26 novembre, quatre scénarios de stabilisation de la dette d'ici 2029, date à laquelle la France s'est engagée auprès de ses partenaires européens à revenir dans les clous.
Les auteurs assument de se concentrer sur la dépense publique. Leurs calculs ne prévoient ni hausses d'impôts (à l'exception du redressement de certains taux réduits), ni redressement budgétaire par la croissance.
Pour stabiliser la dette (en ramenant le déficit public à 3% du PIB au lieu de 5,4% en 2025), l’Institut Montaigne estime qu'il faudrait limiter les dépenses publiques à 1.845 milliards d’euros en 2029, soit 140 milliards de moins que la trajectoire actuelle. Selon ses prévisions, 242 milliards (13% du total) doivent être réservés pour honorer les engagements extérieurs de la France. Reste à répartir les 1.603 milliards restants, sachant que 56% des dépenses publiques actuelles sont consacrées à la protection sociale.
La compétitivité à un coût important
L'Institut Montaigne incite à établir des priorités et penche pour l'un de ses scénarios, mettant l'accent sur la compétitivité à long terme et l'investissement. La France concentrerait ses efforts et investirait 34 milliards d'euros par an en plus dans certains secteurs d'avenir: recherche fondamentale, enseignement, protection de l'environnement, infrastructures, transports, industrie, agriculture et énergie. Mais, sans augmenter les impôts, "un effort massif serait nécessaire". Les auteurs de l'étude l'évaluent à 180 milliards d'euros d'économies (soit environ les budgets actuels de l'enseignement, de la police et des pompiers).
Il serait principalement dirigé vers les dépenses sociales. L'Institut Montaigne établit une liste d'économies qui pourraient représenter deux tiers de cette somme: baisse des pensions de retraites de 8,3% en quatre ans (42 milliards d'euros), relèvement du taux de CSG pour tous les retraités au niveau des salariés (11,3 milliards d'euros), réduction de 60% des APL (13,2 milliards d'euros), baisse des prestations chômage de 18,5% (10 milliards d'euros), resserrement de l'accès au RSA (3,9 milliards d'euros), non-remplacement de 200.000 postes dans la fonction publique territoriale (12,6 milliards d'euros)...
À ce stade, l'Institut Montaigne n'est pas en mesure d'estimer les effets de cette politique sur la croissance et sur le niveau des personnes concernées par ces coupes. "Cela doit s'accompagner d'un énorme débat démocratique", reconnaît Marie-Pierre de Bailliencourt.
Des coupes difficiles quels que soient les choix
Au contraire, l'Institut Montaigne présente une autre simulation, privilégiant le maintien du modèle social, et en particulier la poursuite de la trajectoire de hausse des dépenses de retraite, de santé et des transferts sociaux. Là aussi, cela supposerait un 140 milliards d'euros d'économies d'ici 2029, estime l'institut.
"Un tel montant d'économies à trouver ne peut porter que sur des postes de dépenses majeurs", précisent les auteurs.
Ils citent à titre d'exemple la suppression des subventions à l'audiovisuel public (8,7 milliards d'euros), la fin du financement public de la recherche fondamentale (21,5 milliards d'euros), ou la suppression des crédits alloués à l'aide économique extérieure (6,7 milliards d'euros).
L'institut Montaigne présente deux derniers scénarios. Le premier suppose un coup de rabot de 8% sur tous les services publics et les prestations sociales, sans distinction, "soit une ampleur bien supérieure aux mesures aujourd'hui débattues". Le second simule une austérité contrainte, qui pourrait se produire si les marchés financiers perdaient confiance en la signature du pays. L'objectif serait alors de dégager un excédent budgétaire primaire de 1% du PIB, pour sanctuariser une somme de 150 milliards d'euros pour le service de la dette.
L'institut Montaigne estime qu'une austérité forcée pourrait aussi être nécessaire si le contexte géopolitique se dégradait brutalement, et qu'il fallait par exemple augmenter rapidement le budget des Armées.
"L'année 2029 pourrait constituer une échéance stratégique critique pour la sécurité européenne", observe l'institut Montaigne, notant qu'elle coïncidera notamment avec une transition aux États-Unis après le mandat de Donald Trump, un nouvel exercice militaire Zapad en Russie et le 80e anniversaire de la République populaire de Chine.
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